‹ Le trombinoscopeChapitre 143 sur 307 · PERS SR · texte numérisé non relu

PERS SR

Sur cette scène défilèrent successivement de bonnes et Vadé au cabaret, Toinette et son carabinier, la Belle

Espagnole, Femme à vendre furent autant de succès de

très bon aloi.

… À cette époque, OPÉRETTE était dans tout l’épanouisse-

ment de sa première jeunesse et de sa gaieté. Bonne fille,

rieuse et honnête, elle communiquait au public la bonne

humeur qui faisait le fond de son caractère.

Un soir pourtant, grisée par le succès, elle se laissa faire

un doigt de cour par un petit homme à lunettes, qui avait

l’air très malin et qui était de plus un compositeur original et de beaucoup de talent.

Nous avons nommé Offenbach.

Offenbach n’était pas un trompeur, il courtisait OPÉRETTE dont les petits airs fripons l’avaient séduit, mais il la courtisait pour le bon motif, bien décidé à lui faire le plus d'enfants possible et à les reconnaître tous.

Il emmena donc sa jolie conquête au passage Choiseul et l’installa dans un charmant petit théâtre : les Bouffes- Parisiens.

De cette lune de miel naquit un premier bébé rose très frais et très bien portant : les Deux Aveugles. |

La pièce eut un succès fou.

Ce genre de bouffonnerie fut une révélation. Zoé OP£- RETTE était lancée.

Outre Offenbach, qui resta certainement son plus constant adorateur, la petite eut pas mal d’amoureux, tous gens de talent, dont elle n’eut pas à se plaindre puisqu’elle leur dut plusieurs petits chefs-d’œuvre qui augmentèrent sa popularité.

Adolphe Adam lui donna les Pantins de Violette, Duprato lui donna M'sieur Landry.

Sans compter qu’elle se fit faire aussi la cour par des compositeurs d’outre-tombe, Mozart et Rossini, qui lui firent cadeau : le premier de l’Zmpresario et le second de Bruschino.

Quant aux succès qu’elle dut à son amant en titre, Jacques Offenbach, c’est par centaines qu’on les compte : le Vrioloneux, Tromb-al-Cazar, Crock-Fert, la Chanson

de Fortunio, Orphée aux Enfers, etc., etc.

Jusque-là tout allait bien. OPÉRETTE commençait à faire beaucoup parler d’elle, il est vrai, mais par des moyens

honnêtes.

Un peu plus tard, après qu’elle, eut ouvert une succursale au théâtre des Variétés, elle obtint même encore une série de succès justifiés avec la Belle Hélène, la Grande- Duchesse et autres bouffonneries qui se firent pardonner

leur longueur et leur prétention par leur esprit satirique.

En effet, la démolition par la caricature des légendes de l'antiquité n’était pas une mauvaise chose. La Belle Hélène et Orphée aux Enfers se chargèrent amplement du soin de réduire à des proportions humaines ces personnages trop respectés.

Quant à la Grande-Duchesse de Gérolstein, elle fut une critique des plus réussies et des plus sanglantes de la soldatesque impériale; et les événements n’ont que trop prouvé depuis que le fameux général Boum, le baron Grog et le soldat Fritz, chargés tour à tour du commandement en chef de l’armée, selon le caprice d’une souveraine un peu cascadeuse, n'étaient pas de pure invention.

Certains noms que tout le monde répétait eussent pu être substitués à ceux de ces personnages fantaisistes, sans que l’action de la pièce perdit un seul instant de sa clarté, au contraire |.

Ici, nous touchons au déclin de la gloire de Zoé Opré- RETTE. Après avoir jeté une dernière lueur dans la Fille de Madame Angot, qui fut sa dernière création à peu près avouable, nous voyons la pauvre fille pâlie, ridée, maquillée, se répandre partout et ne justifier nulle part cet enva-

hissement scandaleux.

Ce n’est plus sur vingt théâtres de Paris qu’une orgie de livrets ineptes et libidineux se ressemblant tous, se répétant tous et dépassant tous en sottises et en incongruités.

Les librettistes à court d’haleine exploitent invariablement la même situation : une mariée que l’on fait passer dans le lit de trois ou quatre libertins la nuit de ses noces et que l’on rend le lendemain matin à son époux transi, avec son « capital » plus ou moins intact. | |

Qui a vu une opérette contemporaine en a vu soixante quinze.

Quant à la musique qui sert de véhicule à ces saletés, elle s’en ressent le plus souvent. |

Ce n’est qu’un déluge de couplets vulgaires, d’airs à danser le cancan, de mélodies triviales sans originalité, de

cascades bruyantes mais sans gaîté.

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Depuis la Jolie Parfumeuse jusqu’à Alice de Nevers, en passant par toutes les Blanchisseuses de Bérg-op-Zoom, les Belles Bourbonnaises, les Reines Indigo, les Créoles, les Boulangères aux écus, les Giroflé-Girofla, les Pompons, les Filleules du Rot etles Mazeppa, tout ce qu’a produit l’opérette depuis qu’elle s’est déclarée à l'état d’ordurium-tremens, n’a été qu’un abject dévergondage d'art.

Aussi avons-nous le plaisir d’assister, en ce moment, | au début d’une réaction qui promet d’être vigoureuse.

Las et écœuré, le public commence à prendre sérieusement en dégoût ces produits d’une trop longue décadence, et le jour ne paraît pas très éloigné où Zoé OPÉRETTE, pour n'avoir pas voulu rester honnêtement à sa petite place,

s’en ira expier pour longtemps dans l’oubli les succès

révoltants escamotés par elle à la faveur de la corruption du goût public.

‘Au physique, Zoé OPÉRETrE, qui a été jadis une charmante fille, est aujourd’hui une demoiselle bien peu appétissante. Telle notre ami Moloch l’a peinte en tête de ces lignes, telle elle est, c’est-à-dire une petite personne mal- saine, effrontée sans esprit, minaudière sans grâce, lubrique

sans gaîté, replète sans vigueur. |

Des cheveux faux, des sourcils faux, des couleurs fausses, des pâleurs fausses, des grains de beauté en taffetas d'Angleterre, des lèvres à la colle, des yeux à la détrempe. | |

Enfin la créature la plus fanée, la plus fardée, la plus maquillée qui soit jamais sortie des mains d’une grimeuse

de théâtre à femmes.

Dans la débâcle qu’essuie en ce moment la malheureuse fille, une épreuve cruelle et suprême l’attendait, épreuve de laquelle elle se relèvera beaucoup plus difficilement que de toutes les autres : attaquée par les feuilles honnêtes,

# elle a été défendue par le Figaro. C'était indiqué. Mais . quel coup!

. Novembre 1881.

NOTICE COMPLÉMENTAIRE

Dates à remplir

PAR LES COLLECTIONNEURS DÜ TROMBINOSCOPE

| | Zoé Opérette, furieuse de la dégringolade à laquelle elle suc-

| combe, essaie de se cramponner et de reconquérir sa vogue. —

| Mais, complètement corrompue par un passé malsain, elle ne sait

même plus confier ses destinées à quelques auteurs jeunes et

robustes dont l’amour pourrait lui refaire une virginité. — Déses-

pérée, elle se jette, le. 18.., dans les bras du librettiste de l’ordre

moral, Albert Millaud, qui lui fait, coup sur coup, trois avortons si

D. | scrofuleux et si déformés, qu’elle en meurt, trois jours après, devant

| 51-francs de recette. — Ainsi soit-il!

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