‹ Le trombinoscopeChapitre 158 sur 307 · EMILE · texte numérisé non relu

EMILE

publiciste et philosophe français, né à Paris le 1° février 1801; mort le 2 juin 1881.

On cacha sa naissance à monseigneur Dupanloup, qui ne de- | vait naître qu’au mois de janvier 2 de l’année suivante /dansala crainte que l’hono-

rable prélat, pour ne pas @tre exposé à se rencontrer avec lui, refusât de venir au monde,

Tout jeune, M. Littré fit de très brillantes études et

mess PON CNN et Ne OR Re mn mans ne NN me ce opus ne : - - rasoir e orne s#PnAnnAe se nARR A NSSNresnnnnannnnnnnank

émbrassa la médecine. Il fut recu interñe des hôpitäux, * | mais hé tarda pas à se dégoûter du métier, un inatin

qu ‘ayant été chargé d’administrer un livement à une

vieille abonnée de l'Union , celle-ci Ta avait réfusé dE le

prendre avänt midi, sous prétexte que c'était je de à jeûne.

Is se mit à l’étude approfondie de toutes les langués, € qui lui fut plus facile qu'à ün autre, tous les malades Th aväit soignés lui ayant déjà montré la leur. LS

Il apprit entre autres le grec, le sanscrit et l arabe; mais il n’abusait pas de ces dernières lorsqu'il diînait en ville et qu’il voulait redemander du potage. MS

En même temps, il collaborait à plusieurs publications littéraires et traduisait Hippocrate. à la barre de l'humanité pour homicides par imprudence. ;

Ce dernier travail lui ouvrit des horizons noïveätix et les’ portes de l’Académie des inscriptions. |

nion etbeiatque. Il se battit pour À FRE pl juillet 1830, pendant qüe M. Dupanloup faisait communier M®ela Dauphine dont il était l’aumônier, et enträ à la rédaction du National, pendant que le futur évêque d'Orléans ouvrait les conférences de Notre-Dame. :

Ces deux hommes faisaient tout ce gui ils pouÿaièht po

né pas se rencontrer: Rs M. Dupanloup surtout était enragé.

On raconte qu’un jour, étant entré préc cipitamment pit un établissement du Passage Jouffroy et ayant aperçu à un patère du vestibule le chapeau de M. Littré, il partit aussitôt et eut le courage dé contenir. sa colère à là porte, en faisant semblant d’examiner les FLARIEES du

magasin qui est à côté.

Quand M. Littré sortit, il y avait juste deux secondes que M. Dupanloup venait de... perdre patience.

Et le lendemain, on lisait dans l’ Univers, en tête d’une souscription pour le. denier de Saint-Pierre : Les économies d’un anonyme qui exècre les libres-penseurs, quinze

centimes.

Jusqu'à l’arrivée au pouvoir de Napoléon, M. Littré resta attaché au Nafional; mais le futur homme de Sedan . ne laissant plus aux écrivains que le choix d’être attachés à sa personne avec des saucisses, ou aux pontons avec des carcans, M. Littré abandonna le journalisme.

Précédemment, M. Littré avait été séduit par la nouvelle doctrine philosophique et sociale d’Auguste Comte, et l'avait adoptée avec l’ardeur d’un homme qui se dit : « Depuis que l'humanité vit sur un tas de rengaines auxquelles elle ne croit plus, mais qu’elle conserve uniquement parce qu’elle n’a rien à mettre à la place, il serait bien temps de s'occuper de trouver autre chosel.… »

M: Littré se toqua de ce projet et consacra une partie de ses nuits à chercher à se rendre compte en quoi lPutilité d'un évêque à qui l’on donne vingt mille francs par an est plus grande que celle d’un instituteur que l’on ne paye que onze cents.

Il y attrapa des migraines horribles et ne trouva pas.

Loin de se rebuter de cet échec, il creusa de nouveau sa philosophie positive et continua à se poser un tas de questions religieuses qui mettaient Mgr Dupanloup hors de lui.

M. Littré, sans aucun ménagement pour les saintes traditions, les empoignait toutes l’une après l’autre, avec le sans-gêne d’un ouvrier peintre qui arrache du mur un vieux papier pour le remplacer par un neuf.

Aux miracles dont personne n’a jamais vu la queue d’un,

a ren mt maman M 408

ne

il opposait la science, qui est chez elle pour tout le monde et à toute heure. |

A ceux qui voudraient que lon n ’enseignât rien aux hommes pour les faire plus facilement croire à tout, il opposait l’instruction, qui leur défend de croire que l'on ait pu rassasier vingt mille pauvres avec un pain de deux livres et revendre encore trente mille kilog. de croûtes os l'opération. |

Chaque fois que M. Te se mettait à démolir une de ces légendes, il était recu par Mgr Dupanloup comme un fâcheux qui entre avec une lampe allumée dans une chambre noire où l’on est en train de montrer la lanterne magique.

