‹ Le trombinoscope (volume 2)Chapitre 98 sur 173 · Bûchez et Roux, X., p. 'i'i · texte numérisé non relu

Bûchez et Roux, X., p. 'i'i

32'i LE GKNKUAL GIIODRRLOS DK LACLOS

russciniileiiHinl (h; cilctyons ». A ce inoiiiciil, siirviiil lia (lépiilc (lo rAssemlihW; narK»naie: il apprit i\\\'h 9 liourus (lu soir, avail élé votée une pniposition de Desmeuniers, qui supprimait toute équivoiiuc cl reconnaissait rormellemcnt Louis XVI comme Roi. Désormais la loi avait parlé ; persister dans le projet de Laclos, c'était prendre ouvertement parti pour les factieux. Ijx pétition fut supprimée, l'impression interrompue, les signatures défendues. Ldclos avait perdu la partie. Danton s'éclipsa ^

La dénonciation de Sillery, le 16 au matin, n*eul donc aucun eflet en ce qui concerne Laclos, qui, le soir, n'avait plus de raison de s'associer aux événements qui suivirent. On sait (|ue, le 17 juillet, une nouvelli^ pétition, puremimt ré|)ul)licaine cette fois, fut déposée sur Tautel de la Patrie, que des attrou|»ements se foruièrent, (ju'uue répression hrataie, sanglante fut provoquée par l'Assenihlée, exécutée par La Fayette, applaudie par la bourgeoisie légitimiste, qui se défiait de la république comme de l'orlëanisine, (;t sentait b; moment venu d'arrêter la Révolution pour la con(is<|iier à son profit, par cette môme iMMirgeoisie, (pii, (juarante ans plus tard, devait |iorter au Irone le duc de Cliartres, sous le nom de Louis-Pbilippe l®^

M'"'' de (lenlis, tout en préparant des embûches h son rival, luttait d'ingéniosité avec lui pour sëduii*e Topinion. Elle lui étiiit inférieure en ceci, que la vanité cliez elle s'alliaità l'ambition et que, désireuse de réussir, elle était encore plus pressi*e de briller. 1^'iclos lance une petite pli rase en se cachant. M"** de (jenlis écri\it deux gros volumes afin de se faire voir. Pour faire suite aux Conseils sur l'éducation

1. 11 tte rêfuifia ùTroyen, i>uis uUn pa»icr pliisicuni jours ù Londres.

du Dauphin y elle publia les Leçons d'une Gouvernante, Le premier ouvrage contenait les préceptes, le second Tapplication. C'était jour par jour le tableau de la vie de ses élèves ; mais elle y était constamment en scène prêchant le civisme et la vertu, dirigeant et dominant le duc de Chartres, qui, le jour de son serment civique, rayait tous les titres, hormis celui de citoyen, et disait que ce qu'il aimait le mieux au monde, c'était la nouvelle constitution et sa chère gouvernante. Voici qui peint entièrement cette femme. Son livre était précédé d'une préface, composée, disait l'éditeur, quinze jours avant la fuite du hoi, ninis(|u'il faisait cependant paraître telle quelle. M"" de Genliss'y répandait avec affectation sur labonU^ de Louis XVI, sur la solennité de ses engagements, auxquels certes il ne pourrait manquer sans être infAme, parjure, traître et déserteur. Mais qui pourrait le prévoir d'un si grand roi et seulement y penser ? Brissot, qui se laissait également jouer par les deux rusés intrigants du Palais-Royal, ne comprenait pas ce détour et y admirait tout bonnement un don de prophétie. Ce « mâle et sévère » républicain envoie, dans ses mémoires, le pavé de l'ours à la M"** de Genlis repentie de la Restauration. « Qu'on lise » la préface de ses Leçons d'une Gouvernante,.. y l'on » verra s'il était possible d'invoquer avec plus d'art, » je dirais pres(pie avec plus de perfidie^ si ce mol » pouvait être juste pour un acte de l(»yauté, la » Constitution que le dernier Roi avait juré... ; s'il » était possible enfln de traduire ainsi plus directe- » ment Louis XVI devant le tribunal de la Nation, » dans le cas où il violerait la loi, le jour même où, » en fuyant à Varennes, il venait de la violer; c'est » dans cet écrit qu'on trouverait peut-être, comme » par une ins[)iration prophétique^ le premier mot

»» i\n\ semblait provo^iuer la déchéance, mol que f* «raiitres n*ont fait que ivpéter ^ » Mais toutes les iritrigufïs orléanistes s'étaient eflbndrées devant les fermes résolutions et le loyalisme de l'Assemblée. Ouelqnes semaines après les événements de juillet, M'"* de (jenlis partit pour TAngleterre avec M"^ d'Orléans, accompagnée de deux bons patriotes, Pétion et Voidel.

L'urlos voyait l'opinion toute entière cette fois se si)iilever contre lui. Kn vain, dans la S4since du 17 juillet, aux Jacobins, comprenant que tout était perdu, il opina pour (|ue la Société cessfttde s*occuper di! la pétition et qu'elle fut considéi*ée comme nulle et non avenue. C*étail marquer un repentir tardif, dans le mcunent même où chacun l'accussiit. Au lendemain du 17, il y eut un violent mouvement de réaction dans l'Assemblée ; une petite terreur régna dans Paris. Ëphraïu) et Rotondo furent arrêtés ; l^iclos passait pour leur complice. Les i*oyalistes, qui ne prononçaient jadis son nom qu'avec exécration, le prononcèrent désormais avec menace. Le 18 à l'Assembiéi; nationale, Petion qualifiant de funeste à la liberté undécretde ré[iression (ju'on allait voter, on entendit les députés de gauche s'écrier euxmêmes : « Oui, funeste à Marat, Brissot, Laclos, Danton. » l^iu; instruction était ouverte. Robespierre tremblait; iMarat, Legendre et Desmoulins se cachaient ; Danton était en Angleterre. L'accusateur public mettait les Jacobins hors de cause, mais rendait res|)onsable du voh* de la pétition « l'aUrmipemenl de8,(MH) individus sortis du Palais-Royal », quiavaient envahi la salle, le 15 au soir. Laclos, qui en était l'instigateur, était encore accusé faussement par l'opinion

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