‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 84 sur 173 · Aulnrd, H, p. :i · texte numérisé non relu

Aulnrd, H, p. :i

» Irône fut assis à quatre mille lieues de nous ? » Quel est celui qui, depuis deux ans, ne s'environne » pas de précautions pour empêcher nos principes » de liberté d'arriver jus(|u'au peuple soumis h son w sceptre? Et cependant ces mômes principes pénè- » trent partout, malgré les cordons de troupes, les » inquisiteurs, les imposteurs, les ambassadeurs, les » gazettes ministérielles,* les mercures de France ; » malgré les fourbes et les fourberies, malgré les w sols et les sottises.... Peut-être y aura-t-il un échec, » une escarmouche; peut-être Tévêque de Spire ou » SOS amis nous prendront-ils pour vingt-quatre heures » une place démantelée ou un four banal; mais » gare la revanche ! ^ »

Toutefois Laclos étîut bien trop avisé et clairvoyant pour se laisser entraîner par la lutte et devenir la dupe de ses propres principes. On Ta vu repousser les utopies du Cercle social. Une autre fois, il combat Robes|)icrre lui-même, <|ui pro|)Osait d'indemniser les électeurs peu fortunés, et fait repousser cette dangereuse motion. Son enUiousiasme avait des bornes et ses prévisions lui traçaient des limites. D'abord il est résolument monarchique. Il prend nettement position contre Brissot, qui lève déjà le drapeau républicain. Contre lui encore, il s'oppose à l'affranchissement des noirs dans les colonies, tout en (létrissant les (îxcès des colons. « Notre constitution, » écrit-il, a deux sortes d'ennemis en France ; les » uns veulent une démocratie et point de roi ; les

1. Cf. Stnël. 21 avril 1791. « Enfin le langage des hommes, qui Y» ont quelque influence, ost que la monorchie doit être conservée en V» Fronce, mais qu'il impoite peu que le Roi porte ce nom {ce/ni de » Louis XVI), cl que le Roi ne pourro jamais se plier ù un ordre do » choses si difTérent. Sans la crainte des autres puissances ^ le Roi » serait perdu, w

» autres veulent un roi et pas de démocratiu. » MM. Robert, Brissot, etc.... écrivent pour les » [premiers, MM. Despremesnil, Armand, etc.. gla- » pissent pour les seconds.

» Elle a une troisième sorte d'ennemis en Amé- » rique, h la tôte desquels vient de se mettre h Paris » M. Linguet: c'est le parti de la démocratie )) blanche. Ceux-ci sont disposés à tout; ils consen- » tiront à se faire démocrates, :i se faire royalistes, » j)eut-otre même à demeurer français, pourvu qu'on » leur laisse des iloles.

» Ces trois partis également intéressés à voir » crouler la Constitution, harcèlent TAssemblée » nationale, pour la forcer à se contredire elle- » même, soit en prononçant un décret qui légalise- » rail la distinction, (|u*un préjugé barbare a mise » jusqu'à ce jour dans nos colonies entre les blancs » et les hommes de couleur, tant libres qu'esclaves; » soit en prononçant un décret dirigé textuellement » contre cette distinction. Dans le premier cas, » l'Assemblée nationale déshonorerait tous ses tni- » vaux et se couvrirait de Inmlc. Dans le second, » rlle décréterait implicitement l'abolition de Tcscla- « \age; les colonies se sépareraient de la méti*o|)olo; » nos ports se soulèveraient contre l'Assemblée » nationale et quatre millions d'individus, qui tra- » vaillent en France pour les colonies, se trouve- )> raient sans occupation et sans pain.

» De ces deux conséquences, qui sont les seules » admissibles, découle une vérité terrible et incon- » testable ; c*est que la France tomberait dans une » anarchie complète, d'où elle ne sortirait que pour » se replacer sous le despotisme, suivant l'espoir des » uns, ou pour se diviser en républiques confédérées, » suivant l'espoir des autres.

Le lecteur de bonne foi reconnaîtra ici la jusse de cet adage qui dit que les extrêmes se ichent. Avec des intentions toutes opposées, iiJL hommes, deux partis peuvent suivre la même ite, pour arriver à des buts diflerents. Nous ne ons rien aux partisans de MM. Despremesnil et iguet; il y a longtem|>s que leur système est nbé dans le mépris qu'il mérite : mais nous ons à ceux de MM. Brissot et Robert : // ne ffit pas de connaître les forces \ il faut cal- 1er les frottements. N'imitons pas ces animaux i étoulTent leurs enfants à force de caresses. » clos se posait en somme en révolutionnaire du milieu. Le 12 juin, aux Jacobins, il montra »on cœur élail demeuré militaire tout en devenant riote ». Antlioine venait de dénoncer « l'incivisme corps des officiers». 11 fallait, disait-il, «détruire jprit militaire», licencier l'armée et réformer de eaux cadres. Il n'exce|)lait de celte mesure que eux corps de l'artillerie cl du génie « que leurs nières avaient préservés du venin aristocraue du reste de l'armée ». L'impression du dis- ; fut votée à l'unanimité. Laclos demanda bruslent la parole : « Je serai moins long que le !opinant, déclara-t-il, car je ne dirai point d'ines.

)n crie de tous côtés : « 11 n'y a point d'injures ! » 1/. Laclos. — Le discours du préopinant est il. Il sera imprimé. Je laisse à ceux qui le liront 5oin de décider s'il contient ou non des injures. V ordre, à V ordre).

M. Anthoine. — J'entends demander que Laclos soit rappelé à l'ordre pour avoir dit que n discours coulenaildes injures. J'ai énoncé une nion. Certainemenl M. Laclos ne la prend pas

» pour une injure. Je conclus donc (|u'il ne doit i^as » (Hre rappelé à Tordre.

» M.... — Je demande que M. Liiclos soil rappelé » à Tordre pour avoir dit (|ue le discours de » M. Anthoine contenait des injures. (6^/^ â/>/>/aiir/i7).

» M, Laclos, — Je crois devoir remarquer qu'il ne » peut rien y avoir de personnel dans ce que j'ai dit, » puisque le |)réopinant a distingué (Tune manière )> lionorahle deux corps dans Tun desquels j*ai Tlion- » neur de servir depuis trenle-deux ans [Au fait ^ au » fait), »

Laclos continua en combattant toute mesure qui isolerait les officiers des soldats et proposai d'éviter le lictmciement général de Tannée par le « dédoublc- » ment des corps » et queh|ues autres mesures. 11 fut soutenu par Carra ^

Une seule fois, I^aclos fait, dans son journal, une allusion non dissimulée au\ Liaisons dangereuses; c'est pour s'en parer comme d'un titre révolutionnaire. Il annonce la publication scandaleuse des Mémoires privés du Maréchal de Richelieu que Sonlavie venait de faire paraître.

« (iCl ouvrage hislori(|ue, écrit-il, a tout TinlértH » des romans les plus célèbres et surpasse en invi-ai- » semblance tous ceux qu'on a accusés d'exagération » dans la peinture des mauvaises mœurs de la bonne » compagnie. On se convaincra par la lecture que » les fictions atroces ou scandaleuses, à l'aide des- » (pielles les romanciers dévoilaient et combattaient » les caractères inf&mes qu'ils mettaient en scène, » élaient encore au-dessous de la réalité. On y dé- )> couvrira aussi l'intérêt qu'avaient tant iVhonnéies » gens h crier au scandale contre de pareils hommes.

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