‹ Le troubadour Guilhem MontanhagolChapitre 40 sur 84 · A LUNEL LUTZ UNA LUNA LUZENS · texte numérisé non relu

A LUNEL LUTZ UNA LUNA LUZENS

Nous publions la pièce d'après F (p. iSy), qui seul Ta coniervée intégralement. Le manuscrit T (P* 280), qui n'en donne que la première strophe, comme eoila esparsa, & sans nom d'auteur, représente une tradition inférieure.

Le texte de Savait déjà été publié par Stengel, Die proveni, Bla^ menlese der Chîgiana^ p. 57, & celui de 7* par Bartsch, Denkmaeler der proven^. Litteratur^ p. 5o.

ALunel lutz una luna luzens Que doua lum sobre totas lugors :

D*aqui pren lum jois, dompneîs ez amors, E gais solatz, e beutatz, e jovens.

£ quaii te lums près a Lunel luzensa, 5

Qu'enlumina daus Tolza part Proensa, Estavo jois e dompneîs tenebros; Mas ara'ls fai Lunels luzir amdos.

i Al lundi, lutente T; lus, luienx F — 2 cbe, tataa lusors T — 3 gicla domneis e va> ion T — i lolai F; beutat e gOTente T — 5 luxenxa K; lum, lundi, lusentca T — 5 tol- ■ans, proenaa F; calumina da tolaa e proenUa T — 7 estaran, dopneis F; gioi e donei T — 8 atals F; ar los, lusir T.

Le noms del lum es clars e resplaiideiis,

Qu'aitaii vol dîr als bons entendedors 10

Gauseranda com gai seran e sors

Cilh qui veiran sos gats captenemens,

K que jois er donatz cui ilh agensa,

E que jauzen seran de gran jauzensa

Ela c ciih que voira far joîos : iS

Vers es le noms, qui be Tenten^ e bos.

Guirautz Amies, Il savi de Proensa

Digo*m del nom, si*ls platz, lor entendensa,

Quar si'n dizo mielhs, ieu no'u suy gilos,

Tan vueih del nom que valha sobre*ls bos. 20

9 resplendeiu — Il seraa esoos — 12 cill, captinimeni — 13 ill agenia — 14 jauenuk — 15 cill.

17 giraatx, proonia — 18 digam, sil plaz lor eotendenia — 19 meilU eu — SO uoill, uailla.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Un premier couplet dont un jeu de mots & une comparaison forment tout le fond, un second dans lequel le poète joue encore & assez froidement sur le nom d*une dame, enfin une tornada qui nous renseigne assez peu sur le personnage auquel elle est adressée, telle est cette pièce assez insignifiante, qui pourtant a peut-être été la seule donnée d'après laquelle le biographe provençal a im^iginé sa Fie de Montanhagol. (Cf. Introduction ^ p. 12.) Il nous a semblé vraisemblable de placer sa composition entre les années 1141-1245. Cf. /ittrod action f p. 25.

Sa forme métrique est des plus simples 8c n'oifre rien d'original :

loa lob lob loa loc loc lod 10 d.

Deux cohlas erot^-eaudadas 8c la tornada. La formule en question «t une des plus fréquemment employées, en particulier avec le décasyl-

labc. Parmi les pièces que cite Maus {Peire CardenaU Strophenhau, p. ii6, n* 535) & qui la reproduisent, plusieurs ont de plus ceci de commun avec la pièce de Montanhagol, que la troisième rime en est aussi féminine & quelles sont faites sur les mêmes rimes : ens, ors, ensSf os. Ce sont : Arnaud de Mareuil, i6; Bertran Carbonel, 28, 40, 90; Esquilha, i^Guiraut Riquier, 74; Peire Cardenal, 63; Peire Imbcrt, I; Pujols, 2, 4} Peire Vidal, 5o$ auxquelles il faut ajouter la réponse de Blacasset, publiée en appendice, 8c la pièce XIII de Montanbagol, qui, pas plus que celle-ci, ne sont mentionnées dans la liste de Maus.

I. A Lunel lut^ una luna lumens, — Ces répétitions de mots de même racine étaient très usitées chez les trcubadours. Les Leys d'amor (I, p. 25o) en font la caractéristique d'un genre de strophes, les coblas refranckas. Elles se poursuivent parfois durant tout un couplet (cf. Bertran Carbonel, Vil sirventes de viZ orne vuelh far) & parfois même durant plusieurs (cf. Bernart de Tot-lo-Mon, Lo players qu'aïs pla^ens plat). — La comparaison que nous avons ici n*a rien d*original : assez fréquemment les troubadours comparent à l'éclat de la lune la beauté de leur dame. (Cf. Stoessel, Bilder u, Fergleiche dcr altprov» Lyrikf p. 49.) Ici elle était en quelque sorte imposée au poète par le pays même de la dame. L'idée du jeu de mots se retrouve dans les armoiries de Lunel, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de l'Hérault : d'azur au croissant d'argent^ accompagné en chef d'une étoile d'or. -— Sur la seigneurie de Lunel & les rapports des seigneurs avec le comte de Toulouse, cf. V Introduction, p. 26.

6. La forme Tol^a représente le latin toîosanum^ « toulousain », & se retrouve aujourd'hui encore soit dans des noms de famille: Toul^a^ soit dans des noms de lieux : Cu^'Toul^a (Tarn), Gaillae^Toul^a (Haute-Garonne), Sic. Le mot, dans l'ancien provençal, était, non pas adjectif, mais substantif, & c'est ce qui explique que, comme les noms de pay5, il soit employé sans article.

9. Les jeux de mots sur les noms propres sont un des procédés

de développement les plus aimés des troubadours. Montanhagol Ta souvent employé (cf. V, 8-11$ XI, 37-45), expliquant même plusieurs fois le même nom & dans des pièces différentes. Cf. VI, 36-40$

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