‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 83 sur 173 · L'Ami du ffeujfU n* 'il · texte numérisé non relu

L'Ami du ffeujfU n* 'il

ochambeau, Noailles, Kersaint, Lanjuinais, an, ancien colonel du régiment de la Fère, ville, Latouclie et Sillery. Dans le Comité de pondance, on remarquait avec Laclos, le duc iillon,Menou, Barnave, Mirabeau, les Lameth, ndre de Beauharnais, Victor de Broglie, Pieyre, seur du duc de Chartres. Les discussions étaient ; et pédantes ; les séances se tenaient le soir et mt pas publiques. Fondée par des constituants, siégeaient en grand nombre, la Société trat à établir en France un esprit public révonaire. Elle se montrait scrupuleusement resîuse des décisions prises par rAssombléc et lait délibérer sous Tégidc de la Constitution, t, elle evcrçait une pression const^mte sur les sions de l'Assemblée et, par ses manœuvres à par ses affiliations en province, représentait 'anarchie générale le noyau le plus solide et :e la plus agissante.

los, comme orateur et comme journaliste, joua le considérable aux Jacobins dejiuis son retour ndres jusqu'au mois de juillet 1791. Il parut imment à la tribune, en froid logicien et en iste véhément. On connaissait surtout -.son il K Par arrêté du 31 octobre 1790, il avait utorisé à publier la correspondance de la é, « sans autre approbation que celle de Tauiticité de la correspondance. » Le premier ro parut le 21 novembre. C'était une petite ure d'environ quatre-vingts pages, dont la coue grise était ornée du sceau de la Société, Qeur de Ivs, entourée de deux branches de

mal des Amis de la Conêtitution^ por Choderlos do Laclos, 1-8-, 1). N. Le */'i7y.

cilânc et [)ortant la devise : Viure libre ou mourir. Un prospecliis initial annonçait la publication d'« un » tableau historique et raisonné des travaux de » TAsseniblée nationale depuis le jour de Touvcr- » ture des Etats Généraux jusqu'c^ Tentier achève- » nientde la Constitution ». « Le but principal de ccl » ouvrage, » déclarait I^iclos dans un avertissement, » est de faire aimer la constitution ; le moyen qu*on » em|»loiera sera de la faire ccmnaitre. Ce n'est plus » aux ellbrts de Tentliousiasme et d'une bouillante » énergie qu'il est nécessaire de recourir ; c'est à » ceux d'une noble patience et d'une fermeté géné- » reuse. Il faut que chacun découvre, dans le déve- » loppement de nos lois, l'avantage pei*sonnel qu'il » eu retire. Il faut donc détailler les motifs qui dui- » vent attacher chaque citoyen à son |)ays, à ses » nouvelles lois. Cette tAclie, si elle est remplie avec » un '/èle éclairé et réfléchi, laisse encore une » moisson assez (unple au patriotisme et présente la » récompense honorable et douce de beaucoup de » bien à faire au peuple. »

Sous la direction de I^iclos, Vasselin, Ducancel, I^pidor (ils, rédigeaient de lourd.; et pédantes<|ues articles de doctrine sur les crimes de lèse-nation et la responsabilité des fonctionnaires, sur la théorie des peines et des récompenses légales, le renouvellement de la législature, la garde nationale, l'esprit public. Laclos surveillait la publication de la correspondance des sociétés affiliées de province, habilement triée et résumée par Feydel. Cette correspondance se composait presque entièrement de dénonciations nominatives et motivées contre les ministres, les |)rétres réfract^iires, les moines, les officiers royalistes, les municipalités suspectes. Elle est très utile pour l'histoire de la révolution provin-

ciale h cette époque. On y voit se développer la taclique d'oirensive et d*intiinidation, qui, pendant toute la Révolution, fit la force des Jacobins. Un tel journal, écrit Miclicict, était une véritable « dictature de délation. » Affectant de se borner au rôle Téditeur, Laclos se montrait très sobre de conimenlaires. D'une note rapide, incisive ou malicieuse, il soulignait un fait, une idée, répondait brièvement à jne question, trouvait un rapprochement imprévu et Voix jaillissait la lumière révolutionnaire. Sous la 'ubrique Variétés, il traitait un peu plus longuement les questions courantes. Sa plume habile et nerveuse semblait faite pour la |)olémique. Elle s'accommoiait aussi bien des raisonnements abstraits et des subtilités de la théorie que des audaces ou des habiétés du combat.

