‹ Le troubadour Guilhem MontanhagolChapitre 57 sur 84 · Guiraud de Borneilh dit de même · texte numérisé non relu

Guiraud de Borneilh dit de même

Toza, que deahonratz Es qui ama desamaU.

{Lo dous chant d'un auBcl.)

. 36. Sur le sent de se eastiar = se corriger de, renoncer à, cf. la note à VI, 12.

38. Il semble bien que lieys ait ici la valeur d'un yéritable génitif & qu'il faille entendre per lunh gaîiamen de lieys. Que la particule casuelle de puisse être sous-entendue, c'est là un fait connu, & que le déterminatif puisse précéder le déterminé, c'est ce que montre l'exemple cité par Diez : ses deu licencia = ses lieeneia de deu. Cf. Diez, Grammaire^ trad. franc., III, 128. Nous avons déjà trouvé une construction analogue l'autruy dreg = lo dreg d'autruy, (X, 28.)

42. FueVi sapcha. — Sur l'omission de la conjonction fiie, cf. la note au vers 26.

45. Malgré J'opinion de LoUis {op. cit., p. 287), nous croyons que, ici aussi bien qu'au vers 68, sos cors n'est autre chose que la locution périphrastique équivalente au pronom personnel h elle. Cf. la note à m, 8. Ce qu'il faut remarquer ici, c*est la possibilité de déterminer encore par une épithète le substantif cers^ de sorte que sor cors pre^at^ équivaut à : elle^ V honorée ^ l'adorée,

47. De LoUis n*a pas vu que le vers a une syllabe de trop dans le manuscrit $ il faut corriger 8c lire : ni qu'en lieys» On s'explique très bien que le eum du vers précédent ait pu, par erreur, se glisser dans celui-ci.

49. C'est à tort que de LoUis {pp, cit., p. 287) considère ici tenc comme construit avec le datif de la qualité 8c l'accusatif de la personne. En réalité, qui n'a d'autre valeur que celle du latin si quis == si quelqu'un, si Ton. Sur cet emploi du mot, cf. la note à I, 16.

50. en autruy chau\imen équivaut à en lo chau\imen d'autruy. Sur le sens 8c la construction du mot autruy ^ cf. la note au vers 38, 8c aussi celle à X, 28.

52. Nous sommes d'accord avec de Loi lis (op. cit,, p. 287) pour corriger le vers du manuscrit, trop court d'une syllabe, 8c pour rétablir le pronom o.

55. tot^ SOS pessat^ de la hela, — On pourrait songer à supposer une faute du manuscrit 8c lire ; los pessat^. Mais les exemples d'em-

ploif pléonjtti^oes do pronom ne sont pas rares en prorenfal, ^oe le génitif do possesseur précède on suive. Cf. Smm heUms soi fm'tsst /e lieis : ion tmsim dtl dolfin, cités par Dics, Grmmmmire, trad. franc., III, 66.

63. Sur le sens démonstratif de Ueys^ cf. la note an vers 27.

67. Jeu, non pas comme le dit de Lollis (/ec. cit.)^ = pourquoi, mais 4e la^mtUe e&ose^ de f «•<» se rapportant à ce qui précède : « De quoi si elle était bien persuadée... »

68. soi C0n = elle; mteus zzi Îù mieus (cerf) = moi. Sur la yaleur de cette locution» cf. la note an vers 45.

Il est inutile d'attribuer à ^it, comme le fait de Lollis, un sens particulier : di eià di eut z=z « de ce par quoi », & d'admettre une ellipse tout à fait exceptionnelle du pronom démonstratif. 11 en cite un autre exemple (cf. op. cit.f p. 267), mais qu*on pourrait expliquer tout autrement. En tout cas, pour le cas présent, do» n'a d*autre ▼a leur que celle du relatif de f ei, par ^ui : « Et de cela , si elle était bien assurée elle par ^ui )e suis tourmenté, m

Il faut remarquer comme exceptionnel cet emploi du pronom possessif mieus sans l'article défini.

