JEAN- ALPHONSE
littérateur françals, né à Paris, le 24 novembre 1808. Il est le fils d’un musicien de quelque talent.
Tout jeune, il donna des preuves d’un esprit satirique et surtout para-
: doxal, mais sans aucune profondeur. Quand il avait
commis quelque escapade, il éludait la semonce qu’il
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avait méritée par une saillie d’enfant gâté qui faisait rire
‘toute la maison et désarmait la justice paternelle.
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Malheureusement ces petits succès, qu'il devait à la serva dans l’âge mûr ces habitudes d’espièglerie qui consistent à prendre pour la solution d’une question sérieuse le
calembour que l’on a fait dessus.
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% Pendant toute sa vie, M. Alphonse Karr est resté le
marmot adulé insupportable et vaniteux, qui se croit un
personnage parce que ses boutades spirituelles ont fait oublier son impertinence aux admirateurs trop complaisants qui l’entourent, À M. Alphonse Karr fit ses études, sans grand succès, au collège Bourbon. Selon son habitude, il se moqua de ce qu’il n'avait pu apprendre dans un de ses ouvrages, Fort
en thème, qui obtint un succès d’ailleurs très mérité.
M. Alphonse Karr fut d’abord professeur ; maïs son tempérament frondeur le mit bientôt en assez mauvais termes
avec l’Université; il quitta cette carrière et prit la
plume.
Il entra d’abord au Figaro — à l’ancien !... — à celui dont un écrivain estimable pouvait encore franchir le seuil sans se cacher la figure dans le collet de son paletot.
Puis il publia une première série de romans lésers dans
lesquels il donna d’un seul coup l’extrême mesure d’un
talent agréable, mais absolument borné comme élévation de vues.
Ces différentes œuvres furent très bien accueillies ; nous citerons, entre autres, Sous les Tilleuls, Fa dièze et le Chemin le plus court. Mais un succès plus vif l’attendait. Il trouva sa véritable voie dans les Guépes, recueil satirique d'actualités qu’il publia de 1839 à 1840, et qui eurent une grande vogue. Cette collection est assurément le plus beau titre de gloire de M. Alphonse Karr; il y fut merveil-
leux de verve, d’imprévu, d’originalité et d’esprit.
Dans les Guêpes, M. Alphonse Karr passait en revue serrée tous les événements du jour, et ses idées, alors jeunes et libérales, imprimaient à ses critiques mordantes un cachet d'indépendance et de révolte superbe contre tous les vices, tous les mensonges et toutes les platitudes de la société: Ce fut la phase admirable de la carrière de M. Alphonse Karr ; et nous lui ménageons d’autant moins ici nos témoignages d’admiration, qu’il va falloir dans quelques instants poser des bémols par centaines à notre enthousiasme.
Les vivacités des Guêpes étaient telles qu’elles faillirent attirer à leur auteur un sérieux désagrément : M”° Louise Colet, maltraitée dans un des numéros de cette publication, entra dans une fureur corse et tenta — dit-on — de l’égorser... dans le dos.
Cet odieux attentat, dont la gravité n’a jamais été beau-
coup mieux établie que le passage à pied sec de la Mer
Rouge, n’en fut pas moins merveilleusement exploité
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par M. Alphonse Karr, qui en tira d’abondantes réclames.
Quoiqu'il affectât une modestie extrême et un grand mépris de la notoriété, M. Alphonse Karr ne négligea pas de se porter candidat à la députation, en 1848. On voit par là que la soi-disant humilité de cet homme simple et candide n’était que du plaqué recouvrant un fond de vanité
que la moindre occasion se chargerait de mettre à nu.
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* Les électeurs de la Seine-Inférieure ne jugèrent pas que
quelques phrases spirituellement tournées sur les travers
d’une époque fussent une preuve suffisante de républica-
nisme, et ils laissèrent M. Alphonse Karr à ses petites satires. |
Quoique sensiblement vexé de cet échec et profondément froissé qu’une nation ne voulût pas confier ses destinées à l’homme dont les nouvelles à la main étaient si appréciées, M. Alphonse Karr ne voulut point en avoir le démenti. Il fonda un journal, ressuscita ses Guêpes, défendit énergiquement le général Cavaignac, qui serait tout de même tombé sans cela; et enfin s’agita dans la politique pour essayer de se faire prendre au sérieux, comme ces comparses qui pliétinent en chantonnant à la porte de l'entrée des artistes de l’'Opéra-Comique pour faire croire aux passants qu’ils sont le premier ténor.
Toujours mû par ce sentiment de la pose à outrance qui le distingue, M. Alphonse Karr, après le coup d'Etat de décembre, quitta la France pour échapper aux persécu-
lions bonapartlistes, qui ne le menacaient guère plus que
les tuiles du palais impérial de Pékin ne menacent les cha-
peaux des promeneurs de la rue de Rivoli.