M. Littré accueillit avec joie la révolution de 1848, qui lui semblait préparer le triomphe de ses idées; mais il ne

tarda pas à s’apercevoir qu’il y avait encore trop de sucre dans cette république-là, et se retira de la politique en octobre 1848.

Il n'avait voulu accepter qu’une fonction non salariée, celle de conseiller municipal, et avait même précédemment refusé la croix de la Légion d'honneur: on PÉSENE que cette croix fut mise de côté pour servir plus tard à décorer Adrien Marx un jour qu’il ferait un article à sensation sur les suivez-moi jeune homme de l'impératrice; mais les événements ne le permirent pas. \

Rentré dans la vie privée, M. Littré se remit avec ardeur à ses travaux littéraires.

Il commença la publication de son grand Dictionnaire de la langue française, œuvre savante et laborieuse, le seul peut-être de ces engins dans lequel on ne trouve pas ce genre idiot de renseignements: NOCTAMBULE, voir somnambule. SOMNAMBULE, voir zoctambule.

Ledictionnaire de Littré contient les étymologies précises des mots, les exemples de leur emploi, etc., etc. |

C’est, après celui de Pierre Larousse, dont la lettre B pèse à elle seule Dumaine et Suzanne Lagier réunis, l’œuvre la plus complète en cegenre.

En 1803, la réputation de M. Littré était immense ; il ne lui manquait plus qu’une chose pour la compléter ; cette chose lui arriva : il fut refusé à l'Académie.

Mgr Dupanloup avait réussi à démontrer aux quarante ronds de cuir vert qui composent cet établissement, qu’ils devaient repousser de leur sein un impie qui ne croyait pas qu'une femme eût pu avoir un enfant d’un ange qu’elle n avait apercu qu’au travers des carreaux de sa fenêtre. |

M. Littré continua ses travaux, et,en 1872, l’Académie, malgré une nouvelle tentative de débinage faite par Mgr Dupanloup, ouvrit ses portes à l’illustre philosophe.

Heureusement, cette fois, l'accident ne pouvait plus avoir de conséquences pour M. Littré; sa réputation était faitéré |

Mgr Dupanloup donna sa démission pour ne pas se

rencontrer avec son ennemi; mais l’Académie la refusa. EPnmiévrierré7r, M. Littré fut élu député à Paris par 88,000 voix, ce qui prouve qu’il y a encore quelques personnes qui, si elles croientau passage de la mer Rouge à pied sec, tiennent à ne pas trop le laisser voir. Le 15 décembre 1875, Littré fut élu sénateur inamovible. Mais il se releva en se faisant presque simultanément recevoir franc-maçon.

ed

Les obsèques de cet illustre libre penseur furent une surprise pour tout le monde.

Sa vie entière, ses opinions, ses travaux, tout enfin, indiquait qu’il dût être enterré civilement.

Il n’en fut rien. Son corps, porté à l’église, qu’il avait toujours considérée comme une succursale du théâtre Guignol, fut aspergé d’une eau dans laquelle il n’avait jamais trempé ses doigts, par des bonshommes en jupon noir que chacune de ses œuvres avait combattus et

démasqués.

On parla même — On, c'était Basile — d’une conver-

sion de la dernière heure, d’un baptême 17 extremis. La version la plus accréditée fut que Littré, pour ne pas

causer de chagrin à sa famille pieuse, avait, à son lit de

mort, consenti à tout ce que celle-ci lui avait demandé. Il importe peu, en somme.

Admettons même à la rigueur que Littré se soit converti cinq minutes avant de mourir, qu’il ait renié sa vie tout entière, ordonné de brûler tous ses écrits et demandé pardon à M. de Mun de quatre-vingts ans d’athéisme.

En quoi cela pourrait-il nous émouvoir ? |

Qu'est-ce qui compte dans la vie d’un homme ?

Les actes de sa vie robuste, ceux qu’il a accomplis en pleine possession de sa force physique et intellectuelle, ou les trois derniers hoquets que l’impuissance et les douleurs de l’agonie peuvent arracher à son corps usé ou à son cerveau vide ?

Que les jésuites triomphent d’avoir fait passer si leur boutique la dépouille de Littré;

Qu'ils établissent — car c’est uniquement le but qu’ils

visent — une légende sur la conversion du célèbre positi-

viste comme ils l’ont pratiqué pour beaucoup de voltairiens dont ils ont fait à la tire le dernier soupir; | Que la famille de M. Littré trépigne de joie, elle aussi, d’avoir déshonoré le dernier quart d’heure d’une vie de près d’un siècle faite de luttes et de gloire, Tout cela est leur affaire, aux jésuites et aux parents. .

CS % dd 66 g > PET CRT ES. ddl mirtet dE ps sr RS 2 or a CR ni ei dot ni A Se E Spor ee ETR : — ns

mr

La nôtre, c’est l’œuvre de Littré, l’œuvre virile, celle qui compte seule. k

Que le courage lui ait manqué pour mourir comme il avait vécu, ce nest qu’un tout petit malheur.