70. Le manuscrit donne euy mais deuria. Sans doute, euy pourrait bien être ici le cas sujet du relatif. Sur les échanges de formes entre fuf & cny, cf. de Lollis, op. cit.^ 254. Mais comment entendre mais = plus, davantage? Faut-il admettre qu'il pourrait signifier plutôt? Encore cela serait-il peu satisfaisant. Nous croyons nécessaire de corriger en c'ueymais deuria^ 8c d'entendre don comme un relatif qui devrait être régulièrement rattaché à la première proposition relative par et. Mais les omissions de la conjonction entre deux propositions coordonnées ne sont pas rares. (Cf. XII, 11-12, & la note.) On a ainsi un sens convenable : « La joie qui désormais de* vrait m'échoir & qui me fait sécher d'envie. »

73. Sur la place des épithètes, riex, presat^, & l'omission de la particule er, cf. la note au vers 2.

75. proensals est séparé par une proposition tout entière du mot auquel il se rapporte. Cf. des constructions analogues, in Appel, Proven^. Inedita, XXVII. Ce comte provençal, c'est Raymond Bérenger, l'ancien ennemi de Raymond Vil, qui, au moment où écrit le poète, est devenu son ami, d'où les éloges qu'il lui accorde.

fi

A Lunel luit une lune brillante dont la clarté surpasse toutes les clartés; c'est de là que tirent leur éclat Joie, Courtoisie & Valeur & Gai Plaisir & Beauté & Jeunesse. Et quand elle commença à briller à Lunel, cette lumière qui éclaire du Toulousain jusque par delà la Provence, Joie & Courtoisie étaient dans les ténèbres; mais maintenant Lunel les fait resplendir toutes deux.

Le nom de ce flambeau est clair & lumineux, car à bon entendeur GauseranJa signifie précisément qu'ils seront gais & exaltés ceux qui verront son gai maintien, que joie sera donnée à qui elle sait plaire, & qu'ils réjouiront les autres par leur propre joie, elle & ceux qu'elle voudra rendre joyeux. Il est vrai, il est bon, ce nom, si l'on sait bien l'entendre.

Guiraut Amie, que les savants de Provence me disent^ s'il leur plait, leur façon d'entendre ce nom; car s'ils l'interprètent mieux, je n'en suis pas jaloux, tant je désire que ce nom s'élève par-dessus' les plus beaux.

Quand je vois maintenant avec le gracieux printemps les fleurs aux belles couleurs dans les vergers & dans les prés,

178 TRADUCTÎOIfS.

& que de tous côtés j*entends les oiselets chanterde plaisir, je veui faire une chanson jolie, qui sache plaire aux amoureux & à ma dame surtout, qui me doane le talent de trouver.

Oui, ils doivent servir Amour de tout leur coeur, les amoureux, car l'amour n*est pas un péché, mais uae verta qui rend bou3 les mauvais & meilleurs les bons. 11 apprend à IHiomme à bien faire chaque jour; d*Amour aussi procède Chasteté, car qui met en lui toutes ses pensées ne peut dans la suite mal agir.

Si donc l'amour a tant de vertu, elles sont insensées, les dames en qui réside la beauté, de ne pas aimer les hommes de cœur quand elles les connaissent bien pour tels. Car, ensuite, elles goûteraient le charme de Joie, de Courtoisie, des chants & de tous les beaux plaisirs. Mais elles ne feront pas une chose si sensée, à moins qu'Amour ne les y contraigne.

Amour, je chante vos louanges, car vous me faites aimer la plus belle, & par là je me suis élevé si haut que mourir même m'est un honneur, tant est grande sa noblesse. Et si elle m'accordait quelque joie, je sais bien que je ne mourrais pas, mais que je vivrais satisfait. Si cela me manque, je mourrai, & avant peu, car je l'aime tant que cela me consume le cœur.