Il fut d'abord un Jacobin autoritaire et ombrajeux. C'était Tesprit de la Société. Elle aspirait i être la directrice unique et souveraine de î'opilion et prétendait déjà h Tinfaillibilité. Elle affectait rignorer les Cordeliers et ne cachait |>as son hostiité pour les autres Clubs, ses rivaux. D'un geste ranchant, d'un ton dédaigneux, Laclos les dénonce ous dans son journal comme à la tribune. Ce sont ) dix ou douze clubs royalistes, loyalistes, monar- ) chistes, étrangers, opprimés, amis de la paix, de ) l'ordre, de la religion, du peuple, de la noblesse ) et de la résurrection. » Il poursuit particulièrenent le Club de llSi), mais le préfère encore au '^lub monarchique de Malouet, formé des anciens mpartiaux. « Ce fut Tesprit personnel, écrit-il, qui > donna naissance au premier. C'est l'esprit de ) corps qui a fondé le second. Le Club de 89 vou- ) lut séduire les gens d'esprit ; le Club monarchi- ) que ne veut séduire que les sots. » Le 8 avril 1791,

il prit la parole contre la Société des Jeunes amvs de la Liberté ({u'i] accuse <le recevoir dans son sein les membres du Club monaixhù/ue.

A Taile opposée des partis, s*était formé le Cercle social ou Confédération générale des Amis de la Vérité. Bonneville, rédacteur de la Bouche de Fer^ et Tabbé Fauchet Je dirigeaient. Il tint sa première séance au cirque du Palais-Royal et attira de suite une foule considérable, qu'électrisait la verve mystique et les accents enflammés de Faucbet. Au nom de la charité chrétienne, il y prêchait Tégalisation des fortunes, conformément aux principes de la franc-maçonnerie ; il y développait un plan de fédération générale des cercles maçonniques, sous la direction d'un consistoire unique, siégeant à Paris, (( capitale de Thumanité ». Le Cercle social aspirait h se fondre avec la Société des Jacobins^ qui lui avait emprunté une partie de son organisation. Laclos fit une guerre acharnée à la Société rivale. Le 29 novembre, aux Jacobins, il Taccusa en termes violents de vouloir usur|)er le nMt et le nom des Amis de la (^iOnstitution, dénonça ses principes, qui, par (( Tégalilé absurde des propriétés », conduisaient h la loi agraire et conclut par proposer une adresse h toutes les sociétés affiliées, pour les prévenir de toute confusion entre le Cercle social et la Société des Amis de la Constitution, La motion eut le plus grand succès. Desmoulins, qui voulut la combattre, fut accueilli par des huées et l'Assemblée, après avoir rejeté un amendement conciliant de Chabroud, vota Tadresse.

Laclos reprit la lutte dans son journal ; il taxe n la fois le Cercle social d'anarchie et d'esprit réactionnaire ; il est en lutte ouverte avec la Bouche de Fer dii Bonneville. Las d'atta(|uer, il linit par nier

SCS adversaires : ils n'existent plus, dëclare-t-il, on n'en entend plus parler. C'est la conspiration du silence. Il essaye enfin de les achever par le ridicule. Bonnc\ille organise au cirque du Palais- Royal des Tcles civiques « on les jeunes per* » sonnes à marier auront Toccasion de prendre du » goût Tun pour Tautre». On distribuait la Bouche de Fer h la porte et, sans doute, ce n'était pas seulement des mystiques ou des illuminés qui entraient. En fidèle historien, Laclos annonce aussitôt que » le Cercle de la Vérité a encore changé de forme. » Les jours qu'on n'y prêche pas le partage ou la » communauté des propriétés, 1* on y mange; 2* on » y boit ; 3** on y danse ; 4® on y joue. Chacun paye » son écot, excepté les demoiselles du Palais- » Royal. »

Solennels et dominateurs comme les prêtres de la religion nouvelle, les Jacobins entendaient donc être les seuls gardiens du dogme révolutionnaire. Ce dogme, Liclos le commente et le développe audacicuscmcnt. Le Contrat Social en main, comme . un nouvel Evangile, il se drape fièrement dans rhnposant manteau des principes et, à l'occasion, on le trouvera plus absolu que Robespierre. Les conséquences les plus extrêmes qui découlent de la souveraineté nationale, de l'égaliUî des droits, de la liberté des opinions ne TefFraient pas. D'après lui, » le but d'une constitution est de garantir la sou- » Acraineté nationale contre toutes sortes d'atteintes ». 11 veut il la démocratie la base la plus large et des movens efficaces et constants de contrôle et d'intervention. Connnent exercer cette intervention dans le cours d'une législature? Ce ne sera pas par les assemblées (irimaires, dont les délibérations sont susceptibles d'entraînement et de pression et dont le

vote n'exprime que la volonté du plus grand nombre et entretient des divisions funestes dans le pays. D*a[u*ès Laclos, c'est le droit de pétition qui est le meilleur canal de la voi\ populaire et la plus sûre sauvegarde du vœu national.

