CHAPITRE V
Les idées de Monialcmberl. — La paix par la fortiûcatioa. — Yauban prouve la faiblesse de ses places, en les reprenant lui-même. — Il dilapide les finances publiques. — Une tempête dans le corps du génie. — Attitude de Carnot. — Réponse éloquente de d'Arçon. — La mauvaise humeur du Maréchal de Sép^iir. — La déronsc de Laclos. — Ses succès à Paris. — A Met/., à ]:t Kèrc... cl chez, le grand Turc. — 11 entre che/. le duc d'Orléans.
Le souvenir du iMaréelial de Vauhnn, vénéré de Tannée toute entière, régnait alors avec la puissance d'un dogme sur le corps royal du génie, dont il était Fancétre iuh'oïque, et qui tirait son prestige de rillustralion de son fondateur. Pour tous les oniciers de ce corps austère, qu'on trouvait plus souvent h la peine (pi'à Thonneur, il demeurait, suivant le jugement de Voltaire : « le premier des ingénieurs, le meilleur des citoyens ». En 1784, TAcadémie de Dijon avait mis au concours Téloge de ce gntnd homme, dont la Bourgogne était justement iière. Iji premier prix fut obtenu par Carnot, aloi^s capitaine du génie ; le second par Maret, le futur duc de Bassano. Carnot avait composé un éloquent panégyrique et loué, comme il convenait, le grand maître de Tart de fortifier, en même temps que le philanthrope des « Oisivetés », Tinventeur de la
Dime royale * « porté, comme dit Saint-Simon, » dans tous les cœurs français. »
Le marquis de Montalembert, qui avait longtemps servi dans la cavalerie, s'était posé comme réformateur des théories de Vauban. 11 développa ses idées dans un grand ouvrage ([ui commença de paraître en 1776 : La fortification perpendiculaire ou l'art défensif supérieur à l'art offensif^. Au système des forts bastionnés auquel s'était tenu Yauban, il substituait celui des forteresses angulaires avec des casemates, ayant pour principe constant que les casemates sont le seul moyen de mettre un petit nombre d'hommes en état de soutenir longtemps, et en toute sécurité, les attaques d'un plus grand nombre. En établissant le long des frontières de grandes lignes permanentes, soutenues par ses forteresses, il prétendait les rendre absolument impénétrables à l'ennemi. En vain Montalembert dépensait sa fortune pour l'impression de ses ouvrages, en vain il montrait s(*s idées répandues h Tétranger, nppli(piées en Prusse. En vain son fort en bois de l'ile d'Aix, casemate selon ses plans, subit une triomphante épreuve. C'est une grande entreprise pour un officier de cavalerie que de vouloir réformer des ingénieurs ! Le corps du génie tout entier se souleva contre l'imprudent qui avait osé toucher à Vauban. Le premi'^r inspecteur général des fortifications, M. de Fourcroy, était un vieillard laborieux, mais rageusement hostile à toute innovation. Après M. de Vauban, il n'admettait que M. de Carmontaingne. « Sa religion professionnelle se fondait
1. Ln D(me royale était un projet d'impôt proportionnel sur le revenu.