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Aimée RÉPUBLIQUE tut près d’un demi-siècle sans reprendre connaissance. — Le 24 février 1848, elle rouvrit les yeux. Elle apprit que l’on avait dit beaucoup de mal d’elle pendant qu’elle était évanouie.
Aimée RÉPUBLIQUE s’apercevant qu’on l’accusait surtout d’avoir été jadis un peu violente, se mit en tête de ramener tout le monde à elle par la douceur.
Il y a douceur et douceur. Le désir d’être adorée jeta Aimée d’un excès dans l’autre. Appréhendant de se faire trop craindre, cette fois elle ne se fit pas assez respecter.
Sans colère et sans rancune pour les gens qui l’avaient trompée, trahie, calomniée et assassinée, elle ouvrit toutes grandes les portes de la France : ses ennemis de la veille purent en sortir, et ceux du lendemain y rentrer.
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Elle crut à tous les baisers de Judas que les traïîtres déposaient sur son front pur, elle crut à toutes les conversions hypocrites. Elle ne sut ni se venger, ce qui est bien! ni se défendre, ce qui est mal!.
Les ennemis d’Aimée RÉPUBLIQUE ha, alent guettée jadis, à ses premières violences; ils la guettaient cette fois à ses premières générosités. — [ls n’attendirent pas longtemps ; et Aimée RÉPUBLIQUE, victime de son excessive modération, comme elle l’avait été de ses premiers excès, fut de nouveau surprise sans défense et terrassée le 2 décembre 1852, par le neveu de l’homme qui l’avait égorgée cinquante ans auparavant,
Cette fois, l’humiliation d’Aimée fut encore plus terrible.
Le 18 brumaire elle avait succombé sous les coups d’un malfaiteur de génie; le 2 décembre elle était écrasée sous
la botte éculée d’un pitre.
Aimée RÉPUBLIQUE mit encore dix-neut années à repren-
dre ses sens. Lorsqu’elle revint à elle, elle vit sa pauvre
France à deux doigts de son écroulement.
Hélas! elle fit ce qu’elle put; mais ne sauva que ce qui restait d'honneur à sauver. Il semblait que cette fois les épreuves dussent être finies pour la pauvre enfant. Personne ne doutait que la mauvaise fée à laquelle elle devait tous ses malheurs ne fût à bout de puissance. — Cet espoir était vain.
Pendant plus de quatre années consécutives,même après.
qu'elle eut payé une rançon de cinq milliards que nous avait imposée l’envahisseur, de méchantes gens firent à la pauvre Aïmée toutes les avanies imaginables.
On commença à lui imputer tout ce qui arrivait de fàcheux : l’augmentation des impôts qu’il lui avait fallu doubler pour payer les dégâts de son second égorgeur, le mauvais état du commerce tué par l’invasion.
On répéta chaque jour qu’elle était la cause de la misère, de la mauvaise récolte, des accidents d’omnibus, des hivers rigoureux, du phylloxera, des cas de petite vé- LOIEMÉTORMELCS.:
La pauvrette endurait tout cela avec une patience d'ange et continuait à faire de son mieux pour remettre la France sur pied. | |
Quand ses calomniateurs l’eurent bien vilipendée, bien meurtrie, bien affaiblie, ils essayèrent de la tuer tout à fait en lui contestant sa légitimité. Ils allaient partout, criant bien fort: « Voyez donc cette petite gueuse, cette intri- » gante !... qui prétend être redevenue le gouvernement de » la France !... Ce n’est pas vrai! Ce n’est qu’une cou » reuse... et la preuve, c’est que nous allons biffer son
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» nom de nos papiers publics et en mettre un autre à la … » place. »
Effectivement, ils se mirent en devoir de biffer et ils bifférent; mais quand il fallut mettre à la place cet « autre nom, » ils se trouvèrent bien empêchés, .n’étant d’accord
sur aucun. Si bien qu’un beau jour, le 25 février 1875,
au moment où il semblait évident à presque tout le monde que la chère petite Aimée RÉPUBLIQUE n'avait plus qu’à
faire ses paquets pour la troisième fois, ses persécuteurs,
fort en peine de la remplacer. se radoucirent et lui firent . 9 :
gracieusement une place à ce foyer dont ils menaçaient de
* Ja chasser si durement.
Ils lui donnèrent de beaux habits neufs, d’une nuance
un peu pâle, il est vrai, pour son goût, mais la pauvre en-
fant avait été jusque-là si peu gâtée qu’elle s’est encore trouvée bien heureuse de recevoir ce costume.
Elle pensa avec raison que pendant qu’elle userait celuilà, on aurait le temps de lui en préparer un autre d’une couleur mieux à sa convenance.
Hélas !.. depuis cette époque, elle a déjà usé plusieurs tuniques rose pâle, en espérant toujours une d’un ton plus vif.
* Mais elle a eu le chagrin de voir ses habilleurs lui tailler constamment les neuves dans la même étoffe.