‹ Le troubadour Guilhem MontanhagolChapitre 49 sur 84 · NO SAP PER QUE VA SON JOY PUS TARZAN · texte numérisé non relu

NO SAP PER QUE VA SON JOY PUS TARZAN

La pièce se trouve dans les deux manuscrits C ((^ z6i t®) & K (P» 39 r»).

Si Ton admettait les corrections proposées par Appel pour les ▼ers I & 14, l'existence des deux mêmes fautes dans les deux manuscrits prouverait bien leur origine commune. Mais à défaut de cette hypothèse, que nous croyons inutile, Tabsence de variantes essentielles confirme bien les rapports que nous avons déjà établis entre C Se H pour les pièces IV, V, VI gc VII. Il n'y a entre eux que des différences spécifiques le plus souvent dues à la négli|^ence des scribes, 8c, comme à l'ordinaire, plus fréquentes dans R que dans C. Toutefois, le fait que le vers 1 1 omis dans C se trouve dans R nous montre encore que, tout en remontant à un original commun, ils ne sont pas copie l'un de l'autre.

La chanson a déjà été publiée par Appel, Provcn^alische Inedita^ p. 142.

NO sap per que va son joy pus tarzaii Ni fug ni gan domna son amador, Pus lo conoys be per bo servidor Senes error en fag et en semblan ; Quar trop tarzar en dompney es folUa, 5

Que mans amicx ne ven en dezesper, Quar pueys no*s deu dompna de ren temer, Pus ve Tamor ses fench* e ses bausia.

1 ques R ; plus son ioy tanan R — 3 ni engan R — 3 conois be per son servidor R •>- 5 folhia C; folia R — 6 mani amie G; desesper R — 7 dona R — 8 ses fenhe ses bau-

POÉSIES DE 6UILHEM MONTANHAOOL. l3l

Bona dompna ab bel cors ben estan,

Vos trai enaii beutatz part la gensor, lo

E*us fai vaier valors part la melhor.

Pro'us fan d'onor, per so faitz lur comaii :

Valors vos ditz que faàsatz ben tôt dia,

Et amors vol qu'ametz, non per dever,

Mas lo plus fi, ab qu*aya meyns poder : i5

Qu*on meyns er rîcx, mais vos o grazîria.

Triât vos ai, dompna, mi ses enjan, . De bon talan, que ben gar vostr' onor, Si cum triet si ad emperador

Senes temor ja Fredericx antan : 20

Si eys s'i mes, quar om tan no y valia.

Atressi*us die qu*om mi no y pot vaier, Quar res, dompna, tan no*us ama per ver; Per so'us valh mais ieu qu'autre no faria.

Ben pot chauztr dompn* un sol fin aman 2S

Ses malestan, son par o pauc major ;

Pero no falh, si chauzis en menor,

Si'Ih ve valor, sol non pes lo baran;

Quar io plus bas li grazis tota via

Mais que*l plus rîcx ni*l pars, si'lh fa plazer, 3o

Per que'l deu mielhs dompn* ab si retener

Quar mais i a poder e senhoria.

Per ver vos jur, domna, e*us pliu e*us man

Qu*ieu non am tan res cum vos, cuy onor;

Per que*n laissi mans bels plazers d*aIhor. 33

9 dona R; belh C — 10 Iray R; beutat C — il Le vers manque dans C; fny R — 12 eus fan, lor R — 15 lo pus, ab caya meyns R — 16 com, meus, mays, R.

17 donamic ses R — 18 que regiirt R — 19 com R — 21 eis R — 22 atressieus R — 23 car, dona R — 24 mays yeu cautres R.

25 donc mi sol R — 27 si chauïis menor R — 2S no R — 29 car lo pus R — 30 maa, pus R; rie, par CR ; si fa C — 31 miels C; dona si R — 32 car mays y a R ; hi C.

33 plieu R — 34 qeu, cuy ndzor R -~ 35 laisi R ; belhs C.

l32 POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL.

Pro y fas folor, mas be'm podetz aitan,

O neys cen tans, esmendar, si'us plazia;

Pero ueymais vos deuria piazer.

Fer que norus platz, dompna? Qii*îe*us fas saber

Qu'atressrus er a far, coras que sia. 40

N*Esclarmunda, vostre noms signifia Que vos donatz clardat al mon per ver Et etz monda, que no fes non dever :

Âitals etz plan com al rie nom tanhia.

