‹ Le trombinoscopeChapitre 201 sur 307 · EP ESP PE PR · texte numérisé non relu

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bons et leurs défenseurs, mais il met en dehors le prince de Talleyrand et Bourrienne. |

Nulle part et à aucune époque, pas plus par Louis XVITIT en 1816 que par Louis-Philippe en 1837, que par Pie IX en 1848, une amnistie n’a été donnée grande, entière et à cœur ouvert. |

Les souverains qui amnistient n’oublient jamais entièrement. Et cela est très naturel; ils n’ont pas toujours tous les droits pour eux envers les vaincus qu'ils ont écrasés. Et il faudrait, pour qu’une réconciliation fût complète, que de part et d’autre on pût reconnaître ses torts et se les pardonner.

La réconciliation est toujours impossible entre deux hommes dont l’un est debout, armé, et l’autre à genoux

les mains liées.

Clémence AMnisrie, depuis qu’elle est au monde, attend donc encore une vraie occasion qui lui permette de se montrer dans toute sa majestueuse splendeur, de s'exercer dans toute sa divine bonté.

Cette occasion, elle lui fut offerte en 1871-72 et suivantes; et elle en tressallit "d'impatienceetateR eee Depuis qu'elle attendait !.….

Voici comment la chose était arrivée : Après le siège de Paris, en 1870, une insurrection terrible avait éclaté. Après avoir fait beaucoup de victimes — de part et d’autre — cette insurrection avait été écrasée, et tous les hommes qui y avaient pris part avaient été jugés et condamnés par les conseils de guerre. |

Cinq années après, une Assemblée ayant été élue avec mission de fonder définitivement la-République, plusieurs représentants de cette Assemblée pensèrent qu’on ne pou-

vait mieux fêter l’avénement de cette nouvelle République qu’en faisant grâce aux milliers de déportés, qui avaient déjà, pendant cinq années passées loin de leur patrie, de leurs femmes et de leurs enfants, expié en partie leurs crimes et leurs erreurs.

Ces députés croyaient aussi qu'après de si rudes bouleversements, qui avaient pu troubler les consciences et obscurcir momentanément chez ces malheureux le sentiment du devoir, il serait bon peut-être que la France, sauvée presque miraculeusement, oubliât les fautes .de quelques-uns de ses enfants et leur rendit les moyens de venir les expier en travaillant avec leurs frères au relèvement de la patrie.

Alors, ces députés demandèrent une Amnistie complète.

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Mais d’autres crurent, au contraire, qu’un pareil acte d’apaisement serait des plus dangereux; quelques-uns dirent : des plus immoraux, et ils s’opposèrent à cette loi d’oubli — si bien nommée par leurs prédécesseurs, les législateurs d'Athènes.

Tout ce qu’ils accordèrent, ce fut que le gouvernement du maréchal de Mac Mahon usât, à son gré, de « larges mesures de clémence ». C'était le cliché consacré et derrière lequel les ennemis de l’amnistie dissimulaient assez mal, les uns leurs terreurs aveugles, les autres leurs rancunes implacables.

S1 la question n’était pas si pénible, si cruelle, ce serait plaisir de voir défiler tous les piteux subterfuges auxquels les inexorables eurent recours, toutes les raisons spécieuses qu’ils allèrent extirper des replis les plus tortueux de leur conscience pour repousser l’amnistie.

Les uns prétendirent qu’elle nous déshonorerait à l’intérieur ; d’autres, qu’elle nous déconsidérerait à l'étranger.

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Il y eut même un sénateur qui trouva cet amour de raison : « Gracier ces criminels, ce serait faire injure aux juges qui les ont condamnés. »

Cet inamovible ne se souvenait sans doute pas que l’on avait gracié le maréchal Bazaine, traître à son pays, le lendemain même de sa condamnation à mort, sans paraître un instant supposer que le conseil de guerre qui venait de

le juger pût en être humilié.

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Bref, Clémence AMNISTIE continua à se morfondre, très peu couverte,pendant plusieurs mois dans les grandes rues froides de Versailles, attendant toujours en vain que le Sénat et l’Assemblée lui disent d’entrer. |

Elle attrapa naturellement un refroidissement qui la mit . au lit pour quelques années encore, pendant lesquelles on lui substitua la « large clémence » facultative du maréchal de Mac Mahon.

Heureux de ne plus entendre parler d'elle et comptant.

bien qu’elle en mourrait, les Picardistes, Dufauristes et autres opportunistes — car M. Gambetta avait été le chef de ces lâcheurs — poussèrent un gros soupir de soulagement. |

Mais l'opinion publique aidant, Clémence AMNISTIE, qui ne pouvait pas mourir puisqu'elle tient de Dieu, revint peu à peu à la santé. |

Et le 14 juillet 1880, elle eut la joie d'arriver encore assez à temps pour gracier 5,423 condamnés sur les 5,851 qui avaient été abandonnés à la « large clémence » du gouvernement. |

Pour ne froisser personne, Clémence AmnisTie fit sem-

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