L'£iii)>crour Léopold II, frère do Murio^Aiiloiiicilc
LA FUITE A LONDRES 21îr
sait prudemment son prince à sa maîtresse, tail-ce pas le meilleur moyen de faire sa cour à 5 deux ? En revenant des courses ou d'un souper, duc d'Orléans s'émerveillait de ses propres isions. L'auteur de la Correspondance y qui >riiua les Icitlres du duc d'Orléans à Montmorin ires les minutes, nous apprend qu'elles étaient^ ir la plupart, de la main de Laclos * ; or les expéons qui se trouvent aux archives des Affaires angères, sont toutes de l'écriture du duc d'Orléans, si le maître recopiait le secrétaire. Ce trait les e tous les deux. Le service des princes réservait 3t ambitieux subtil des plaisirs d'ironie phisdélii que ceux aux(|uels engagent les/ormcs populaires. I fréquenta l'entourage politique du Prince de les. La franc-maçonnerie lui ouvrit sans doute si bien des portes. 11 en retrouvait les adeptes s les clubs, où Ton applaudissait aux événements France, comme celui des Amis de la Révolution, présidait Piice. André Chénier, secrétaire de de La Luzerne, s'y rendait aussi. Peut-être dans soirées brumeuses de Londres, se rencontrèrent ;i l'infernal romancier des Liaisons dangereuses e doux chantre des Elégies ^.
Lnclofl, dnns une lettre à sa femme du 26 brumaire an IX, (V. . XV, p. h21) rectifie ce rctiscif^nemcnt.
déclare m avoir conscience » de raullicnticité du recueil et loisfic idre qu'il est « l'nuteur de fait » des lettres du duc d'Orléans,
il déclare que les minutes de sa main furent brOlces. « Tout gistre, écrit-il, doit être de la moin de Clarkc. » Par un usage, ixiste encore dans la pluport de nos ombossadcs, il apparaît
que Clarkc « archivait » les minutes « rédigées » par Laclos, itaient ensuite brûlées.
II n'y eut, en tout cas, aucune sympathie entre eux. Deux ans 9, Chénier écrivoit :
Pour chanter à ces saints de dignes litanies, L'un demande Anacharsis Clootx ;
Tilly et lui se retrouvèrent au lever du prince (le (lalles « qui, selon sa coutume de prince et sa » toilette d*un des plus beaux hommes de TEurope, » se Taisait démesurément attendre ». L'occasion était belle pour le beau Tilly d'apprendre, de la bouche même de Tauti^ur, le secret d'un livre dans lequel il reconnaissait son Ame perverse et qui passait pour un roman à clefs. Plusieui*s Fois, à Paris, Laclos s'était défendu avec politesse ; cette fois, dit Tilly, l'ennui me le livra.
» M. de Laclos qui n'avait pas une grande tactique » de cour, mais toute Timpatience sombre d'un » |)hilosophe ou d'un conspirateur, malgré sou » ilegme apparent, aima mieux causer que de tirer » sa montre et de s'agiter intérieurement. Voici h » peu près ce qu'il me dit :
« J'étais en garnison à l'ile de Hé, et après avoir » écrit quelques élé'gies de morts qui n'en enten- » dront rien, quehiues épitres en vers, dont la plu- » part ne seront jamais imprimées, très heureuse- » ment pour le public et pour moi, étudié un métier » qui ne devait me mener ni à un [jrand avancement » ni à une grande considération, je résolus de faire » un ouvrage qui sortit de la route ordinaire, qui (it M du bruit, et qui retentit encore sur la terre quand n fy aurais passé. Un de mes camarades, qui porte » un nom célèbre dans les sciences, avait eu plu- » sieui^ aventures d'un grand éclat, auxquelles il
L'iiutro vciil Cnbniii* ou d'auiros grands g^éiiios
Et qui Grouvcllc, ci qui Luclu».
