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C'était une petite forteresse en carton; dans l'intérieur,
on apercevait le général en grande tenue, prêt à sortir.
Quand le temps était froid, humide ou -venteux, le
général ne sortait pas du fort; mais aussitôt que le temps
changeait, il restait dedans. “
” Ces distractions innocentes ne suffirent pas longtemps à
M. Gambetta. Le 8 février 1871 il posa sa candidature à
la députation et fut élu par neuf départements.
Il opta pour Paris, qu’il alla immédiatement représenter
à. Saint-Sébastien (Espagne), où il construisit prudem-
ment des châteaux pendant que l’on brülait à Paris ceux de
l'Hôtel de Ville et des Tuileries (mai 1871). LL
uand les marrons furent tirés de ce feu terrible,
M. Gambetta reparut — vierge en apparence de toute
| solidarité avec la Commune, et pur, en apparence égale-
| ment, ‘de toute complicité avec les sieurs Thiers, Gallifet, Garcin et C*.
En somme, un homme tout neuf, pouvant mettre à la | voile par n’importe quel vent.
Le vent s’éleva dans la direction de M" Fhiers” M. Gambetta n’eut qu’à se laisser pousser, en oubliant que le bonhomme Transnonain lavait tout récemment traité de « fou furieux. » | Il le fit avec cet esprit et cette bonne grâce qui caracté- | risent les gens dont la mémoire s’allonge: et! se replie. | comme une lorgnette, selon qu'ils ont intérêt à oublier au | bout d’une demi-heure les injures de ceux qui peuvent | leur être utiles ou à se souvenir au bout de dix ans des | petits papiers pouvant compromettre ceux qui menacent | de les gêner.
| Le 5 novembre 1871, M. Gambetta fonda un grand journal politique : la République française. | | Cette feuille ennuyeuse comme la pluie, mais affectant | le ton hautain d’un quasi-officiel gouvernemental, prit bien vite une très grande importance aux yeux de cette masse | imbécile que lon attrape toujours en évitant de sourireet en boutonnant sa redingote jusqu’au menton.
Alors commença crânement l’évolution prévue.
De temps à autre M. Gambetta faisait semblant de payer en monnaie de singe un petit acompte à ses électeurs de Belleville, soit en annoncant la venue de « #oupelles couches sociales, » soit en combattant la construction de léglise du Sacré-Cœur, soit en réclamant le respect pour les enterrements civils.
. Mais du véritable programme de Belleville, de celui qui l'avait hissé où il était, jamais un traître mot.
De 1871 à 1875, M. Gambetta consacra tous ses efforts — et tout son talent, il faut bien le dire, — à créer, amalgamer et concentrer ce parti funeste, nommé bien à tort :
———————— ————— —————————— pa
l’opportunisme, et qui n’est en réalité que mâchavidisme, puisque sous prétexte d'opportunité il fait marquer le pas sur place à la France depuis plus de dix années.
En 1875, M. Gambetta tritura tellement bien les groupes, fondit tellement bien les centres et piétina tellement bien les principes, qu’il amena la Chambre à nous voter cette funambulesque wallonade en bouteille que certaines gens s’obstinent à appeler une constitution.
Quelques murmures s’élevèrent alors, et M. Gambetta dut aller expliquer à ses électeurs de Belleville les beautés du wallonat qu’il avait contribué à ériger. Rues
Il le fit avec quelque aplomb et n’hésita pas à affirmer à ses mandants que le Sénat — qu'il appelait complaisamment : le Grand Conseil des communes — était la huitième merveille du monde. |
Dans le même discours, il appuya fortement sur ce point qu’en « politique 1l faut tenir compte de tout, que l'absolu » mexiste pas, que la patience, la sagesse, etc... etc... »
Nous la connaissons.
Belleville aussi la connaissait ; mais pas encore assez pourtant ; car le 20 février 1876, M. Gambetta fut réélu dans cette circonscription.
Devant tant de naïveté, l’ex-irréconciliable de l'Empire pensa qu’il n'avait plus besoin de se gêner, et la première chose qu'il fiten reprenant sa place à la Chambre fut de voter contre l’amnistie totale proposée par Raspail (19 mai).
Il fallut retourner à Belleville expliquer encore cette contenance-là. M. Gambetta y retourna,et — toujours avec un certain toupet — il essaya de faire comprendre à ses commettants que s'opposer à l’amnistie quand on avait été élu pour la demander, c'était là ce qu’on appelait: « la politique des résultats. » |
Il faut leur rendre cette justice : les Bellevillois semblèrent comprendre un peu moins bien que la première fois.
Cependant, M. Gambetta avait imaginé un truc pour conjurer son impopularité naissante.
Ce truc, qu’il exploitait vigoureusement, consistait à faire une scène bruyante au bonapartisme ou au cléricalisme chaque fois qu’on l’accusait de se moucher dans son programme de Belleville.
