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vani Stendhal, que Grenoble était « une ville charmante, pétillante d'esprit et où les jolies femmes ne s'oubliaient pas. » Laclos avait de Fesprit et aimait les femmes. « Il a des qualités personnelles, » disent ses notes de 1771, qui le font se répandre » dans la meilleure société, où il est le plus répandu ». C'est la, au pied des Alpes neigeuses, autour de la place Grenette, qu'il connut, vers le temps où Stendhal y naissait, les passions qu'ils devaient tous deux décrire si passionnément. C'est là, dans « la » JBne fleur de l'aristocratie, » qu'il vit les originaux de ses personnages. Il écrivait à M™* Riccoboni qu'il s'était toujours beaucoup occupé des femmes. « Com- » ment s'en occuper et ne les aimer point ? » « J'avais bien par devers moi, avouait-il à Trily, quelques aventures assez piquantes ». Quel fut-il donc, à trente ans, parmi les belles du Dauphiné, cet homme qui pénétra si hardiment les infamies du cœur?
D'après diflërents témoignages, c'était alors un graiid garçon maigre, étroit d'épaules, dont les traits lins et le teint pftle étaient éclairés de beaux yeux bleus, au regard volontaire et inquisiteur. Sous des dehors très froids, il possédait une Ame ardente et raffinée. Il ne pouvait être un débauché vulgaire. Très jeune encore, on le taxait d' « exaltation ». Il soutenait, par exemple, que rien ne console d'une grande douleur, sinon la fierté de ne pas guérir, et qu'il y a une sombre douceur à se sentir inconsolable. A vingt ans, la Nouvelle Héloïse lui arracha des larmes et jusqu'à sa mort il fut un dévot de « cet ouvrage délicieux ». Ce poème de l'âme, étrange et admirable, fut en quelque sorte pour lui la bible de la sensibilité. Rousseau lui dévoila toutes les profondeurs et les délicatesses du. monde moral.
C'est dans le môme transport, qu'il dévora Clarisse llarlowe; riiisloire de la vertueuse Clarisse persécutée par Lovelace, était, d'après, lui « le chefd'œuvre des hommes ». C'est dire qu'il unissait à la faculté d'aimer, la passion de la vertu. Il rêvait d'une Julie. L'auteur des Liaisons dangereuses était un sentimental enthousiaste et obstiné. Il était né pour l'amour; était-il fait pour les femmes? De son temps, les grandes passions étaient rares. Convenait-il aux petites, cet homme profond qui avoue, dans une lettre, « la difficulté qu'il a tou- » jours eue de mettre un autre habit que la » veille * ».
Sa vive sensibilité, jointe à son esprit logique, le tournèrent vers une curiosité passionnée. Le calme, la possession de soi était, avec la finesse, le trait le plus maniué de cette riche nature. Il traversera plus tard mille orages en impassible. Pour l'instant, c'était un merveilleux observateur, habile à surprendre les confidences, prompt à démêler les intrigues, conseiller ingénieux et complaisant, discret confesseur. Longtemps après, il écrivait qu'il trouvait des ressources contre l'ennui dans» son talent » d'interroger. » A firenoble, il prenait des notes, dit-il encore, se promettant bien de s'en servir en temps utile. Mais c'est un grand danger d'être à la fois sentimental et clairvoyant ; les femmes veulent rester mystérieuses pour ceux qu'elles aiment et ne se donnent guère quand elles se sont livrées. Peutêtre Liiclos fut-il trop averti pour être aisément aimé ou amoureux ; puis il était si attentif qu'il en oubliait de plaire; il avait tant d'esprit qu'il lui manquait celui d'en profiter.