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C.—Spondylose rhumatismale pseudo-névralgique

L'existence de douleurs irradiées avait été signalée par beaucoup d’auteurs au cours des affections chroniques du rachis: par Besnier (57), Homolle (58), et à l'étranger par Gowers (59) Betcherew, etc... Mon père eut le mérite de grouper, en un tableau clinique précis, les formes où elles étaient prédominantes.

Elles surviennent chez le sujet; à l’âge moyen et débutent comme le rhumatisme vertébral ostéophytique par des douleurs rachidiennes qui peuvent occuper tout ou partie de la colonne vertébrale.

Lorsque ces douleurs se sont installées, la rigidité est intense tout comme dans les cas d’ankylose. En effet, la contracture des muscles des gouttières fixe le rachis, le

plus souvent en demi-flexion ou en rectitude, effaçant la cambrure lombaire."

À la palpation, le rachis se révèle douloureux non seulement sur les épineuses, mais sur les points latéraux correspondantaux articulations apophysaires. Les mouvements du rachis sont impossibles à cause de la contracture, l’amplitude de flexion diminue un peu moins vite que celle de l'extension.

Les névralgies irradiées sont en ceinture, sciatiques ou cervicales ; tantôt unilatérales, tantôt bilatérales, comme les points douloureux apophysaires. Elles sont influencées par la toux et l’éternuement, ne s’accompagnent pas de troubles de la sensibilité objective. L'état des réflexes tendineux est variable, mais on peut dire qu'il y à plus souvent exagération que diminution. Quant aux troubles moteurs dans les membres, ils sont rares, exceptionnels, ainsi que l'amyotrophie.

L'évolution de cette forme spéciale de spordylose est sujette à des poussées subaiguës, entrecoupées d’amélioration, et peut-être régressive; mais elle ne l'est jamais spontanément d’une facon complète. Elle peut cependant laisser la colonne recouvrer une grande partie de sa souplesse, à la suite d’un traitement d'hygiène générale, de cures hydrominérales et de mobilisation. Dans d’autres cas elle n'est que la tendance évolutive d’une forme ankylosante, comme nous l’avons vu précédemment.

I n'en reste pas moins que l'intensité des phénomènes névralgiques n'autorise nullement à formuler un pronostic défavorable : au contraire, un sujet qui présente de violentes douleurs irradiées, peut très souvent ne pas aboutir à une ankyÿlose complète, et une conduite appropriée peut amener sinon la guérison au moins une grande amélioration. Tout au contraire lorsqu'aux douleurs a fait suite l’ankylose

totale et que le sujet ne souffre plus, il est trop tard pour espérer obtenir un résultat thérapeutique important.

La nature articulaire, touchant surtout les articulations apophysaires, de cette forme spéciale de spondylose. ne nous paraît pas douteuse. Outre que son tableau clinique s'adapte parfaitement aux lésions observées sur certaines pièces anatomiques derhumatisme vertébral et qui montrent l'atteinte des trous de conjugaison et des ligaments jaunes, nous avons des raisons cliniques de croire que cette région de la vertèbre est le plus souvent en cause. En l’absence d’autopsie de cas de spondylose pseudo-névralgique. nous croyons qu'il s’agit là de phénomènes d’arthrite subaiguë ou chronique d’origine diasthésique, toxique ou infectieuse, et touchant l’articulation des trous de conjugaison (articulation apophysaire) surtout au niveau de sa capsule etdes tissus péri-capsulaires La réaction du tissu cellulo-graisseux épidural et des trous de conjugaison doit y être importante.

Le fait que cette spondylose peut fort bien ne pas aboutir à l'ankylose, permet de penser que les surfaces cartilagineuses de ces petites articulations ne sont pas atteintes d'une manière profonde.

La soudure de ces articulations, rare dans le rhnumatisme ostéophytique par rapport à sa constance dans la spondylose rhizomélique, est ici encore bien moins fréquente.

Ce sont les phénomènes d’inflartmation chronique au voisinage des trous de conjugaison qui font apparaître les douleurs irradiées, ce n’est point l'irritation radiculoméningée, comme cela est encore cru par beaucoup d’auteurs.

D’ailieurs, comme nous le verrons plus loin, on ne peut s'empêcher de rapprocher de cette forme de spondylose les formes localisées non ankylosantes que nous étudierons

plus loin sous le nom de lombarthrie et de rachialgie lombaire chronique. ù

Nous ne connaissons malheureusement pas les aspects radiographiques de la spondylose pseudo-névralgique qui ne sont sans doute pas univoques. C'est là un point que nous réservons à des recherches ultérieures.

Voici deux observations :

Obs. 6 (H. Forestier). — Spondylose rhumatismale, forme pseudo-néoralgique

M. C..., 36 ans, industriel, Pas d’antécédents héréditaires. Sept frères et sœurs en bonne santé. Forte constitution, s’est bien porté antérieurement.

