‹ Le trombinoscopeChapitre 122 sur 307 · HENRY · texte numérisé non relu

HENRY

journaliste et homme politique français, né le 4 | mars 1838 à San- | cerre (Cher). Une circonstance banale et quise produit très souvent dans la vie domes- | tique eut pourtant uneinfluencecapitale sur l'existence d'Henry Maret.

La cheminée de la chambre dans laquelle il vint au monde fumait.

On avait été obligé d'ouvrir la fenêtre quelques instants avant la délivrance de sa mère.

En entrant dans la vie, Henry Maret eut froid.

Depuis, il ne s’est jamais réchaufié.

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Quelques biographes font d'Henry Maret un des mem | bres de la famille des Bassano, famille à laquelle les différents empires qui ont crevé sur la peau de la France

durent un assortiment abondant de SénAtÉRTS et AE chambellans.

Il ny a pas de déshonneur à CA À Bassano, be. surtout [GrsqUeMOETTRE Henry Maret, on peut au contraire 2

prouver qu’on en remonte.

Commencées à Sancerre et terminées à à Bourges, les al

études d’Henry Maret furent remarquables. | Doué d’une intelligence très vive et d’un tempérament très frileux, il travaillait, lisait, apprenait par cœur, tra-

duisait, commentait, jusqu’à ce qu’il eût la tête en. feu, afin

de pouvoir se chauffer les mains en les posant à son front.

Pourtant, on raconte qu'il faillit être re/ogué à son baccalauréat ès sciences parce que, — tout entier au supplice éternel de sa vie, — à cette question d’un examinateur : — Qu'est-ce qui produit le froid ?

Il répondit :

— Ce sont les imbéciles qui ne ferment pas és fre

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Très pauvre, — et même sans aucune autre ressoi Ir que sa parenté avec les puissants Bassano dont il n’eut Le un seul instant l’idée de se faire le Molinari,— Henry M vint à Paris où il eut des commencements effroyables.

Ib:serfit employé de bureau, non pas qu il aimât ce

métier !.. mais parce qu'il avait entendu dire Ci l'on était très Die chauffé.

Ce fut à l'Hôtel de Ville qu'il entra.

Dire qu'il y fut un expéditionnaire mods serait peutêtre exagéré.

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Outre que ses aspirations littéraires naissantes ls portaient à faire rimer entre elles les colonnes de chiffres qu'on lui donnait à aligner, il jouissait d’unecalligraphie si étrange que ses manuscrits étaient aussi illisibles que de P Fe imprimé.

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Faire des F mal bouclés, des H boiteux, des Ï qui se trouvent mal et des Q sans queue, est déjà un vice suffsamment rédhibitoire pour un employé aux écritures.

Et cela seul désignait Henry Maret pour un avenir plus

que borné dans la bureaucratie administrative.

Mais il y avait autre chose de bien plus grave.

. Maret avait déjà du talent; il s’occupait de littérature, ses chefs le savaient.

Et s’1l est une chose que jamais les vieux culs-de-jatte montés sur vieux ronds de cuir n’ont pardonnée à leurs

jeunes subalternes, c’est d’avoir de l'esprit en RRRE des heures de bureau.

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Maret était condamné par la liberté de son caractère

artistique et la licence de ses jambages RARAER EN à flotter toute sa vie entre des appointements de Fa5:

127 francs par mois.

Une double circonstance vint l’arracher à cette riante

perspective de dîners à 26 sous et de faux-cols en papier : D'abord, il avait fait recevoir, — après l'avoir fait reco-

. | pier, cela va sans dire, — une pièce en trois actes et en

vers par le directeur de l’'Odéon.

Cette pièce était intitulée : la Reine Vierge. Par parenthèse, elle ne fut pas jouée, M. de la Rounat

ayant craint, dit-on, qu’on ne vit dans ce titre une allusion à la reine Isabelle d’Espagne.

Mais l'accueil primitif fait à son œuvre avait transporté

de joie Henry Maret qui, se voyant déjà à la tête de soixante-quinze mille... calorifères de rentes, était tout

disposé à envoyer promener l'Hôtel de Ville.

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