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promettait un grand poète. De plus, l’idée généreuse contenue dans ce vers presque cornélien, indiquait que le jeune Clovis non seulement alignerait harmonieusement des rimes — ce qui n’est pas grand’chose — mais qu'il mettrait dedans des idées vigoureuses — ce qui est tout.
L'enfant grandit, donnant chaque jour de nouvelles marques de sa vive intelligence.
Aussi sa famille fut-elle fort étonnée de voir tout à coup se développer en lui une toquade accentuée pour les sentiments religieux.
A treize ans, il voulut absolument entrer au séminaire.
La surprise des parents de Clovis fous surprend.
Il arrivait à cet enfant, doué d’une imagination ardente. ce qu’il arrive fatalement à tous les enfants dans le même cas, c’est-à-dire une surexcitation nerveuse qui les pousse irrésistiblement vers la chose qui, autour d'eux; leur semble la moins banale et la moins prosaïque. |
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Or,MM. les prêtres possédant, entre autres talents, celui d’encadrer leurs représentations dans une mise en scène très soignée, rien d'étonnant à ce que ces décors et ces trucs aient une influence sur les êtres encore faibles, et que la malléabilité de leurs jeunes cerveaux à peine formés facilite aux charlatans de l’église le moyen d’y creuser une empreinte souvent ineffaçable.
A l’âge de transition où l’enfant se forme, il est naturellement enclin à se jeter corps et âme dans ce qui incarne pour lui le sacrifice, le dévouement et l’héroïsme.
La première forme sous laquelle se présente à ses yeux cet idéal de vertus, a toutes les chances de le gagner à Jamais.
Si cette forme est la vraie, c'est-à-dire l’amour de l’humanité, celui de l'indépendance et de la vérité, l’enfant est conquis à une belle chose. Il devient un homme.
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Si elle est fausse, c’est-à-dire si elle n’est que la foi aveugle dans une sottise, la soumission à quelques lois incongrues que les hommes appellent divines, bien qu’ils les aient fabriquées eux-mêmes, l’enfant est à jamais perdu pour la cause de la liberté et de l'émancipation. Il devient et restera un triste crétin.
C’estcequi arrive à quatre-vingt-dix sur cent d’entre nous, qui ne parviennent jamais de leur vie à secouer ce joug misérable sous lequel on a plié leur intelligence naissante. . Sur les dix autres, cinq ne s’émancipent qu’au tiers et à la longue, au prix d’efforts immenses; quatre autres parviennent à se dégager à demi.
Un seul — et c’est beaucoup dire — un seul sur cent, sur dix mille peut-être, réussit à rejeter complètement de son esprit, sans cesse assiégé par l'erreur qu’on y a incrustée dans son jeune âge, ces mille imbécillités multipliées par le carré de mille générations, et sous lesquelles son enfance a été enfouie.
Notre maitre à tous, le grand poète de Religion et relig1ons, nous le disait un jour, et cette parole, qui vaut bien quelques-unes de celles de l'Évangile, est restée profondément gravée sur le phonographe qu'abrite la boîte osseuse de notre crâne :
« Rien au monde de plus difficile à conquérir qu’une » vérité Sur SO1-MêME. »
En effet, penser un matin que ce qu’on pensait la veille au soir depuis quarante ans n'avait pas le sens commun, est untravail qui n’est pas à la portée de tout le monde.
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Et voilà pourquoi les parents de Clovis Hugues n’avaient guère le droit de s'étonner de ce que leur fils — tout intelligent qu'il fût — voulût prendre la soutane, s’ils avaient imprudemment laissé rôder autour de lui quelques porteurs de ce vêtement d’une coupe interlope.