Voyageur de commerce pendant dix ans. A partir de 30 ans, vie sédentaire à l'usine: excès de table.

En mars 1894, apparurent lentement des douleurs avec gonflement aux poignets, genoux, épaules. La poussée d'arthropathie fut courte, mais laissa des raideurs articulaires. Deux cures 1894 et 1895 à Aix-la-Chapelle (douches dans le bain), pas d'amélioration.

À partir de novembre 1895, des douleurs apparaissent lentement, progressivement en ceinture, s’exagérant parles secousses de toux: puis douleurs dans le dos, le cou qui le font tenir raide et le gênent pour marcher, et un peu plus tard de nouveau arthropathies des membres.

Etat à l'arrivée (le 9 juin 1806). — Etat général assez bon, taille élevée, forte complexion. Attitude: le malade est très raide d’attitude ; on est frappé par son aspect figé, car la tête, le cou et le tronc restent immobilisés et rigides. Il se plaint de douleurs en ceinture irradiant vers les côtés du ventre, les hanches, s’exagérant par les secousses de toux, l'éternuement, les mouvements et aussi de douleurs et raideurs des membres.

Examen. — La colonne vertébrale est à peu près droite, sans cambrure lombaire et rigide, le cou est un peu porté en avant. Points douloureux au cou au niveau des apophyses articulaires ;moins accusés sur l’épine, au dos, principalement au niveau (les épines des dixième, onzième, douzième vertèbres

dorsales. Mouvements, très douloureux, au cou, surtout la flexion latérale si on la force. Les mouvements de la tête sont aussi très réduits par la douleur. La déglutition est doulou-

reuse.

Mouvements du tronc très réduits aussi par la douleur, sur-

tout la flexion latérale.

Les articulations des membres sont totalement prises. Poignet : au gauche surtout, gonflement à la face dorsale. Doigts : l’annulaire et l’auriculaire droits offrent l’aspect fusiforme par suite du gonflement de l'articulation interphalangienne qui est douloureuse. Coudes : douloureux. Épaules très raides et douloureuses. Genoux : gonflement des culs-de-sacs. Cou-depieds : id. Pas de troubles de la sensibilité cutanée. Cœur: reliquat de péricardite. Toutes les autres fonctions en bon état,

Traitement. — Douches-massages générales ; bains locaux de vapeur au cou. Amélioration considérable, attitude moins raide ; marche avec plus d'aisance. Les mouvements de la tête et du cou ne sont plus douloureux. La rotation surtout a gagné: la flexion antéro-postérieure et latérale plus encore. Le malade pour se faire raser peut pencher la tête en arrière. Les épaules ne sont plus raides. Le cou s'étend mieux, Le poignet et les doigts ont repris leur état normal.

En somme remarquable amélioration.

Obs. 7 (H. Forestier). — Spond ylose blennorragique forme pseudo-névralgique.

M. Desp..., quarante-deux ans, chapelier, bonne santé antérieure.

A l’âge de vingt-trois ans, aurait eu une attaque de rhumatisme articulaire aigu, sans urétrite en cause. Depuis, chaque année douleurs articulaires. En 1894, nouvelle attaque de rhumatisme articulaire aigu affectant les mains et les genoux. Peu avant, il avait eu du suintement urétral, des urines troubles, des envies fréquentes d'uriner (présomption d'infection gonorrhéique). Au bout de trois mois de maladie, accès de douleurs dans les côtés, dit-il, dans le ventre qui se répètent huit à dix fois dans l’espace de trois ans, durant chaque fois deux ou trois semaines avec raideur de la colonne vertébrale.

J, Forestier 43

Etat à l'arrivée (juin 1897). — Etat général assez bon. Le malade marche ave une attitude raide, le corps un peu penché en avant.

Il ne se plaint pas actuellement de douleurs intercostales, mais de douleurs dans le cou, dans le dos s'il force les mouvements. La colonne vertébrale est incurvée en avant, rigide, la cambrure lombaire est effacée. Le cou seul est relativement libre.

Points douloureux existent sur la ligne épineuse dorso-lombaire. Au cou, on perçoit des craquements en forçant les mouvements. Mouvements du trone sont très réduits à cause de la douleur, surtout la flexion antérieure et latérale, au cou très réduits aussi. Genoux : craquements, raideurs, douleurs. Pieds : empâtement, petites articulations raides ; fins craquements quand on force. Pas de troubles urétro-vésicaux. Cœur : arythmie, lésion mitrale.

Traitement.— Vingt-deux douches-massages générales : amé- Boration notable, deuxième cure en septembre 1898. Revient très amélioré, le dos est moips raide ; douleurs en ceinture et douleurs du dos très diminuées. Se plaint des genoux. 1899, le mieux se confirme; les genoux seuls sont le siège de douleurs.

D. — Formes localisées du rhumatisme vertébral

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