L'âme d’un héros peut sombrer un quart de seconde dans un accès de colique: la carcasse humaine n’est pas de fer. |

Qu'importe !.. nous ne devons nous souvenir, nous, que des fruits qui sont tombés de l’arbre, quand l'arbre était droit, robuste et sain.

Au physique, M. Littré n’était pas superbe; n’ayant aucun motif pour faire de la peine aux singes, nous nous abstenons de toute comparaison ; il avait la lèvre inférieure et les opinions politiques très avancées; les sourcils étaient larges et épais ; les gens qui avaient besoin de bourrelets pour le dessous de leurs portes les contemplaient avec envie. HOUR |

Il était de petite taille; mais quand il était à côté de Jules Ferry, qui a cinq pieds six pouces, il paraissait presque aussi grand que lui, tant ce dernier lui faisait hausser les épaules.

Debré 1881

NOTICE D'OUTRE-TOMBE

Apres sa mort, Littré s'étant secoué pour faire tomber son eau bénite comme un chien qui veut se débarrasser de ses puces, se présente à la porte du séjour des élus. La première personne qu’il aperçoit dans l’antichambre est Mgr Dupanloup qui attend son tour depuis le 10 octobre 1878. Saint Pierre ayantapercu Littré, vient au devant de lui ayec un empressement tout cordial et le fait entrer immédiatement. Mgr Dupanloup, qui est arrivé trois ans avant, se lève furieux de sa banquette et réclame sur un ton aigre ; mais saint Pierre lui répond poliment qu’il a l’ordre formel de faire passer les mortels qui ont travaillé à l’émancipation de leurs semblables

avant ceux qui ont émployé leur vie à les abrutir. — Alors, à quel moment entrérai-Je ?.. dit Dupanioup d’un air pointu. À quoi saint Pierre répond, en consultant son agenda : — Aussitôt après

Xavier de Montépin, série Z n° 3,789,878.,544,397 bis, division des gâteux malfaisants.

Haris ii. Un an 10fr Départements. — 12fr.

Sms

Paris, 0: Un an 10fr. | Départements. — 12fr Hu | Abonnements sans Tais dans tous les bureaux de poste

Abonnements sans frais dans tous les bureaux de poste |

Cette nouvelle édition du Trombinoscope, qui paraît deux fois par semaine, composera des volumes de roobiographies chacun, du même format et du même aspect que | les autres ouvrages de TOUCHATOUT. “a

ONT DÉJA PARU

1. Jules Grévy 13. J. Ferry 25. Veuillo 37. Henry Maret 2. Clémenceau 14. Sénat 26. Crevette 38. Cocu 3. Gambetta 15 Pr. Napoléon 27. Mac Mahon 39. La Presse &. République 16. Don Carlos 28.Sarah Bernhardi 40. Louis Blanc 5. Thiers 17. Napoléon III 29 Cassagnac 41. Bazaine 6. Zola 18. Ricord 30. Judic 42. Opérette 7. Rochefort 19. Dieu 31. Concordat 43. Naquet 8. La Canicule 20. Réserviste 32. Comte de Paris 4h. Dumaine 9. Duc d’Aumale 21. Andrieux 33. Gommeux 45Emile de Girardin 10. Victor Hugo 22. Got 34. Cte de Chambord 46. Hyacinthe 11. Belle-Mère 2%. Louise Michel 39. Bismarck 47. Guillaume Ier l 12. J. Simon 24. Conservateur ! 36. Septennat I°r | % | >

OUVRAGES DE TOUCHATOUT |

Histoire de France tintamarresque, un volume de 800 pages. 500 dessins noirs et coloriés, envoi franco........:. 12 fr. SUITE DU PRÉCÉDENT:

La Dégringolade impériale, deuxième partie de L’HISToIRE TINTAMARRESQUE DE NaAPOLÉON III, un volume, ,500 dessins

noirs et coloriés, envoi franco........ site Er Anar LACS

Grande Mythologie tintamarresque, 600 dessins noirs et coloriés par G. Lafosse et Moloch, un volume de 840 pages fTANCO NS OI ERREURS ses des CR RARES

EN PREPARATION

SUITE DES TROIS PRÉCÉDENTS

Le Septennat tintamarresque, un volume de 800 pages, illustré. |

Mélanges tintamarresques, recueil de fantaisies, un volume de 800 pages, illustré.

Gratin ane K TINTAMARRE Ourntèm ame

HEBDOMADAIRE, SATIRIQUE ET FINANCIER, PARAIT LE SAMEDI

ABONIVE MEN TS :

DÉPARTEMENTS

1 an 20 fr,; 6 mois { | fr; 3 mois 7fr.

PARIS

1 an 18 fr.; 6 mois [0 fr,; 3 mois 6 fr.

Pour recevoir franco par retour du courrier les |

ouvrages ci-dessus, en envoyer le montant à M. LÉON BIENVENU, directeur du Tintamarre, 29, rue d'Amsterdam, à Paris

Page 1