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Placé au séminaire de Sainte- Garde, Clovis Hugues fi toutes ses classes en très peu de temps. | L'affaire de Mentana lui fournit la première et précieuse occasion de s’apercevoir de son erreur, en prenant pour un. remple saint l'Eglise, qui n’était qu’une vulgaire boutique. Quelques mots de dégoût qui lui jaillirent du cœur en. apprenant que le sang des hommes coulait pour conserver au pape une liste civile dont Jésus-Christ n'avait jamais parlé, lui valurent une forte réprimande et une disgrâce. Il s’évada de Sainte-Garde et se mit à travailler àn étre porte quoi pour gagner sa vie. Ra |
La guérison marcha bon train. | LEFX ER A seize ans, il lut Victor Hugo qui Péblouit.
A dix-sept ans, il devint journaliste républicain.
Et à dix-huit, toute trace de son court accès de fièvre calotide avait disparu. jL3!
Alors, délivré de toute entrave, son talent Car un essor prodigieux.
Poète, penseur et ardent, il se fit rapidement à Marseille une place au premier rang des défenseurs de la République. |
Doué d’une grande facilité de parole et d’une chaleur communicative énorme, il sefit remarquer dans les réunions publiques, fut un des premiers qui à Marseille proclamèrent la déchéance de Vélocipède père — (couvrez-vous!) — et fonda en trois mois plus de journaux républicains qu’un évêque n’en eût pu... maudire et que Pétat de siège n’en pouvait supprimer. CRE
En 1871, il fut condamné par le conseil de guerre, pour délit de presse, à trois ans de prison et à six ge francs d'amende.
Il fit ses trois années de prison, plus une année pour les six mille francs d'amende qu'il n’avait pas, plus quinze
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jours pour avoir, à l’audience, traité les hommes de Versailles, de « bandits ». :
- Lorsque Clovis Hugues sortit de prison, il avait vingtcinq ans.
Il avait constamment refusé de demander sa grâce. Les opportunistes appellent cela, en riant, de la jocrisserie ; mais au fond, ils ne sont pas gais et n’aiment guère le voisinage de ces jocrisses-là, car ils savent bien que vient toujours un moment où le teint blême des zmbéciles qui ont souffert pour une bonne cause, fait paraître bien laides les efflorescences rubicondes des roublards qui ont bien vécu d’une mauvaise.
De retour, Clovis Hugues, dont le talent et l’autorité avaient grandi, dirigea à Marseille plusieurs feuilles républicaines dans lesquelles il publia des satires remarquables par leur forme et leur vigueur.
Avant qu’il ne vint à Paris, sa réputation y était faite et sa place l'attendait.
Un duel retentissant avait contribué à attirer l’attention sur le jeune poète socialiste.
S’étant marié civilement —(on voit que la cure avait été complète) — Clovis Hugues avait dû relever des injures adressées par un journal, aux femmes qui croient inutile de promettre de ne pas violer leur foi, à des hommes qui violent des enfants de douze ans.
Le combat fut fatal à l’adversaire de Clovis Hugues.
Clovis Hugues fut acquitté par le jury, c'était bien.
Et — ce qui était mieux — par Victor Hugo, qui lui écrivit, à propos de ce triste incident, une lettre admirable.
Après avoir collaboré à plusieurs journaux socialistes de Paris, Clovis Hugues a été élu député aux dernières élections par la 2° circonscription de Marseille.
On attend beaucoup de lui.
Il est entré à la Chambre en même temps que Henry
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Maret, Tony Révillon et autres irréconciliables modernes | qui, il faut bien l’espérer, ne nous recommenceront pas la piteuse comédie des irréconciliables de 1860, si parfaitement réconciliés depuis avec l’assiette au beurre. Au physique, Clovis Hugues est un homme de petite | taille. Un des premiers de nos jeunes, il serait moins bien dans les jeunes premiers. | À part l'œil qui est beau et vif, le reste est assez... bizarre. Signe particulier : Clovis Hugues, dont les traits sont. inquiétants, l’aspect presque antipathique, la taille étriquée, la voix mauvaise et charriant comme des menaces terribles, devient superbe et immense en déclamateur. Lorsqu'il dit une de ces poésies ardentes, vigoureuses et par-dessus tout humaines, le geste devient foudroyant,
le nain devient géant, l'organe, d’abord rocailleux, devient. pur etstrident; la bouche, peut-être un peu sèche au repos,
fl
roule des accents de colère généreuse et saine ; le sarcasme
éclate puissant et terrible, l’ironie amère tombe de haut
dédaigneuse et irrésistible. | Un des chefs-d’œuvre de Clovis Hugues est, pour nous,
son poème: le Droit au bonheur.