Muis non, nouii cnlcndrous ces oriiisons funèbres,
De la bouche du bon Goroi ; Puis tu les enverras tous au fond des ténèbres
Lécher le c... du g'rand Murât.
Edit. Gabriel de Chénier. 1874, III, p. 275.
» ne manquait qu'un aulre théâtre. Celait un » homme né spécialement pour les femmes, et pour » les perfidies dans lesquelles elles sont maîtresses » passées : en un mot, si c'eut été un homme de cour, » il aurait eu la réputation de Lovelace, et aurait été » de meilleure compagnie que lui. 11 m'avait pris » poui' son confident ; je riais de ses espiègleries et » l'aidais parfois de mes conseils. Je lui avais » connu une maîtresse qui valait bien M"** de » Merteuil, mais c'est à Grenoble que je vis Tori- » ginal, dont la mienne n'est qu'une faible copie, » une marquise de L. T. D. P. M., dont toute la » ville raconl'iit des traits dignes des jours des » impératrices romaines les plus insatiables. Je pris » des notes, et je me promis bien de les réaliser en » temps et lieu. L'histoire de Prévan était arrivée, » il y a longtemps, à M. de Rochech...., officier » supérieur des mousquetaires. 11 en fut déshonoré » et on en rirait h présent. J'avais par dcvci's moi » (|uel(|ues petites historiettes de ma jeunesse, qui » étaient assez picpiantes; je fondis ensemble toutes » ces parties hétérogènes ; j'inventai le reste, le » caractère de M™' de Tourvel surtout, qui n'est pas » commun. Je soignais mon style autant que j'en » suis capable, et après quelques mois d'un dernier » travail, je jetai mon livre dans le public; ye n*ai » presque pas su depuis sa fortune^ mais on me » dit qu'il vit encore K »
C'est ainsi qu'en paroles ardentes Laclos livrait à
1. Ces expressions un peu oratoires et dont je me rappelle comme si c'clail hier, me frappèrent d'autant plus que sa convcrsotinn froide et niclliodique irélnil nullement de cette coulcur-ljii. (Note de Tilly). — Nous avons cité en entier ces conPidences de Loclos it Tilly, auxquelles nous avions déj(\ fait quelques emprunts. (Tilly. Mémoires, II, p. 320.)
Valmont lui-môme le secret de sa vie. 11 avnil voulu faire un livre qui retentit sur la lerreel maintenant il aiïectait de ne s*en soucier plus. Ce n'était qu'un sombre cri de guerre, jeté d'en bas avant l'assaut; il l'avait oublié dans la bataille ; c'est par ses actes qu'il voulait désormais faire du bruit dans le monde, h la faveur d'un bel orage, plus propice nu mérite (|ue le calme d'airain qui l'écrasait autrefois.
Avant tout, il s'agit maintenant pour lui d'opérer une retraite honorable. <c Le duc d'Orléans est à » Londres ; il négocie une aflaire très importante au » salut de l'État », fait-il déclarer aux journaux à sa dévotion*. Ensuite, on le verra re|)rendre du terrain, et conquérir de nouvelles positions, pour préparer son retour et recommencer l'altaque. Li Révolution l'a rejeté de l'intérieur, il va rinslnllerdansla diplomatie. Négociera tout prix, obtenir un succès, en comprometUmt au besoin le roi et ses ministres ; sinon faire un éclat, sortir des grandes afTaires avec un fracas indigné, pour rentrer en victime auguste, tels sont les conseils (pie Liclos s'ellorçait de glisser dans l'oreilb; distraite de son prince. Mais la destinée de cet homme, était, sans rien finir, de tout prévoir et, lancé dans les chemins de traverse, de percer quand même sur la grande i*oute. Les hasards d'une intrigue l'ont jeté dans la diplomatie, et voilà qu'il ébauche des combinaisons toutes nouvelles. Il a parfois des allures de grand valet do tragi-comédie, Figaro taciturne et cynique traînant son Almaviva fatigué, et c'est un précurseur de Talleyrand.