Qui voit votre teint si frais, ô ma belle, l'éclat changeant

de vos yeux & vos sourcils si fins d'un éclat naturel,

quiconque vous regarde, ô mon amie, perd aussitôt toute malice. Et moi, hélas, qui plus que nul autre vous aime, je meurs à voir votre corps si gracieux, tant alors le désir m'étreint.

Noble valeur tomberait en abandon, si le glorieux roi de Castille ne la maintenait, lui qui en tout agit si noblement qu'on n'a pas à lui faire de leçons.

J'aime entendre les hommes d'armes faire sonner les trompes au milieu des combats, j'aime quand de part &

d'autre les meilleurs archers tirent à traits serrés & que je vois une forêt d'enseignes. Alors le cœur du guerrier tressaille & s'anime de fierté.

Comte du Toulousain, plus j'examine les puissants, plus je vous vois au faîte de l'honneur, & je souhaite que Dieu m'accorde son amour, aussi vrai que votre noble valeur s*élève par-dessus la plus haute. Mais que celui qui aujourd'hui vous offense ne soit plus jamais aveuglément accueilli par vous comme ami.

Nous avons vu la Marche, Foix & Rodez faire défection tout de suite, dès le premier besoin. C'est pourquoi je les accuse, au nom de l'honneur & de la valeur dont chacun d'eux se dépouille. Car ils viennent d'entrer dans une telle voie qu'il ne se peut qu'Honneur les avoue encore pour siens.

Je ne pense pas qu'il se lave jamais de son crime (car il s'est chargé d'un forfait pire que celui de Caîn), celui qui peut maintenant renoncer à l'amitié du comte de Toulouse. Qui fait défection à son seigneur ou manque à ce qu'il lui doit aura forcément à s'en repentir.

Si le roi Jacques, à qui nous n'avons pas manqué de parole, eût tenu ce qui, dit-on, avait été convenu entre lui & nous, les Fraiiçais, à coup sûr, auraient grande douleur & seraient dans les pleurs. Mais comme il fait défaut & ne prend pas les armes, tout le monde le regarde avec mépris.

Anglais, couronnez-vous de fleurs ou de feuillage. Ne vous donnez aucune peine, même si l'on vous attaque, jusqu'à ce que l'on vous prenne tout ce que vous avez.

Je vois qu'on laisse l'honneur tout à fait de côté; personne nulle part ne s'en met plus en peine. Autour de moi l'on ne se propose plus rien de noble^ & tous les cœurs sont tournés vers la richesse. C'est mal aux clercs & aux Frères Prêcheurs de défendre ce qui ne leur plait pas, à savoir que par souci de l'honneur on donne ou l'on fasse des libéralités. Qui méprise ainsi l'honneur & la générosité n'a pas le cœur bien placé.

iSo TRADUCTIONS,

Car Dieu veut que Ton recherche rhoiiiieurSc la louange, & Dieu, je le sais, se fit vraiment homme. Et l'homme qui va contre les desseins de Dieu, alors que Dieu lui a fait l'honneur de le créer à sa ressemblance, noble, puissant & plus près de lui que nul autre être, cet homme-là est fou s'il n'a pas le souci de son honneur. Qu'il cherche plutôt à se conduire en cette vie de telle sorte que dans ce monde ou dans l'autre il soit récompensé.

Maintenant, les clercs se sont faits inquisiteurs & jugent selon leur caprice. Ce n'est «pas que l'Ioquisition me déplaise; j'aime, au contraire, qu'on poursuive l'erreur, & qu'avec des discours persuasifs, sans haine, on ramène à la foi les hérétiques égarés ; je veux aussi que si l'on se repent l'on trouve son pardon, & que les inquisiteurs travaillent de telle sorte qu'ils respectent les droits du juste & de l'injuste.