Sans doute, aux termes du décret de TAssemblée, ce droit est strictement individuel ; aucun corps politique, aucune société ne peut Texercer collectivement et leurs membres ne peuvent signer une pétition que connue individus. Mais h côté du droit de pétition, n'y a-t-il pas, pour le compléter, la liberté de la presse, qui permet d'imprimer, de publier, d'afficher. « Par ce moyen^ un seul indir » vidu^ sans sortir de chez lui, peut faire parvenir » à l' Assemblée nationale une pétition revêtue de » tonli'S les signatures du royaume, » Kii dissuil : toutes les signatures, Liclos entend celle des citoyens actifs, comme de ceux qui sont privés des droits politiques, et il comprend dans ceux-ci les femmes et les mineurs. 11 suflii donc h l'auteur d*unc pétition d'aviser ses concitoyens et de les prier de se joindre à lui et il peut rallier à sa suite tous les habitants du pays. Au lendemain de la monarchie de droit divin, Laclos imaginait, en somme, le/>^'6^$c£Ve, avec une liberté d'initiative, une publicité et une étendue de suffrages, auxquelles la démocratie répugne encore de nos jours. Cet us^ige nouveau était, d'après lui, le seul « qui puisse entretenir cliex » un peuple libre la tranquillité, qui lui est utile, )) sans lui faire perdre l'énergie, cpii lui est néces- » saire. » Quand le vœu public serait parvenu à l'Assemblée nationale, par l'intermédiaire obligé d^un magistrat, celle-ci devrait décider sur son objet par un appel nominal et public. « En cela, dit Laclos, » nous avons en vue d'établir une sorte d'appel au

n peuple, » On verra le parti, qu'il comptait — pour ses projets — tirer de cette théorie ; elle n'était pas un jeu de son esprit, mais une prévision pratique.

Après le droit de pétition, c'est' la liberté de la presse, qu'il considère comme son complément nécessaire, à la(|uelle Laclos se montre le plus obstinément nltaclié. \a\ 20 avril 1701, il proposait aux Jacobins de délibérer sur la question de savoir : « 1® s'il est possible, comme le département et » l'Assemblée Font demandé, qu'il y ait un code » pénal sur la liberté de la presse; 2* s'il ne con- » viendrait pas de placer au ran^ des crimes de » lèse-nation au |>rcmier chef toute atteinte portée » contre la liberté de la presse ». 11 reprend cette thèse le 9 mai, en même temps que Duport, Robespierre et Dubois-Crancé, proclame que la liberté de propager sa pensée est indéfinie et que « le seul » homme, qui ait le droit de l'empêcher de coller sa » pensée sur un mur, est le propriétaire de sîi » maison ». Quand bien même des factieux abuseraient de ce droil, le mépris devrait être leur seule répression.

Pour assurer l'exercice de la souveraineté nationale, il faut encore laisser aux citoyens l'entière liberté de leur choix. Le 8 mai, Laclos demande à la tribime le renouvellement du corps électoral avant les prochaines élections, l'éUiblissenient d'une liste de candidats, l'abrogation de tout décret restrictif du droit d'éligibilité, la faculté pour les députés actuels d'être réélus sans intervalle. « Que vos corps élec- » toraux soient purs, s'écrie-t-il ; laissez-leur la plus » vaste latitude de confiance et vous aurez de bons » législateurs. » C'est dans le même esprit qu'il proposait, à la séance du 9 mars, l'élection des Ministres par le peuple. 11 revint à la charge les 1*' et

6 avril, à roccusion des récentes nominations d'ambassadeui*s. Les choix de M. ile Montinorin avaient paru suspects à la Société et I^iclos s*en (il un ai'gumenl pour sa thèse, il n*est pas jusqu'au droit de grâce qu'il ne veuille remettre au peuple. 11 soutient le 3 juin, que l'accorder au Roi lui parait « une » monstrueuse idée, qui à elle seule suffirait pour » détruire la constitution ». D*après lui, la grâce doit être demandée par les jurés, décrétée |mr le corps législatif et sanctionnée seulement par le roi. Il se [irononce encore dans son journal sur la question du partage égal des successions entre les enfants. « Nous pensons quant h nous, dit-il, que » dans le |)ays de la déclaration des droits, Esafi et » Jacoh sont égaux en droits, bien que Tun des deux » n'ait |>as l'honneur d'être aussi velu que l'autre. » Ainsi armé de la bonne lance du droit nouveau» Laclos entra dans la lice en combattant déterminé. Tantôt, avec le rire du défi, son esprit jaillissait en fusées ironiques, tantôt, la bouche mauvaise et Tair farouche, il assénait des coups redouUibles. Avec plus de tenue dans l'allure et de gravité dans la pensée, il rappelait Desmoulins par sa verve railleuse et menaçanhî. Lusse/ faire la liberté, dis^iit-il, cunfiexvous h l'opinion ; elle amènera le règne delà raison. Point n'est besoin de séduction, c'est elle l'universelle séductrice. Ce n'est point Liiclos qui le dit, c'est le « balayeur de son imprimerie ». Moqueivous des bulles papales et des « mièvreries aristocra- » tiques ». N'ayez cure des <c moines en délii*es », dont on ne saurait dire s'ils sont a plus ridicules » qu'odieux ou plus odieux que ridicules », des officiers aristocrates qui persécutent leura soldats jacobins, de Galonné « qui a plus gardé qu'il n*a » mangé » et des petites intrigues amoureuses où les

