SCENE lî
J-ANCHETTE, TÎanL
Vous, cher oncle?... Toujours!...
GOULÂRD, à la cantonade.
Caporal Mousqueton, attendez-moi là!...
FANCHETTE^ fermant la porte et revenant à sa tabte^
à droite.
Comment ! vous avez monté mes six étages î...
GOULARD, relevant sa moustache.
Vive Dieu ! mon enfant , le courage civil s'élève à toutes les hauteurs !... (S'arrêtant tout essoufflé.) L'escalier est un peu roide^ cependant... (Ton naturel.) .Pal lais commencer ma ronde, lorsque j'ai aperçu de la lumière à ta croisée.
FANCHETTE, changeant de fer.
Et ça va bien, mon oncle ?
GOULARD, ^''asseyant près de sa table.
Ah ! ma chère, nous autres hommes politiques^ no«s ne savons jamais comment nous allons !... Ma pauvre ville d'Etarapes ne me sort pas de la tête!... Aussi, je ne mange plus... je ne dors guère... je bois encore un peu... il nY a que ça qui me soutienne !... A propos , ' Fabien ton futur n'est pas arrivé ?
FAIS'CHËTTE.
Mon Dieu, non !
GOULARD
Pourvu qu'il ne soit pas tombé dans un avant-poste deM. deTurenne... qui nous bloquedepuis trois mois !... Ce serait fâcheux!... Les vivres manquent... les esp^rits s'aigrissent... et l'on commence à se pendre très-bien... de part et d'autre.
FANCHETTE, effrayée.
Vous croyez que Fabien?...
GOULARD
Oh! il aura pris un sauf-conduit... (Gaîment.) Il rae tarde de faire sa connaissance , de Tembrasser, ce cher neveu!... c'est un Frondeur solide î
FANCHETTE
Puisqu'il est trompette dans l'armée de M. le prince !
8 SCENE n.
c'est lui qui a sommé la ville de Saint-Denis de se rendre !
GOULARD, flatté.
Ah! c'est lui qui a pris Saint-Denis?... Un beau fait d'armes !
FANCITETTE.
C'est chez ma marraine queje l'ai connu, à la mort de ma protectrice, et quand je vins m'établir auprès de vous...
GOULARD
Je consentis les yeux fermés î ... Tu ne me demandais que ma bénédiction... et pas de dot... ce qui s'accorde parfaitement avec mon système d'économie-politique,
FANCHETTE
Ah ! je n'en avais pas besoin, grâce aux bienfaits de ma bonne marraine et de son fils, le jeune marquis de Brassac !
GOULARD, se levant avec un mouvement de colère.
Le marquis, vertudieu ! ... ne prononce jamais ce nom devant moi!
FANCHETTE
Pourquoi donc?
GOULARD
Un suppôt de l'enfer !
FAKCHETTE.
Le plus excellent coeur î...
GOULARD
Un des premiers officiers de l'armée de Turenne, qui nous joue des tours infâmes ! Quoique la ville soit bien gardée, il y entre comme cheiL lui... Il a des intrigues avec toutes les femmes... Il fait de la peine à une infinité de maris!... Et quand je veux l'arrêter, il est déjà parti! FANCHETTE, riant sous cape.
Ah ! ah ! ah ! Pauvre oncle !
GOULARD
Mais, patience!... que j'aie seulement son signalement!...
FANCHETTE, vwement.
J« le défendrai, je vous en préviens...