Il s’exila à Nice, où il se réfugia, avec une modestie
puante de prétention, dans la modeste culture des violettes.
Il voulut bien pourtant, de temps à autre, entre deux coups d’arrosoir, doter les lettres de quelques chefs-d’œuvre nouveaux, au nombre desquels : Les Femmes, Histoire d'un Pion, la Pénélope normande.
Il reprit aussi ses Guêpes en feuilleton dans l’Opinion nationale. Hélas ! elles avaient laissé leurs dards dans les premières blessures. Mais, comme les maris cocus et les auteurs vidés sont toujours les derniers à s’en apercevoir, M. Alphonse Karr n’en continua pas moins, à ce moment, une édition en brochures de ses fameuses Guêpes, que quelques vieux collectionneurs se crurent obligés d’acheter pour le parfait alignement des reliures dans leur
bibliothèque.
L'espace nous manque pour parler de ces nouvelles Guêpes. Heureusement, un mot en dira assez : le Figaro les reproduisit régulièrement, ce qui nous dispense d’ajouter que ces alinéas, naguère si vifs, si chauds, si colorés étaient devenus le plus piètre ramassis de choses vermoulues, de rengaines prudhommesques et de malfaisances
réactionnaires.
Il y a quelque temps, M. Alphonse Karr, chez qui —
comme chez beaucoup de vieillards — la présomption croit . . . 2 ) 3 en raison directe de l’affaissement de ses facultés, s’est
bénévolement offert au plus grand ridicule qui puisse
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couronner la carrière d’un écrivain fourbu. Il a— toujours dans le Figaro — entrepris la publication de ses Mémoires. [l en a été cruellement puni, car le public — même le public du Figaro — fut écœuré par une dizaine d’articles.… préliminaires, dans lesquels on voyait cet orgueilleux débris se débattre, et suer sang et encre pour trouver la première ligne du premier chapitre d’un livre dont il avait tracé le titre à tout hasard, comptant, hélas !... sur une vérve éteinte pour le remplir. Il fallut interrompre piteusement les Mémoires de M. Alphonse Karr.
Rigolboche, elle au moins, avait pu aller jusqu’au bout.
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Au physique, M. Alphonse Karr est bien l’homme de ses œuvres et de son caractère : une certaine netteté dans les traits ; mais de la sécheresse et de la suffisance.
Rien d’élevé dans la physionomie; rien de supérieur dans l’homme : c’est logique.
Que demander à ce profond philosophe qui croit avoir dit quelque chose de juste quand il a dit quelque chose de drôle; qui fait des mots et se figure que ce sont des maximes ; qui se persuade avoir résolu une question quand il a cassé un calembour dessus ; et qui est encore aujourd'hui persuadé que l’abolition de la peine de mort ne se relèvera jamais de sa paillasserie — très amusante d’ail-
leurs — : Que messieurs les assassins commencent !.…
M. Alphonse Karr prend tellement les vessies de la co-
casserie pour les lanternes de la sagesse, que s’il eût fait
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les Pensées d'un emballeur au Tintamarre, il les eût signées:
SALOMON, persuadé que La Rochefoucauld lui-même n’avait jamais rien dit de plus profond que : « La nuit porte
conseil, et la femme neuf mois. »
Hâtons-nous, du reste, d’ajouter que depuis déjà fort longtemps M. Alphonse Karr n’a plus la peine de confondre ses saillies funambulesques avec des axiomes de haute morale, car, depuis une vingtaine d'années, il na plus ni saillies, ni idées, ni quoi que ce soit. Il a remplacé tout cela par une humeur de dogue jointe à une vanité à 560 atmosphères, qui ne lui dicte plus, en fait de plaisanteries attiques, que de lourdes grossièretés à l'adresse des républicains. Pour compléter le portrait de M. Alphonse Karr, disons qu'il a les cheveux ras, la barbe pointue et les oreilles saillantes.
Sa tête pétrifiée et montée sur une gaine de pierre ferait un faune de parc très remarquable.
Mai 1882.
NOTICE COMPLÉMENTAIRE
Dates à remplir
M. Alphonse Karr reprend la publication de ses Guépes, dont la vente s'éteint au fur et à mesure que disparaissent, emportés à l'automne par leur catarrhe, les trente-huit vieux abonnés tombés en enfance qui lui étaient restés fidèles par habitude. Enfin, il meurt le... 19..., persuadé que depuis : Sous les Tilleuls, il n’a pas été fait un seul roman présentable, et convaincu que les républicains l’ont fait empoisonner pour se soustraire à ses éreintements de paralytique chassant les mouches à coups de béquilles.
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