CANDIDAT
de son vrai nom:
Louis-THÉoporr
BLAGUIGNAC
célèbre enfonceur français, né dans le département de la G:irondeen 1828 ou
Son enfance
n’offrit rien de
bien remarquable, sicen’estun penchant très prononcé pour les honneurs et la vedette. Aucollège, c'était toujours lui qui portait la parole dans les réunions où se débattaient les projets de mutinerie
| contre les pions. | | | |
Il se faisait alors le fréquent défenseur des libertés con-
aussitôt qu’il y avait quelque risque à courir.
Ce qui le poussait à l'émeute était moins l’amour pur de la juëtice que le besoin personnel de galon et de popularité: S |
Cet enfant était né et désigné, par sa nature orgueilleuse
et plate, pour le double emploi d’enjôleur et de lâcheur.
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Lorsque éclata le 2 Décembre 51, Blaguignac avait vingtdeux ans.
Au coin de la rue Drouot, il fut surpris pérorant au milieu d'un groupe, selon son habitude, et fourré au poste par les agents qui ptéfrinaient Sur la Constitution.
Blaguignac n’était pas un farouche; et lecommissaire de
police, s’apercevant qu’il n’avait devant lui qu’un vulgaire bavard d’estaminet, le relâcha au bout de trois quarts d'heure.
Blaguignac ne tira pas moins un parti énorme de cet
incident, et plus tard, la « ferrible persécution dont il avait
considérable dans la série des engins qu’il mit en mouve-
ment pour se fabriquer un renom d’ardent réformateur.
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| Dès les premières années du règne de VéLocipèpe père | |
(couvrez-vous!) Blaguignac entra dans le mouvement d’af-
fisquées. — À ce trait chevaleresque de son caractère s’en. joignait un autre beaucoup moins admirable : c'était une facilité extrême à lâcher ses camarades de conspiration :
été victime lors du coup d'Etat » devait tenir une place
en ne a.
faires financières interlopes qui ne tardèrent pas à germer
en abondance sur le fumier impérial.
Il se fit bientôt une grosse fortune.
Pendant tout le temps que Blaguignac employa à s’enrichir, on n’entendit guère parler de lui. Le cliché du « martyr du 2 Décembre » reposa en paix au fond du coffre-fort de l’heureux financier, sous une couche épaisse d’obligations et de titres de rente. |
Mais quand sa fortune fut faite, et que, farci d’argent, il
n'eut plus guère à désirer que les honneurs, Blaguignac
revint tout d’un coup à la toquade de toute sa vie, et le
« persécuté du césarisme » redevint en pleine éclosion vers la fin de 1860. | A cette époque, on s’en souvient, l’édifice impérial commençait à craquer, le réveil politique s’accentuait et les revendications se produisaient ardentes et tenaces. Evidemment la période de gras fondu touchait à son terme ; une nouvelle génération, moins lâche que la précédente, allait opposer quelque résistance à l’emplébiscite-
ment forcé pratiqué avec succès depuis dix-huit années.
Blaguignac comprit la situation. Dès le commencement de 1870, il commença à lancer ses anathèmes (2° série) sur le régime honteux que... le gouvernement immoral dont...
la dynastie ignominieuse qui... qui l’avait si fort enrichi.
Le 4 septembre, l’Empire tomba. On sait comment. Blaguignac applaudit de toutes ses forces et cria le plus
haut qu’il put, qu’enfin le règne dela justice était arrivé,
que la France, délivrée de ses tyrans abjects, n'allait pas mettre trente-cing minutes à purger son sol et à secouer le
joug de l'étranger.
Cependant une jolie occasion se présentait pour Blaguignac d’abréger encore ce délai de trente-cinq minutes : c'était de se mettre à l’œuvre lui-même, de prendre un fusil comme tous les honnêtes gens et de faire son devoir de patriote à Paris ; il n’en profita pas, francfila sur Bruxelles avec une énergie monstre et ne revint occuper son superbe appartement du boulevard Malesherbes que lorsque furent complètement effacées les traces de la guerre étrangère et
de la guerre civile qui lui avait succédé.
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C’est à partir de ce moment que Blaguignac se révéla dans toute sa splendeur. Il comprit que les événements qui s'étaient accomplis allaient ouvrir la carrière à des hommes nouveaux et ne douta pas un seul instant qu'il fût appelé à être un de ceux-là.
Il prit un secrétaire qui, moyennant trois cents francs par mois, lui rédigea des flots de brochures d'économie sociale où les systèmes les plus emmiellants s’étalaient tout le long des 64 pages d’un très beau papier, sous une fort jolie couverture bleu ciel, vert d’eau ou rouge vif ; car Blaguignac ne regardait pas à la dépense ; l’Empire lui avait fait gagner de quoi en dire beaucoup de mal sur Jésus glacé.
Dans chacune de ces brochures, qui étaient, bien entendu, signées: « Blaguignac, proscrit du 2 Décembre »,
Blaguignac réformait l'impôt de façon à ce que les ouvriers
en fussent exonérés ; Blaguignac créait partout, et en masse, des écoles gratuites, des bibliothèques populaires, des cours de gymnastique, le tout, bien entendu, aux frais des citoyens riches et par voie de contributions. * Blaguignac reconnaissait en principe toutes les libertés: la liberté de conscience, la liberté de réunion, la liberté de la presse. Blaguignac voulait que tout le monde fût soldat sans aucune exception.
Les 1,500 francs de volontariat d’un an lui semblaient
même un « vestige honteux de la féodalité. »
Dans son quartier, sa popularité semblait faire de sensibles progrès et il n’attendait que le moment de frapper le coup décisif en posant sa candidature à la future Assemblée, comme député fortement libéral.
Nous étions en 1871.
Blaguignac comptait — comme tout le monde, il faut bien le reconnaître — que l’Assemblée de Versailles allait très prochainement faire place à une nouvelle. Malheureusement pour lui — et peut-être aussi pour d’autres — il n’en fut pas ainsi, et ses espérances furent ajournées.
Il profita de ce délai pour publier encore quelques douzaines de brochures roses, bleues et jaunes, et enfin aujourd’hui, après dix années d’attente cruelle, sa candidature vient d’éclater dans une circonscription de “**. Blaguignac se présente comme candidat républicain progressiste et conservateur, cela ne veut pas dire grand’chose ; mais s’il eût trouvé une étiquette qui en voulût moins dire encore, il l’eût choisie, tant il a le désir d’être d’accord avec l’ordre de choses quel qu’il soit, qui va sortir de l’in-
connu que nous traversons.
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Blaguignac fait en ce moment sa tournée dans lès réunions d’électeurs et exhibe aux yeux de ses futurs mandants cette fameuse tartine écrasée sous le poids du beurre que Moloch lui a mise dans la main à la première page de cette biographie.
Blaguignac fait feu de toutes pièces, car le moment est solennel, il vient d’acheter en dessous un journal dans lequel il fait chanter du haut en bas ses louanges comme brochurier, comme réformateur, comme libéral et comme
« victime du 2 Décembre. »
Au physique, Blaguignac-Candidat est un homme comme il en surgit des milliers en temps d’élections. L'expression de son visage est un mélange d’astuce, de vanité, d’orgueil, d’égoïsme, le tout imparfaitement dissimulé sous un masque
de douceur composée et d’hypocrisie.
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