CÉLIBATAIRE
JuLES-GABRIEL
notable parasite français, né à Paris entré, de parents bêtes mais à leur aise, quiluidonnèrent cette bonne éducation bourgeoise faite d’égoïsme, de défiance et de ventromanie, qui caractérise les membres de l’opulente pépinière des classes dirigeantes.
Gabriel, en venant au monde, n’avait rien de particu-
lier, 11 n'était ni bien ni mal fait, ni bien ni mal doué, ni
beau ni laid, ni bon ni mauvais; en somme, une petite
créature très ordinaire, s susceptible de faire plus tard un
excellent ou un exécrable citoyen, selon la direstion qui serait donnée à son esprit et à son cœur.
Cependant, une seule faculté était peut- -être développée | - chez lui un peu plus que les autres : c'était une tendance “
Pégoïsme.
Cela n’était pas de sa faute.
” Les enfants, à ce que prétendent certains savants, subissent l'influence des circonstances et des milieux dans lesquels ils ont été conçus.
Or, le père et la mère de Gabriel étaient, nous l avons dit, de gros mauvais bourgeois préoccupés avant tout de s'assurer leurs aises dans la vie, et qui n'avaient consenti à mettre au monde leur unique fils que douze années après leur mariage, à la suite d’un inventaire commercial dont la rotondité leur avait permis ce « luxe », comme dit
Emile Augier.
Ces braves époux, gens d’ordre et de prévoyance, s'é-
taient promis de n’être amoureux qu’à partir de neuf mille francs de bénéfices nets.
Ils redoutaient les charges de la paternité.
Ils se tinrent parole, et Gabriel ne vit le jour qu'après que l’on eut bien vérifié et revérifié les additions.
Enfant du calcul et de la partie double, il n’était donc pas étonnant que le petit Gabriel fût lui-même entaché d’un peu de sécheresse d'âme; sa mère avait eu un regard du