Dans cette pièce remarquable, le poète du peuple réclame pour le travailleur, non plus du travail et du pain, cri imbécile et irritant qui donne depuis trente ans à nos revendications sociales l’aspect d’une révolte de mendiants.
Clovis Hugues, dans le Droit au bonheur, revendique pour le travailleur, non plus l’os, mais le gigot tout entier, non plus les miettes, mais le festin, non plus le fond des
verres, mais les coupes débordantes.
Il veut le bonheur aussi pour qui fait le bonheur des
autres.
Il veut — tu vas pâlir, bourgeois !... — il veut pour les
femmes de l’ouvrier les dentelles et les diamants !… C’est horrible et terrifiant !... n’est-ce pas? Des dentelles à la femme d’un chaudronnier !.…
Eh bien, nous l’avouons, ce cri âpre et brutal de révolte nous paraît, non point seulement légitime, mais nous sem-
ble être le seul qui doive être poussé, car lui seul va droit
au but, dit ce qu’il veut dire et ce qu’il faut dire.
« Du travail et du pain », cela ne signifie rien du tout, c’est piteux comme la lune !.…
Ce que le travailleur doit réclamer, ce n’est pas seulement le droit de ne pas mourir de faim, c’est celui de jouir de tout, puisque c’est lui qui produit tout. |
C’est dans ce poème que se trouve cette pensée superbe:
Et faire l’aumône à son frère, C’est nier la fraternité.
Même dans l'Evangile cher à Mgr Freppel, on n’en remue pas encore à la pelle de ces maximes-là !…
Après les litanies navrantes du « éravail » et du « pain» auxquelles nous avaient habitués depuis trente ans les réformateurs honteux et les philanthropes pleurards, il était temps que le cri, le vrai cri humain, fût poussé: À ceux qui travaillent tout ce que le travail donne!
Clovis Hugues a eu cette hardiesse. Qu'il en ait d’autremi
Février 1882.
ESS
Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Clovis Hugues, fidèle — Ô prodige!... — à la promesse faite à ses électeurs, ne se contente pas, comme le font le plus souvent les Fracasses de l’intransigeance, de s’engouffrer dans un groupe du fond duquel on n’entend plus parler de lui. — Il monte sans cesse à la tribune, ne laisse aucun repos aux repus de l’opportunisme, harcèle les ministères timides, et porte enfin devant le pays la véritable question, la seule question pendante, en somme : la question sociale. — Le... 18..., il réclame l'impôt sur le revenu, proportionnel et progressif. — Enfin, après avoir rempli loyalement et brillamment son double mandat de représentant du peuple et de poète du peuple, il meurt le... 19..., après avoir accepté à l’Académie le fauteuil vacant de Victorien Sardou rien que pour le plaisir de faire de l’auteur de Rabagas l'éloge que celui-ci mérite.
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JEAN-JoSEPH
prince impérial, plus communé ment connu sous le nom de:)
Né à Paris, le PORTIALS 1000, mort dans le Zululand le 1°" juin 1879. |
Il est le fils de Napoléon III — couvrez-vous!.… —et de l’impératrice Eugénie de Montijo (voir le Trombinoscope n°* 17 et 60). |
Ici, une parenthèse: le Trombinoscope a été souvent
accusé de brutalité.
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