Ils disent une folie bien plus grande en prétendant que les étoffes d'or ne conviennent pas aux dames. Pourtant, si une dame ne fait rien de pis & si elle n'en conçoit ni orgueil ni hauteur, ce n'est pas pour une belle mise qu'elle perd Dieu & son amour. Personne, en effet, si par ailleurs sa conduite est pure, ne s'aliène Dieu parce qu'il se met bien, & ce n'est pas parce qu'ils ont, eux, des vêtements noirs ou un froc blanc qu'ils conquerront le ciel s'ils ne font rien autre chose.

Tous nos clercs renoncent, pour l'amour de Dieu, au siècle pervers, & leurs pensées ne sont tournées que vers l'autre vie. Que Dieu les garde du déshonneur, aussi vrai qu'ils sont sans orgueil & sans hauteur, qu'ils ne sont pas égarés, possédés par la convoitise, 8c qu'ils ne désirent rien des belles choses qu'on voit. Ils ne désirent rien, & pourtant ils s'en vont emportant tout sans se soucier du dom* mage qu'ils font à Tun ou à l'autre.

Sirventes, va vite au vaillant comte de Toulouse : qu'il lui souvienne de ce que lui ont fait les clercs, & que désormais il se garde d'eux.

TRADUCTIONS.- l8l

Non, malgré la perversité des riches, à qui rhonneiir déplaît, je ne veux pas renoncer à la joie & au noble maintien. Et pourtant l*honneur leur est si odieux que par sottise chacun d'eux l'abandonne.

Mon seul sujet d'émoi, c'est de voir comment la Provence a pris un autre nom. Son crime fut tel qu'elle en a perdu toute loyauté. Aussi désormais s'appellera-t-elle terre de la trahison : elle a changé un noble & vaillant seigneur pour un mauvais, & elle y a laissé son honneur.

Je voudrais bien que l'idée vint au roi d'Aragon de chercher querelle aux Français. Il bat, fait prisonniers, taille en pièces ces Turcs contre lesquels les Français sont sans défense, & qui règne sur les vainqueurs aurait sans doute vite fait de vaincre les vaincus.

S'il ne court pas aux armes, son abstention est coupable, & il en est de même du comte qui possède Toulouse. Ils n'ont plus désormais d'autre salut, car s'ils ne se soutiennent pas l'un l'autre, les Français iront plus loin encore.

Mais, non, hélas! il n'y aura pas de guerre. Personne ne se met plus en peine de faire ce qu'il doit, tant on prend peu souci de l'honneur. Car, si l'on reçoit un affront sans chercher à le venger ou à s'en laver, c'est vraiment trop de bassesse.

Guilhem de Moncada maintient le culte de l'honneur, alors que maint riche s'en dépouille, & c'est à lui grand mérite.

Esquilheta, la noble & pure Esclarmonde sait garder tout son prix, aussi agrée-t-elle aux gens de cœur.

J'aurai à faire une chansonnette facile, puisque j'en ai l'ordre de mon amie. Sans cela, je n'ai pas de raison de la chanter, car la joie & la courtoisie déplaisent aux puis-

l82 TRADDCTTOlfS.

sants, fant ils sont devenus mauvais. Mais pour eux je ne dois pas m'abstenir de chanter : il me suffit de pouvoir plaire à ma dame.

Il me suffît que ma dame me soutienne. Aussi ne saurais-je flatter les riches pervers, puisqu'ils ne veulent pas se corriger de faire chaque jour le mal. Ils ne peuvent y renoncer, & puis ils songent à pratiquer la courtoisie, & mon cœur en est indigné.

Les dames sont coupables en ceci que la joie se perd & que l'honneur s'en va. Car si elles consentaient à aimer, le monde serait gai comme autrefois, les chevaliers seraient jaloux de leur honneur & chacun rechercherait pour luimême la vertu, mais tout n'est plus que perfidie.

D'eux tous il m'importe peu, pourvu que Dieu me conserve ma dame & qu'elle m'accorde ce que je voudrais avoir d'elle. Mais elle ne peut rien me donner : je suis tellement sien que tout ce qu'elle me donnerait serait encore à elle comme avant de me le donner. Car je n'ai & je n'aurai ni coeur, ni rien de si précieux qui ne soit tout entier à elle.

