‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 59 sur 173 · Mounier. De» franc»'-maçon» et de» iiiuminé», p · texte numérisé non relu

Mounier. De» franc»'-maçon» et de» iiiuminé», p

gasse et Mounicr ont noté les cpanchements imprudents (lu grand tribun. « Messieui's, disait-il un jour » dans un bureau de rassemblée, j'ai rencontré hier » le duc d'Orléans, à qui j'ai dit : Monseigneur, » vous ne pouvez piis nier que nous ne puissions » avoir bientôt Louis XVII au lieu de Louis XVI et, » si cola n'éL'iit pas ainsi, vous seriez «lu moins lieu- » tenant-général de Royaume. Le duc d'Orléans » m'a répondu, Messieurs, des choses fort aimables ». Une autre fois Mounier confiant publiquement les craintes qu'il éprouvait des agissements du duc d'Orléans, Mirabeau lui répondit brusquement : « Mais bonhomme que vous êtes, je suis aussi atta- » ché que vous à la royauté, mais qu'importe que » nous ayions Louis XVII au lieu de Louis XVI et » qu'avons-nous besoin d'un bambin pour nous gou- » verner? » C'était indigner clairement la Régence.

Laclos est communément désigné comme l'intermédiaire et le négociateur du duc d'Orléans près de Mirabeau.

Pendant le mois de septembre, Dumont l'aperçut plusieurs fois chez Mirabeau. Celui-ci avait alors pour secrétaire Desmoulins, qu'on appelait son u séide ». Tous deux menaient joyeuse vie, et Desmoulins disait qu'il aimait Mirabeau «avec idolâtrie» et « comme une maîtresse ». Laclos se montrait avec des allures mystérieuses. « Je ne sais, dit » Dumont, ce qu'il faisait là ». « Laclos, dit le » comte de JaMarck, connaissait trop bien les hommes » pour donner sa confiance à Mirabeau. Aussi, dès » le commencement de la Révolution, il avait per- » suadé au duc d'Orléans que Mirabeau serait pour » le Roi * ». Au moment de la discussion sur le veto,

1 . Correspondance de Mirabeau avec le comte de la Marck, pabliée par M. de Bacouri. Indroduciion, pp. 10 ci suiv.

le duc (Icmunda brusqucincnt au comte de laMarck: « Quand Mirabeau servira-l-il la Cour ? » Ce qui est cerL'iiu, c*cst (|u^iu mois de si^plenilire, quand rAssenihlée discuta dans une grande agitation les droits de la branche d^Espagne à la couronne, Mirabeau soutint Sillery, qui prit la. parole au nom du duc d^OrléanSy et, comme lui, se jeta avec fougue dans le débat. C*est aloi*s qu'il aurait dit au marquis de Virieu que réventualité d'une vacance du trône « n'était peut-ùtrc pas aussi éloignée dans le fait » qu'elle pouvait le paraître au premier coup d'œîl, » que l'état pléthorique du Roi et celui de Monsieur » faisait à peu près dépendre la question de Texis- » tence de M. le Dauphin qui n'était qu'un enfant.» Il ajouta que le comité d'Artois, en sorUmt du royaume, s'était mis hors la loi pour au nmins di\ ans^ Mirabeau enlra-l-il de concert avix Inclus dans l'exécution des journées des 5 et 6 octobre? « Ce » que je crois tout bien considéré, conclut h ce » sujet Dumont, c'est que Laclos était trop habile » pour tout confier à l'indiscrétion de Mirabeau, » mais qu'il s'était assuré de lui conditionnellemenl » en se laissant l'un h l'autre beaucoup de voiles et » de retraites. Il est impossible de ne pas croire h )> une liaison entre eux... '-' »

Mirabeau ne fut donc que le complice éventuel des projets de Laclos. La tâche était plus aisée avec les agitateurs encore subalternes du parti démagogique, bien moins soucieux de philosophie politique que de jouissiuu'e iuuuédiale, avec un Santern^

1. Dci>OHilioii de Dcrt^uKso, Muuiiicr, Viricii, à lu proccduro du Chdiclct pour les» évôiicineiiU des 5 et 6 octobre.

2. Dumotit, op. cit. p. 174. — Mirabeau pro|>ota k l'Attembléo uatioiiulo de nommer Moiitulcmbcrt inspecteur-général des fortifications.

brasseur populaire, géant favori du faubourg Saint- Antoine ; un Marat, dont les excitations sanguinaires enflamment déjà la populace ; un Camille Desmoulins, qui cbarme la foule comme un poète, et un Fauchct, qui la soulève comme un apôtre, semblables tous deux, le prôtrc et Tavocat, aux prédicateurs burles(|ues et fougueux de la Ligue, qui farcissaient de latin leui*s satires insurrectionnelles. Passant à cheval près du district des Cordeliers, La Fayette raconte qu'il fut invité à s y rendre. « Le fameux Danton » présidait. Une partie de la salle était pleine de gardes françaises. Danton déclara que le commandement des gardes françaises, rétablies dans leur ancien état, devait être donné au premier prince du sang, au duc d'Orléans, et il demanda l'assentiment du Commandant général à « ce projet si patriotique ». La Fayette se déroba et le complot « qui avait ailleurs ses racines » fut déjoué ^

Au Palais-Royal, il n'y a qu'à se baisser pour trouver des cadres à l'armée de l'émeute, libellistes violents, inotionnaires intarissables, hommes de main toujours prêts : tel, ce marquis de Saintlluruge, ruiné dans les débauches, accouru récemment d'Angleterre où il fuyait ses créanciers, dont la haute taille et la voix de tonnerre en imposent maintenant d'un bout à l'autre du jardin. Par ambition forcenée, ou par avidité dévorante, de tels hommes sont à qui les paie ; la tourbe des bandits, des aflamés et des mauvaises têtes leur appartient ; ils régnent sur Paris, au milieu des ruines d'une autorité qui s'eflbndre, avec la complicité toute-puissante d'une opinion exaltée. Le duc d'Orléans avait

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