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Lorsque éclata la révolution de 1848, Louis-Napoléon accourut en France, sans aigle et sans lard, offrir ses ser-
vices à la République. On lui fit observer que sa présence
en un pareil moment pourrait jeter le trouble dans les esprits ; roué comme potence, il s’éloigna, désintéressement qui lui valut d’être nommé député à la Constituante par cinq départements : le légume préludait à ses plébiscites intelligents.
Le 10 décembre suivant, il était élu président de la Ré-
publique par cinq millions et demi de suffrages potagers - et recevait le pouvoir des mains intègres du général Ca-
vaignac,
Vers la fin de 1851, sentant approcher l'échéance de son mandat, Louis-Napoléon sortit de son magasin d’accessoires la fameuse hydre révolutionnaire, qui ne manque pas plus son effet sur les hommes de quarante à cinquante ans que le croquemitaine sur les enfants de vingt mois. Il représenta à la France que les élections suivantes allaient envoyer à l'Assemblée 750 députés qui ne mangeaient à tous leurs repas que de la viande humaine, et que, si elle laissait arriver ces ogres au pouvoir, tous les citoyens ayant plus de neuf cents francs de rente seraient guillotinés.
Pendant que la France affolée d’une telle perspective était en train de se demander : « Ah! mon Dieu... qu'est-ce que nous allons devenir? » Louis-Napoléon, le 2 décembre 1851, mit les députés à l'ombre avant même que le soleil ne fût levé, prit dans sa poche la clef de PAssemblée, distribua de l’eau-de-vie à la garnison de Paris, fit tirer
une proclamation à 100,000 exemplaires et à mitraille sur le peuple, et demanda, par plébiscite, la présidence pour dix années, ce qui, cette fois, lui fut accordé par 7 millions 500,000 suffrages, deux millions de plus que la première fois!... La betterave avait donné.
L'année suivante, un nouveau plébiscite posait la couronne impériale sur ce faciès de sergent de ville abruti par l’absinthe, et désormais il ne manquait plus rien à la gloire du musée des souverains ; il avait trouvé son grotesque. |
Nous n’essayerons pas de faire l’histoire de Napoléon III, chacun de nous en a classé les phases dans le
coin de sa mémoire réservé aux souvenirs qui soulèvent
le cœur. Nous nous contenterons, pour terminer sa biographie, de relater les faits qui lui sont personnels.
Le 29 janvier 1853, Napoléon III épousa une Espagnole, de qualité, disent les uns, inférieure, ajoutent les autres. Elle se nommait Eugénie de Monruo, et l’on prétend... (Mais n’anticipons pas sur la collection du TRoMBINoScoP…E.) De ce mariage, qui ne fut pas célébré à Nanterre, naquit, le 16 mars 1856, un pauvre petit être scrofuleux que nous ne rendrions pas responsable des gredineries de son père, s’il n’eût plus tard élevé la prétention d’en profiter.
Napoléon fut l’objet de trois attentats qui ne réussirent pas (1852-1855-1858). Ce fait inspira au Tintamarre une réflexion qu’il n’a pas publiée : «Un train et un empereur sont deux choses que l’on ne devrait jamaïs manquer. »
On doit, entre autres choses, à Napoléon III :
° Cette magnifique sentence : « L'empire, c'est la
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paix, » presque immédiatement suivie de cinq guerres à tous les coins du monde; 2° la campagne du Mexique, dont bon nombre de capitalistes ont conservé de; souvenirs qui valent dans les 30 centimes le kilog. pour faire des cornets à tabac; 3° la liberté de la boucherie (1864). Il l'avait déjà donnée à l’armée dès le 2 décembre 1851. Si l’on en croit certains bruits, le règne de l’empereur Napoléon IIT aurait été émaillé de quelques faits scanda-
leux et intimes qui se seraient passés aux Tuileries. On a
parlé d'une bouquetière disparue, d’un beau cent-gardes trouvé... où on ne l’avait pas mis de faction et assassiné sur place, de parties d’écarté où le perdant payait le gagnant d’un grand coup d’épée dans le dos, etc., etc.; enfin d’une foule de petites fêtes de famille dans ce genre. A ceux qui nous demanderaient s’il faut croire à toutes ces infamies, nous répondrons : Ça ne peut pas faire question une seconde. — Nous avons déjà eu l’occasion de le dire: Avec les familles royales en général, et à plus forte raison avec celles de ce calibre, il faut croire à toutes les gueuseries qu’on leur prête pour tâcher de se rattraper un peu de celles qu’on ignore.
