I. — Mal de Pott
La tuberculose des corps vertébraux, avant de se traduire par des signes cliniques, et d'entraîner des troubles sérieux de la statique vertébrale, évolue de façon latente pendant une longue période. Il ne nous appartient pas de discuter si le point de départ de la lésion vertébrale est le plus souvent dans le tissu spongieux du corps (ostéite, ostéomélite), ou dans la région adjacente au ménisque (ostéoarthrite); mais il est admis par tous que tant qu’elle n’a pas dépassé les limites du corps, qu’elle n’a pas entraîné, par affaissement ou extension, des troubles graves de la statique vertébrale, sa symptomatologie se réduit à peu de chose et son diagnostic est des plus difficiles.
Au contraire, dès que l’envahissement fongueux a dépassé ces limites, envahi l’espace épidural, et atteint la face externe de la dure-mère et des gaines durales funiculaires, les signes rachidiens apparaissent plus sensibles, et des
” signes nerveux s'ajoutent au tableau clinique.
Il apparaît des signes précis : la raideur vertébrale conditionnée par la contracture des muscles des gouttières, les points douloureux à la pression des épineuses, le réveil de douleurs, souvent à type irradié, dans les tentatives de mobilisation vertébrale.
C'est précisément l'apparition des symptômes, soit médullo-rachidiens, soit funiculaires, qui permettent parfois de faire un diagnostic précoce, et de préciser la localisation anatomique.
A côté des maux de Pott, à évolution médiane, médullaire, qui comportent des troubles moteurs, par irritation de la voie pyramidale et compression médullaire, dus à la pachy-méningite externe (Michaud) (19), il en est d’autres,
J. Forestier 40
à évolution plus latérale, qui atteignent de facon précoce la région du trou de conjugaison, et ont une symplomatologie ptus funiculaire que médullaire.
Ce sont les maux de Pott névralgiques de Michaud (Loc. cit), qui avait bien vu qu'ils étaient en rapport avec l’envahissement du trou de conjugaison, dont il a rapporté plusieurs exemples dans sa thèse. Ces maux de Pott névralgiques se traduisent par l’apparition de douleurs très vives, parfois en éclair, irradiant dans le territoire d’un funicule ; ils s’accompagnent parfois d'inflexion latérale du rachis, à convexité tournée du côté deuloureux ; cette inclinaison scoliotique qui vient modifier l'apparence classique de la déformation rachidienne n'est point due à l'affaissement d’une caverne latérale, mais à la contracture musculaire à prédominance unilatérale qui fixe le rachis dans la position la moins défavorable pour le fuanicule envahi, c’est-à-dire en scoliose croisée.
Si ce n'était l'intensité des troubles névralgiques, ces formes unilatérales du mal de Pott quand elles surviennent dans l'enfance, pourraient offrir des difficultés diagnostiques sérieuses avec la scoliose des adolescents.
Les phénomènes névralgiques irradiés sont très fréquents dans les formes banales du mal de Pott tant chez l'adulte que chez l'enfant.
Il est classique de citer les névralgies intercostales, les sciatiques à bascule, les irradiations dans le territoire du plexus lombaire.
Ces troubles névralgiques s'accompagnent rarement de troubles objectifs de la sensibilité sauf l'Ayperesthésie dans le domaine du ou des funicules atteints ; quant aux modifications des réflexes, elles sont bien plus souvent sous la dépendance de l'irritation pyramidale (exagération, clonus) que sous celle de la dégénérescence des fibres nerveuses
périphériques (diminution ou abolition). Ces algies, à topographie plus où moins exactement radiculaire, ont une valeur localisatrice indéniable, tant qu'il s’agit d'une région du rachis, d’un niveau supérieur à celui auquel se termine la moelle (2° vertèbre lombaire).
Au-dessous, les racines intra-méningées, et mème les funicules, à leur émergence durale, se trouvent pressés les us contre les autres, et ont un trajet intra-rachidien. voisin de la verticale, si étendu que le même syndrome algique peut être sous la dépendance, tantôt d’une des premières vertèbres lombaires, tantôt d’une des dernières ou même d'une pièce sacrée.
On 2 voulu, avec Chipault (40), distinguer des névralgies centrales, médullaires, sujettes à des oscillations en hauteur, et des névralgies radiculaires (nous disons funiculaires) qui seraient fixes.
Il est certain que, parmi les névralgies pottiques, quelquesunes, surtout parmi celles qui s’observent à un stade avancé de la maladie, sont dues, soit à des troubles de l'irrigation médullaire, soit à l’envahissement de la moelle par le processus tuberculeux. Michaud dans sa thèse, observation V, a publié un cas, où des douleurs dans les membres inférieurs, correspondaient à une myélite tuberculeuse de la région dorsale, avec intégrité des racines lombaires.
Mais ce qui distingue ces névralgies médullaires des névralgies périphériques, c’est bien plus l'intensité des troubles moteurs concomittants et l'extension de leur territoire.
Les névralgies funiculaires observées dans le mal de Pott, peuvent être sujettes à variation d'intensité aussi bien que les névralgies médullaires, et le cas personnel que nous rapportons ici, malgré son siège très inférieur, en est l’illustration frappante.
- Obs. 2. — Mal de Patt à deux foyers. Syndrome funicu culaire lombaire et sciatique.