‹ Le trombinoscopeChapitre 235 sur 307 · CE · texte numérisé non relu

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Le 1% avril 1854, jour ordinairement consacré aux mystifications, il fit représenter à lOdéon la Taverne des étudiants ; la pièce obtint une chute dont le rideau du théâtre eut beaucoup de peine à se relever le lendemain.

Nous n’énumèrerons pas ici les nombreuses œuvres que M. Sardou a données au Palais-Royal, au Gymnase, au Vaudeville et au théâtre Déjazet, la recherche de la paternité étant interdite par la loi.

Nous nous bornerons à citer Nos intimes, les Pattes de Mouches, la Famille Benoiton, Maison-Neuve, Patrie, Les Pommes du Voisin, Fernande, Nos Bons Villageois, la Haine, Ferréol, Dora, les Bourgeois de Pont-Arcy, CLOSE,

Toutes ces œuvres, dès leur apparition, furent l’objet de critiques assez aigres.

Chaque fois que M. Sardou faisait représenter une pièce, tous les auteurs dramatiques morts depuis Philippe-lé-Bel se précipitaient pour reconnaître leurs frusques, comme on se précipite aux ventes des objets déposés au greffe

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On peut se rendre compte, par là, du procédé littéraire de M. Sardou, lequel procédé nous rappelle un ressemeleur de vieux souliers que nous avons bien aimé.

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A ce remarquable talent, qui a fait de M. Sardou un

. noteur dramatique de premier ordre, vient s'ajouter une

flexibilité de conscience qui ferait monter le rouge au visage de certains individus, et qui chez certains autres ne le fait monter qu’à la boutonnière de leur habit.

C’est ainsi que M. Sardou fit représenter en 1862 une pièce intitulée : les Ganaches, et recut quelques mois après l’ordre 1mpÉrrAL de la Légion d'honneur.

Dans cette pièce, le consciencieux artiste avait esquissé tous les types de ganaches connus: la ganache noble, la ganache bourgeoise, la ganache de café, etc., etc... La

galerie était complète ; mais, grâce à un de ces oublis qui

ne peuvent être commis que par un étourdi ou un ambitieux, la ganache militaire était totalement absente, et dans une collection de ganaches, il n’est pas plus permis d'oublier la ganache militaire, un des plus beaux types du genre, qu’il ne serait excusable d'oublier de remuer les jambes en marchant. |

M. Sardou préludait à Rabagas en mettant déjà son talent à la discrétion de ceux quitenaient le casse-tête.

Lorsqu'éclata le 4 septembre, M. Sardou fut aperçu se mélant à une colonne d’émeutiers qui se dirigeait vers les Tuileries. Ce qu’allait faire M. Sardou aux Tuileries ce jour-là n’a jamais été établi d’une facon bien claire.

Dans une lettré qu’il a publiée depuis, M. Sardou a prétendu que son but était d'empêcher le massacre des

serviteurs du palais; M. Sardou avait linstinct de Îa

conservation.

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Deux œuvres remarquables de M. Sardou furent le Xoz Carotte, gruerie en trente tableaux, et Rabagas qu’il donna au Vaudeville, afin d’être nommé commandeur de la Légion d'honneur par la première monarchie qui voudra

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bien nous honorer de sa confiance, n'importe laquelle, ça lui est égal.

La donnée de Rabagas est des plus simples : les trois premiers actes sont consacrés à établir que tous les républicains sont des escrocs, et les deux derniers à prouver qu’ils sont des ivrognes.

La morale de la pièce est que le peuple, devant perdre tout espoir de trouver des honnêtes gens pour revendiquer ses droits, n’a rien de mieux à faire que de se laisser mener par les rois, qui tous sont des modèles de vertu et de désintéressement, ainsi que M. Sardou le démontre par l'exemple du prince de Monaco.

Malgré le conseil de M. Sardou, il est probable que le peuple essayera encore et ne se rebutera pas, sous prétexte

que le 4 septembre il a eu la déveine de mettre la main sur

des Rabagas.

M. Sardou ne convaincra jamais un peuple qui meurt à coup sûr de la royauté, qu’il ne doit rien tenter pour échapper à son sort parce qu'il s’exposerait à d’autres désagréments.

C’est à peu près comme si l’on disait à un homme qui va être guillotiné: N’essayez pas de vous évader, vous pourriez attraper un chaud et froid.

M. Sardou, avec son Rabagas, a eu l’intention de nous dégoüter des républicains; mais, pour avoir quelque chance d’y arriver, 1l fallait faire un prologue dans lequel

le député Baudin aurait été représenté mourant d’une indi-

gestion de truffes, Delescluze d’une fluxion de poitrine et Flourens d’un catarrhe à la vessie.

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