Vers le vaillant roi d'Aragon, qui s'attire des louanges» va-t-en, chanson. C'est un roi qui, à moins qu'il ne change, sait rendre à Dieu & à l'honneur ce qu'il leur doit. Mais qu'il y prenne bien garde : Dieu & l'honneur ont précisément ceci de commun qu'on les perd dès qu'on s'écarte d'eux.

Que Dieu protège & conserve Esclarmonde : elle est sans égale par sa rare beauté, & elle plaît par sa grâce enjouée. Le nom dit, si on sait Tentendre, qu'elle est nette & pure de toute folie.

Les anciens troubadours n'ont pas tant parlé du sujet d'amour jadis au temps 'joyeux, que maintenant encore nous ne puissions après eux faire de beaux chants à la fois nouveaux, agréables 8e sincères. On peut, en effet dire des choses qui n'aient pas été dites; du reste, un poète n'est grand & n'a de mérite que lorsque ses chants sont nou-

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veaux, gracieux, bien composés, sur des pensées nouvelles & d'un art nouveau.

Mais dans leurs poésies les débutants parlent tant & tant d'amour qu'en parler de nouveau est chose rebutante. Mais ce qui est nouveau, c'est quand les maîtres disent ce qui n'avait jamais encore été dit en poésie, c'est si l'on dit ce que l'on n'avait pas encore entendu, & si l'on exprime, comme moi, des idées qui ne l'avaient pas été. Car Amour m'a donné ma science & m'inspire si bien que, si la poésie n'existait pas déjà, je la créerais.

J^aime à chanter quand je pense au grand honneur qui me vient d'amour, & je veux essayer d'en faire de beaux chants. Car celle qui agrée mes vers & ma louange a la fleur de la beauté qui naît. Aussi je vous assure qu'on ferait mieux de croire que sa beauté vient du ciel, car elle semble si bien être une œuvre du Paradis que sa grâce ne parait pas être celle d^une mortelle.

C'est de la part des dames une bien grande folie que de faire tant de difficultés pour se laisser aimer. Car toute dame qui reconnaît que son amant est sincère commet une faute si elle tarde à l'agréer. On vit, en effet, moins longtemps qu'on ne faisait autrefois. Je voudrais donc que cette fâcheuse coutume de trop longs délais disparût, car, à mon avis, Ton vivrait plus longtemps si l'on connaissait les joies de l'amour.

Elle se nuit à elle-même la dame qui se fait hautaine 8e s'irrite quand on la prie d'amour. Il lui vaut mieux souffrir un soupirant que de commettre par ailleurs de vilaines fautes. Car il y a de telles dames; on ne voudrait pas le croire, même si on le disait, tant le fait est honteux. Et Ton voit Amour tomber, s'en aller, disparaître parce qu'elles entendent si mal le souci de leur dignité.

Pour moi, j'aime & je sers une dame q ui ig QflCfi les trahis ons d' amour; aussi je ne veux ni ne dois m'écarter d'elle. Je la tiens pour la meilleure, pour la plus belle, & c'est pourquoi l'amour m'attire vers elle. Bien fou, en effet, l'amant qui ne fait pas choix d'une personne digne d'être aimée. Qui aime en bas lieu, s'abaisse lui-même; c'est aux meilleures que l'on doit porter ses hommages, & de la naissent Merci, Valeur & Courtoisie.

Esclarmonde, qui vous êtes, vous & Guise, chacun de vos noms le dit assez. Chacun d'eux est en effet si précieux & si pur que qui l'a dans l'esprit est, de tout le jour, à l'abri du mal.

