‹ Le troubadour Guilhem MontanhagolChapitre 51 sur 84 · Sur le sens depcis, cf. la note au vers · texte numérisé non relu

Sur le sens depcis, cf. la note au vers

9. ah bel cors, — Le provençal se sert de ab comme de de pour déterminer un substantif, &, comme </e, ab peut se construire soit avec esser, soit directement avec le substantif. Beaucoup de locutions de cette sorte, que Diez {Grammaire, trad. franc., III, 146) explique comme étaut formées de la proposition ad, doivent être rapportées en réalité à ab,

12. pro^ en ancien provençal, se construit soit avec de, soit aussi comme adjectif invariable sans de. Cf. T^itz, Grammaire^ trad. franc., III, 137.

14. Ici encore Appel suppose une faute commune aux deux manuscrits & corrige per dever en per aver. Mais au point de vue du sens, la correction ne nous paraît pas heureuse, puisque le poète nattrîbue pas à la cupidité le mépris des dames pour les amants de condition plus humble. Il ne veut pas insinuer qu'elles aiment leurs pairs surtout pour leurs richesses, mais qu'elles se refusent à aimer au-dessous d'elles par un souci exagéré de leur dignité & par crainte de déchoir. Mais à quoi bon corriger dever qui convient parfaitement ici? Le mot ne signifie pas seulement en efTet devoir^ mais il est parfois synonyme de position^ dignitéy rang^ & c'est bien le sens qu'il paraît avoir ici. « Les dames, dit le poète, ne doivent pas aimer quelqu'un pour le rang qu'il occupe, mais elles doivent aimer le plus fidèle. » Sur ce sens particulier du mot inconnu à Raynouard, cf. E. Levy, Proven^. Supplem, If^oerterbuch^ II, lyS.

i5. ab ^ue =: même si, quoique. Sur ce sens du mot inconnu à Raynouard, cf. E. Levy, op. cit., I, 1 . — La même idée avait été exprimée avant Montanhagol. Cf. Cnyrim, Spriehwoerter bei den pro^ ven\, Lyrikern, p. 26.

16. Ici encore nous avons une de ces anomalies comme en présente souvent chez les troubadours la syntaxe des temps 8c des modes. Nous avons vu ailleurs une phrase conditionnelle dans laquelle le verbe de la proposition exprimant la condition est à l'imparfait. Ici, c'est Tjnverse que nous avons : le verbe de In proposition principale, ^ra^/ria, est au conditionnel, mais celui de la proposition exprimant la condition est au mode réel & au futur. Cf. VI, 7 & la note.

Cette idée que les humbles sont ceux qui aiment le mieux se retrouve aussi ailleurs. Cf. les passages cités par de LoUis & rapprochés de ces vers de Sordel (XXIV, 21):

Doncx non deu trop ricor giirdar Dona, quar un non a en ccn Rie home que am finainen Ans cujan qu'om los dey'amar.

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17. Ici encore la conjonction et, qui deTrait unir les deux régimes ses enjan & de hon talan^ est omise. Cf. VI, 82 Se la note.

18. que suffit pour exprimer le sens final ajin que, qui s^exprime d'ordinaire par per ytie, per so f«e, &c. (Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc, III, 325.) — Il faut assurément rapprocher cette déclaration de celle qu'avait faite ailleurs le poète : d'amor mou castitat^, 8c la considérer comme les deux formules caractéristiques de la doctrine nouvelle. Cf. Introduction, p. 5o.

19. Sur cette construction se triar ad, exprimant une idée de changement qu'on retrouve avec tous les verbes signifiant : faire, rendre, nommer, élire, choisir pour. Sec, & qui est tout à fait équivalent de la construction avec un double accusatif: faire quelqu'un roi, &c, cf* Diez, Grammaire, trad. franc., III, 14$.

19-20. Ceci est une allusion très nette au fait que Tempereur Frédéric II, étant parti pour lu Croisade (1228) 8c ayant conquis par un traité Jérusalem, s*y couronna roi lui-même, ayant pris la couronne sur Tautel, parce qu'aucun prêtre n'avait voulu sacrer un prince anathématisé (1229]. — Le mot emperador est une légère inexactitude, puisqu'il s'était couronné roi de Jérusalem.

21. y ne représente pas grammaticalement ad emperador, mais l'idée générale de la dignité impériale, 8c de même au vers suivant, il représente ridée exprimée plusieurs vers plus haut par que ben gar rostr'onor. ~-> Ailleurs encore le poète fait l'éloge de l'empereur Frédéric II (cf. XI, 46). Beaucoup de troubadours Pont loué pour la protection qu'il leur accordait. Mais l'éloge de Monta nhagol s'explique peut-être autrement, si l'on songe aux raisons qu'un Toulousain tout dévoué à son comte pouvait avoir d'être reconnaissant à Frédéric. En septembre 1248, il venait de rendre à Raymond VII le marquisat de Provence 8c du Venaissin.

23. res, dans la langue des troubadours, est souvent synonyme de personne 8c parfois même il désigne spécialement la personne, la dame aimée. Cf» Leys, II, 180.

per ver -=z per lo ver : « par la vérité, vraiment. » L'article est omis comme dans d'autres locutions formées d'un substantif précédé d\ine proposition 8c qui marquent le moment, la manière, 8cc. Cf. Diez, Grammaire, trad. franc., III, 28.