36 folhor C; i fas folor car ben R — 37 o noys manque dans R; tan C; emendar sieus R — 38 ucy mays R; huey C — 39 doaa R — 40 calressieus R.

41 nom C — 42 e es monda R — 43 es R; n rie C; non R.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Le poète chante pour triompher des hésitations de celle qu'il aime, pour la conTaincre qu'elle doit l'aimer, & dans cette supplication d'amour nous retrouvons quelques-unes des idées essentielles de la nouvelle doctrine. Pourquoi tardera agréer les hommages d'un amant sincère? Pourquoi le pousser au désespoir? L'aimer est au contraire un devoir, même s*il est de condition plus humble. Ce qu'on doit exiger, c'est un cœur pur de mauvaises pensées, 8c tel il est bien lui, Montanhagol, qui ne s*est voué au culte de sa dame que pour veiller sur son honneur. Qu'elle l'aime donc, même plus humble qu'elle : plus le bienfait vient de haut, «plus est grande la reconnaissance, plus aussi est souverain le pouvoir de la dame sur son amant. Qu'elle l'aime, car personne ne l'aime autant que lui, car il dédaigne pour elle bien d'autres dames qui consentiraient à l'aimer. Qu'elle l'aime, enfin, car tôt ou tard l'amour saura bien l'y contraindre.

Tout ce que nous pouvons dire sur la date de cette pièce, c'est, d'une part, qu'elle est postérieure à 1229, 8c, d'autre part, qu'elle est peut-être de la même époque que les autres pièces où il est aussi question d'EscIrirmonde, c'est-à-dire de 1242 à i25o. Cf. Introduction, p. 29.

POÉSIES DE GUILHEM MONTANHAGOL. l33

La chanson se compose de cinq coblas cro^adas unissonans & d'une tcrnûda. Maus(o/». cit,, p. loi, n'^ i35) décomposait la strophe en :

toa 4a 6b 10b 4b 6a toc lod lod loc

formule dont il ne trouTait aucun autre exemple. En réalité, il faut ici, comme pour les pièces TII & VII, considérer avec Appel les vers 2 & 4 de chaque strophe comme des décasyllabes (=z 4 -)- 6) dont la première partie rime avec la fin du vers précédent, c'est-à-dire comme des décasyllabes empeutat^. On obtient ainsi une strophe composée de huit décasyllabes en abbacddc, formule très usitée chez les troubadours en particulier avec les décasyllabes, & dont Maus (op. cit.^ p. 119, n® 679) relève de nombreux exemples. Certaines même ont ceci de commun avec la pièce de Montanhagol que la troisième rime en est féminine, mais aucune de celles que cite de LoUis (Soriello di Goïto, p. i3o} ne présente les mêmes rimes : an^ or, id, ôtZ

I. No sap ptr ^ue. — Appel propose, avec hésitation il est rrai, de corriger la leçQn des deux manuscrits 8c de lire say au lieu de sap : le sens que Ton aurait ainsi serait sans doute très acceptable. Mais pourquoi ne pas admettre : no sap per ^ue? Cela signifie littéralement: elle ne sait pas pourquoi; par suite : c'est sans raison ^ur, c'est bien a tort ^ue; & c'était sans doute une de ces formules toutes faites, comme il y en a chez les troubadours, & qui ont perdu beaucoup de leur sens primitif. Nous «iv-ons trouvé ailleurs sahet^ per ^ue, (Cf. VIII, 10 & la note.) Quant «tu rejet du sujet dompna à la fin de la phrase dans une proposition secondaire, il n'a rien de choquant & est même tout naturel, si no sap per ^ue a bien la valeur d'une formule toute faite.

Va son joy tartan. — Sur les périphrases formées avec anar & le participe présent d'un verbe, & qui n^ajoutent rien au sens de ce ▼erbe, cf. Diez, Grammaire, tfad. franc., III, 184.

Le poète est déjà revenu plusieurs fois sur cette idée que les dames ont cort d'opposer tant de difficultés à leurs amants. Cf. en particulier VI, i5, & VII, 25.

3. pas a gardé ici, comme au vers 8, quelque chose de son sens temporel primitif : du moment oà,

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