On était sûr, le lendemain du jour où on lui avait demandé où en était son projet d’abrogation de toutes les lois contre la presse, de le voir monter à la tribune et crier à M. Rouher :
— Vous avez perdu la France !.…
De même, quand on lui rappelait qu’il avait promis d’appuyer le droit de réunion, il étendait le bras vers Mgr Dupanloup en vociférant :
— Le cléricalisme, voilà l'ennemi !.…
Cette facon de payer ses billets en répondant au garçon de banque qui vous les présente : « Mon concierge est une canaïlle ! » ne pouvait avoir qu’un temps. Le moyen fut assez vite usé. er
On raconte à ce propos que lorsqu'un électeur de M. Gambetta se faisait annoncer chez son mandataire, le caniche noir du député — qui était très intelligent — quittait bien vite le cabinet de travail de son maître et se
réfugiait à la cuisine.
Ce chien roublard se disait :
— Mon vieux, si tu restes là et qu’on lui parle de son programme de Belleville, c’est toi qui vas écoper !...
Devenu chef incontestable de l’opportunisme, M. Gambetta fut, à différentes reprises, sommé par les républicains d'accepter un ministère. Il répondit invariablement:
— Pas si bête !.….
M. Gambetta sait qu’il n’y a pas de rôle politique plus avantageux que celui qui consiste à tenir. le bras de ceux qui tiennent la queue de la poêle, parce que ce n’est jamais à celui-là que l’on s’en prend quand l’omelette est brülée.
Il se laissa néanmoins élire président de la Chambre des députés le 30 janvier 1879 et se fit de ce poste escarpé un nouveau Saint-Sébastien à l’intérieur. à
Il ne descendit de ce fauteuil qu’une seule fois — en juillet 1880 — pour défendre l’amnistie totale qu'il avait repoussée pendant dix années, comme nous l’avons vu.
Mais la question était devenue mûre et l’opportunisme de M. Gambetta lui fit un devoir de s’adjuger frauduleusement le bénéfice d’avoir fait voter l’amnistie, le jour où il ne pouvait plus l'empêcher de l'être.
Vers la fin de 1880, un événement scandaleux connu sous le nom de l'affaire des petits papiers vint sensiblement diminuer le solde de prestige dont M. Gambetta pouvait jouir encore.
Une soi-disant lettre qui lui avait été soi-disant adressée par M. Rochefort en 1871 fut tout à coup publiée par ses soins au bout de dix ans. |
Cette lettre, hâtons-nous de le dire, était absolument insignifiante et — fût-elle vraie — ne déshonorait personne.
Pendant un mois cependant la France entière se passion: na pour cette question : L/a-t-il reçue, ne l’a-t-il pas reçue?
Et la conclusion du public fut celle-ci :
S'il Pa reçue, la publier n’est pas très propre...; s'ilne l’a pas reçue, l’inventer c’est bien sale.
Au physique, M. Gambetta est de moyenne taille. Depuis 1870 son ventre a grossi en même temps que son renom; aujourd’hui son ventre continue seul la route, outrageusement lâché par son compagnon de voyage.
Avant l’empâtement de la période opportuniste, ses
nn j PE VO LD Ce Ce Te er et CO ST UT US
ques : à côté des visages pâteux et e ses collègues : Favre, Picard et Simon, le sien ait l'effet d’un masque d’acier entre trois mottes de idoux fondant. 1 | |
M. Gambetta est borgne, c’est là-dessus qu’il compte pour rester le roi des opportunistes. Il a pour lui le fameux D proverbe. - FT “ | | Son tempérament est un peu fiévreux. Il travaille beau- coupet se couche le plus tard possible pour éviter de rêver de Rochefort et de Jules Simon. | … M. Gambetta est aujourd’hui au faux apogée de sa - fausse gloire, car il faut appeler fausse gloire celle que l’on … éscamote en reniant le peuple qui a cru en vous, pour con- .… quérir le suffrage de la bourgeoisie, l’ennemie du peuple. La place de Danton était vacante depuis quatre-vingts | pe ans. M. Gambetta a préféré attendre encore quelques mois ee Au À —. etprendre celle de M. Thiers. Grand bien lui fasse. 3 4. Mais s'il est vrai que l’on doive juger de la poigne de "h L ouvrier. par l'outil qu'il choisit pour son bras,
M. Gambetta nous apparaît comme une paire de biceps bien surfaits, car après avoir fait mine de soulever la formidable pioche révolutionnaire, de laquelle seule la
. France peut tout attendre, il s’est rabattu piteusement sur
la lime à ongles de l’opportunisme.
Ce serait déjà bien faible pour perceril’'isthme de
+ Panama!... mais pour démolir ce qui nous gêne depuis
D 0 Quatorze siècles !:.. on n'ose pas y penser! |
E| Juillet 1881. |
Mr
Apée 202 Dates à remplir
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE
Réélu le ...... 1881 dans 43 circonscriptions bien pensantes, — rien de Belleville, — M. Gambetta semble désigné pour prendre enfin la présidence du conseil des ministres. Il refuse. —
s’accomplit la parole de l'Evangile : Celui qui se sert des petits papiers périra par les petits papiers.
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