CS
Lors du repas de baptême de l'enfant si bien douée et si bien entourée, un fâcheux incident, auquel on ne prit pas assez garde, vint un instant troubler la joie du dessert. Au moment où l’OugLi, parrain de la petite Clémence, trempait les lèvres de sa filleule dans une coupe de sirop d’ananas framboisé, en lui disant : « Sois toujours bonne et douce comme ce breuvage, » on entendit un petit bruit sec dans la coupe, en même temps que Von vit passer au-dessus de la table une vilaine bête noire, qui disparut en poussant un petit cri aigre et méchant.
C'était — on l’a su depuis — la RANCUNE, qui, furieuse de voir la fête que tout le monde faisait à l'enfant, était entrée dans la salle par la cheminée et avait jeté dans la coupe de la petite Clémence une dragée remplie de fiel.
La dragée fondit, l’enfant but sans s’en apercevoir, et voilà pourquoi, ainsi que nous allons le voir en racontant la vie de Clémence, chaque fois que les humains se sont servis de l’AMnisTir, elle leur a toujours — en dépit de sa douceur et de sa suavité — laissé un arrière-goût d’amertume et de ressentiment.
LPO EE
en 7 ds nn QU ne ST
Ce furent les Athéniens qui, les premiers, se servirent de lPAMNIsTIE sous le nom charmant de « loi d’oubli ».
. Ils calmèrent ainsi bien des maux et fermèrent bien des
blessures.
Dépuis, il a été fait en tous temps et en tous lieux une énorme consommation d’amnisties de différents calibres. Les souverains se sont adjugé le monopole de cette mesure adoucissante qui, le plus souvent, ne leur a servi qu’à pardonner à leur peuple le mal qu’ils leur avaient fait.
Les sortes d'amnistie employées depuis le commencement du monde varient à l'infini. Il y a les amnisties générales, les amnisties partielles, les amnisties absolues, les amnisties conditionnelles, etc., etc.
Il n’y a qu’une espèce d’amnistie qu’on n’a pas encore découverte : c’est l’amnistie sincère. La dragée au .fiel de dame Rancune — dont nous avons parlé plus haut — en est la cause.
Si nous examinons les principales amnisties dont est émaillée l’histoire, nous les voyons toutes laisser au fond du cœur de ceux qui les accordent un peu de ce fiel déplorable.
En 10640, Charles IT amnistie les révolutionnaires qui ont détrôné son père; mais il poursuit implacablement les juges qui l'ont condamné.
En 1570, amnistie est accordée aux huguenots. Ceux qui l’ont accordée s’en servent pour préparer, à l’abri de leur hypocrite clémence, le massacre de la Saint-Barthélemy.
En 1810, les Bourbons amnistient tout le monde : excepté Ney, Labédoyère et plusieurs autres.
Napoléon revient de l’île d'Elbe, il amnistie les Bour-