27. Cau^ir en, construit comme triar en (VII, 46), « faire choix de. » Sur cette c->nstruction, cf. E. Levy, Proven^. Supplem, Woer~ terh., I, 23 1.

28. sol no pes lo baran, — Raynouard (Lex. rom., II, i83) traduit: «I seulement qu'elle ne pense pas la supercherie. » Ce qui est, il est vrai, assez mal dit pour « pourvu qu'elle ne », 8cc. Mais E. Levy ( op. cit,^ 1, 126) trouve que cela ne s'accorde pas avec le contexte.

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Il nous semble, au contraire, que le poète ne fait que reprendre une idée déjà exprimée : tout homme est digne d*étre aimé, pourra qu'il soit homme d'honneur 8c qu'on ne soupçonne pas en lui de fausseté. Nous ne considérons pas non plus comme irréfutable robjection qu'il fait ;i cette interprétation, que, dans ce cas, le poète n'aurait pas employé avec haran l'article défini. Il nous semble, en effet, qu'on peut dire aussi bien : pourvu qu'elle ne soupçonne pas en lui le désir de tromper 8c de désir de tromper. En réalité, la seule raison sérieuse qui puisse faire mettre en doute l'interprétation de Raynouard, c'est que le mot haran n'est pas connu par ailleurs. Nous n'en avons pas d'autre exemple, 8c Raynouard ne semble lui avoir donné ce sens que pour son rapport de forme avec des mots comme baratf baratar^ haratador. Mais cette réserve faite, on peut, à défaut de toute autre, admettre l'explication de Raynouard. Considérer haran comme la 3* pers. sing. du subj. présent d'un verbe barandar i^u^ l'on ne connaît pas, ou lui donner le sens de rang^ dignité^ position^ nous paraîtrait aussi arbitraire que de le traduire par supercherie, 8c n'irait pas sans rencontrer aussi des difficultés.

mielhs =: plutôt, de préférence à tout autre. Ce sens, un peu différent du sens ordinaire du mot 8c inconnu à Raynouard, est attesté par plusieurs autres exemples. Cf. Appel, CAreiiomtftAîe, au Glossaire^ de LoUis, Sordello, p. 289, renvoyant à Stimming, Bertran de Bom^ p. 349.)

retener paraît être un terme technique de la langue courtoise pour signifier ; accepter pour amant. Cf. Canelio, Arnaldo Daniello^ p. 216.

32. / =: par rapport à lui, représente lo plus bas, 8c par conséquent une personne. Sur cet emploi particulier du mot, cf. VI, 23, 8c la note.

33. Formules de protestation qui sont de style chez les troubadours :

Don, hom cochaU de folhatge Jur'e pliu e promet guatge.

(Appel, Chrestomathie, 64, 64.)

Que quascus pliu en sos digz cl afia.

(Arnaud de Marueii, in Jeanroy, Thèse lat., 37.)

Sur l'eVpression per ver, cf. la note au vers 23.

34. Sur ce sens particulier du mot res = personne, cf. la note au vers 23.

35. Sur ce sens d*alhor, servant à désigner aussi une personne, cf. E. Levy, Prov. Supplem. ff^oerterb., I, 5i.

*n = en, à cause de cela est employé ici par pléonasme, per yae n'ayant pas lui-même d'autre sens. C'est là un fait fréquent 8( dont nous avons trouvé d'autres exemples. Cf. encore Stimming, Bertran de Born^ 238.

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36. C*cst la même crainte que le poète avait exprimée ailleurs (VIII, 44), sans du reste s'y arrêter davantage. •— Nous avons ici à côté de la construction' de pro avec de^ déjà relevée au vers 12, l'autre construction sans de. Cf. la note au vers 12.

Nous avons déjà relevé un autre exemple tout à fait analogue de cette construction anormale de la phrase conditionnelle : le verbe de la proposition principale podet^ est au présent de l'indicatif au lieu du conditionnel, alors que celui de la proposition secondaire plagia est à rimparfait. Cf. la note à VI, 7.

37. cen tans. — En provençal tan 81 aitan^ accompagnés d'un nombre cardinal, sont considérés comme substantifs 81 suivent les règles de la flexion. Cf. de LoUis, Sordello, pp. 25o & 294.

38. pero = c'est pourquoi. Sur ce sens du mot, cf. VII, 21, & la note.

40. Sur la locution esser a far, cf. VI, 1 ; VIII, 19, & les notes. coras yue iia = à quelque moment que ce soit, un jour ou l'autre.

Sur ce sens de coras ^iie, cf. E. Levy, Proven^» Supplem, W^oerterbuch^

41. Sur Esclarmanda, plusieurs fois louée par le poète, mais toujours trop vaguement désignée, cf. V, 40; VI, 40; Vil, 49, 8c les notes

42. Ailleurs encore le poète avait expliqué 8( à peu près de même façon le nom de la dame. (Cf. VI, 40; VII, 49.) Sur l'expression per ver z=z vraiment, cf. la note nu vers 23.

43. dever signifiant à la fois « le devoir » 8c « ce qui sied m, nondever équivaut à « ce que Ton ne doit pas faire ».

SIRVENTES

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