La fin du règne de Na:oléon.IIT fut marquée par une intrigue d’une malpropreté telle, qu'un haut magistrat de l'empire put seul y s-journer sans tomber à la renverse. L'empereur avait eu — ou cru avoir — d'une cocotte un enfant adultérin; l’impératrice fut informée de la chose; on voit le reste d’ici: scène, bris de vaisseil', coups de griffes, etc., etc. — Un des plus honorables membres de la magistrature (c'est la magistrature elle-même qui en convient) se dévoua pour ramener la concorde dans ce ménage troublé. Il amalgama un tas de preuves, de lettres, de déclarations où il était question d'accouchement à sept mois,
d'aveux de trahison, de repentir, etc.,-etc.... L'impéras trice, qui ne s'était mise en colère que pour la forme et pour se faire payer un chapeau à la scène du pardon, sécha ses beaux yeux, et dit à l’entre...preneur de réparations matrimoniales : « Cher monsieur Devienne..., je vous re- » mercie bien de toute la peine que vous vous êtes donnée » pour me prouver que Louis est pur. Si mon mari ne me » trompait pas, il me tromperait bien; mais enfin n’en
» parlons plus. »
En 1870, l'Empereur, sentant le pouvoir lui échapper et le flot démocratique soulever les coussins de son trône, eut recours à ses deux moyens ordinaires pour consolider sa couronne et faire diversion au courant de l’oinion publique : 1: plébiscite et la guerre. — Le plébiscite lu réussit encore assez ; mais la guerre lui devint funeste. — Fait prisonnier à Sedan, le 3 septembre, par les Prussiens, il fut déchu le 4. — Depuis ce temps et jusqu’au jour de sa mort, il résida à Chislehurst où il fuma des cigarettes sans nombre en caressant sa moustache baveuse et ses rêves de restauration.
Enfin, le o janvier 1875, Napoléon III {couvrez-vous) rendit sa belle âme à... qui de droit.
On fit courir le bruit qu’il était mort de la pierre, mais on croit généralement qu’il s’étrangla lui-même dans un rêve où il se prenait pour un honnête homme.
Au physique, Napoléon III était plutôt mal que bien, plutôt laid que mal, plutôt ignoble que laid.— Il était de petite taille, avait les jambes courtes et l’encolure pâteuse,
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le front déprimé, le nez d’un polichinelle, l'œil éteint d'un pourri; 1l portait ses cheveux ramenés et collés aux tempes à en rendre jaloux toutes les cravates vertes de la barrière Popincourt. — Il était d’une constitution assez robuste, mais délabrée par les vices, et le docteur Conneau avait toutes les peines du monde à maintenir en équilibre
les restes de cette carcasse rongée, cariée et gangrenée par | quarante année; de débauche. — Il parlait très peu; ce côté saillant de son caractère et la disposition de sa vessie,
qui eût occupé à elle seule vingt-cinq chirurgiens, lui avaient mérité le surnom d’insondable.
Août 1881.
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NOTICE D'OUTRE-TOMBE
Après sa mort, Napoléon III — couvrez-vous!... — fut envoyé dans un quartier des Champs-Elysées habité par tous les assassinés de l’empire. — Il doit y rester pendant trois mullions de siècles, sans cigarettes, n'ayant pour seule lecture que les Châtiments et Napoléon le Petit. De tous les coins et du plafond de l’unique pièce qu’il occupe sort braqués sur lui des robinets, des jets, des douches en pluie, des douches en spirale, correspondant à de gros tuyaux ainsi étiquetés : sang du capitaine Col-Puygelier de Boulogne — sang de Mentana — sang des ouvriers du Creusot — sang des mineurs de la Ricamarie — sang des cuirassiers de Reichshoffen — sang de l'Alsace — sang de la Lorraine, etc, etc...; à chaque instant ces robinets s’ouvrent d'eux-mêmes et ces jets fonctionnent, inondant et aveuglant l’homme de Sedan qui, affolé, grelottant, hideux, n'échappe aux lèchements tièdes du sang de Maximilien que pour retomber sous la pluie du sang de Baudin. — Cette horrible expiation terminée, Napoléon III doit enfin venir prendre sa place au séjour des élus entre Henri Rochefort et Mme Montijo-Cabas, sa belle-mère.
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