les (le la (^oiir prodiguent vainement leurs rmes. Que peuvent tous ces gens-là contre les lières ? « Us s'éclaireront, ils s'éclaireront ». 'artout l'ignorance et l'erreur commencent par ouloir étouffer la raison et flnissent par s'évaouir devant elle. Voilà pourtant l'ouvrage de ces ommes que les courtisans, les courtisanes, les oirs, les tigrés, les mouchetés, les modérés, les mis de la paix, les ennemis de l'imprimerie, sont onvenus aujourd'hui de désigner sous le nom de ictieux.... et veulent faire assassiner. Mais gare 3 moment de repentir ! »

luettant tous les anciens abus, voici dans ({uels nés il se plaint des négligences et des erreurs de Histe, « naguère abandonnée à la iirofonfU; coruption des sociétés de finance » : « Mais suppo- 3ns tous les préposés honnêtes gens. Il n'en est as moins vrai que presque partout les lettres sont bandonnées à la discrétion suspecte de la femme, e la fille, de la servante et par conséquent de Mii*s muants. Ajoutez-y les voisines, qui, par passe- ;mps, viennent quelquefois aider au triage, et les mants des voisines; et concluez que de toutes les arties de l'administration publique, la plus essenelle, la plus importante, celle de la circulation es pensées, est précisément confiée aux plus mau- (lises mains ». Ailleurs, Laclos se console qiie des rtiers de noblesse soient toujours exigés des pages Roi : « Chacun est maître de choisir ses valets Dmme bon lui semble. »

iOuis XVI relevant d'une indisposition, le bullesuivant fut lu, le a mars, à l'Assemblée ionale : « L'étal du roi est toujours satisfaisant, l'enrouement subsiste encore. Le petit lait que rend sa Majesté depiiis quehjues jours entretient

» le veiUi'c lil>ro. Le roi sera purgé incessa innienl. » Le sdir, aii\ Jacobins, IjicIos s'opposa violemment à la lecture de ce bulletin. Il demanda également que la guérison du roi ne fut pas célébrée par un Te Deuitiy « comme sous le règne du despotisme »; quel(|ues membres protestèrent ; Laclos exprima du moins le vœu que le Te. Deum fut célébré sans frais. D'après les Sabbats Jacobiles, il aurait proposi'i de remplacer celle |)ompe inutile par le mariage solennel de (|uatre or|)helines du faubourg Saint- Antoine, lillcs de quatre vainqueurs de la Bastille ^ Enfin I^iclos poursuit de ses sarcasmes les limides citoyens, qui craignent une « attaque géné- » raie » sur nos fronlières. PoL'r lui, ces alarmes sont répandues par ceux (|ui spéculent sur la crainte pour rélablir la noblesse et créer une clianibre liaule. « Voilà au juste les motifs des bruits de » guerre ; les négociateurs sont en train par là ; les » émissaires sont en course par ci; les uns intri- » guent, les autres pérorent. Mais /// vanibus labo- » ravcrunt, » Répondant à une lettre récente, où Tabbé Raynal ré|)rouvait ses anciens principes et prédisait une intervention des puissances : <c Voyez, » s'écrie-t-it, te beau coton que jette Guillaume » Raynal depuis sa palinodie ! Guillaume Raynal » parut dans les ténèbres avec un (lambeau ; chacun » y vint allumer sa bougie. Guillaume Raynal se » montre au sein de la lumière, souffle sur son » flambeau et invite chacun à en faire autant ; mais » on se UHMpie de (juillaume Raynal.... Non cou- » clut-il, les |>rinces de TKurope n*osei*ont pas nous » attaquer. Ils nous craignent comme la peste... Quel )> est celui d'entre eux qui ne désirerait pas que son

Page 1