Je ne m'abstiendrai pas, pour homme qui m'en blâme, de faire partager ma joie aux autres, puisque Amour veut bien m'en donner, & de faire sur un mode gai une chanson joyeuse qui réjouisse avec moi les fidèles amants. Car la joie ne saurait nous plaire quand les autres sont attristés de ce que toute joie nous est donnée. On ne doit, en effet, goûter la joie d'amour que si l'on sait se garder des fautes & si l'on ne prend pas un égal plaisir au bien & au mal.

Savez-vous pourquoi je crains maintenant que disparaissent l'amour, la courtoisie, l'honneur & toute vertu? C'est que des puissants qui devraient le plus honorer Amour, nous voyons la plupart l'abandonner. Aussi, à ceux qui s'éloignent de lui, refuse-t-îl joie, honneur & tout avantage, 8e il se promet bien, si jamais il a l'occasion de tenir sa promesse, de rester sourd à leurs prières ; &, pour moi, j'aime que les traîtres soient trompés à leur tour.

Mais je crains bien, par suite de la perversité qui de nos jours est honorée plus que l'honneur même, qu'il en soit de l'amour comme jadis de ce sage qui sut se mettre à l'abri de la pluie qui rendit fous les autres. Eux le tenaient lui seul pour fou, jusqu'au moment où, au contact de leur folie, il perdit lui aussi sa raison & s'en alla sous l'eau qui rendait fou. 11 en sera de même pour Amour, car, par le temps qui court, il faut que le mal disparaisse, sans cela je vois où l'honneur pourrait trouver un abri.

Amour m'honore comme le plus fidèle, quand il veut que je chante pour égayer les esprits. C'est qu'il me sait plus fidèle qu'un autre à son service & que jamais je n'ai manqué à ce que je lui dois. Aussi je lui rends mille grâces, & de bon cœur. Car il m^a fait placer mon coeur en si haut lieu que ma joie grandit chaque fois que je pense & que

)e considère combien ma dame se fait préférer à la meilleure par son mérite gracieux & sa dignité supérieure.

Mais moi, je fais comme le cerf qui voyant dans l'eau d'une fontaine s'agiter l'ombre de ses cornes en conçut un grand orgueil jusqu'au moment où il se prit à regarder ses longues pattes maigres. Il les aima moins que ses bois, qui lui paraissaient élégants. Pourtant, ces mêmes pattes l'avaient sauvé jusqu'au moment où les cornes le firent prendre & tuer. Et je fais comme le Cerf, moi qui, pour celle qui me tue de désirs, méprise les satisfactions que l'amour d'autres dames me donnerait.

Mais, outre l'honneur, c'est un grand profit, au lieu de désespérer tout à fait, de choisir une personne noble & haut placée. Car tout amant doit prendre garde que la folie ne l'égaré. Mais vous, Amour, m'en avez bien gardé, vous qui m'avez fait aimf r celle qui a dans sa fleur la beauté & toutes les qualités qui rendent une dame aimable. Je suis impuissant à faire l'éloge de ses grands mérites; mais, si cela peut' lui plaire, partout je m'honore de mon amie.

Âlgaye a tant de raison & de noblesse, & elle se plaît tant à me protéger, que je veux faire d'elle & de ma dame l'agrément de mes chants, qu'on le trouve bon ou non.

C'est sans raison qu'une dame diffère sa joie, qu'elle évite, qu'elle fuit son soupirant, quand elle le connaît pour un bon chevalier, sans que l'on en puisse en douter, dans la réalité comme dans l'apparence. Trop tarder en amour est folie, & maint amant en vient à désespérer. Une dame na rien à redouter pour l'avenir, quand elle est en présence d'un amour sans feinte & sans tromperie.

Bonne dame au beau corps avenant, la beauté vous élève par-dessus la plus belle, & le mérite par-dessus la meilleure. C'est un grand honneur qu'elles vous font; aussi devez- vous faire ce qu'elles vous commandent. Valeur vous dit de toujours bien faire, & Amour veut que vous aimiez non d'après le rang social^ mais le plus fidèle, même s'il est

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moins haut placé. Moins il serait riche & puissant, plus il vous aurait de reconnaissance.

Je me suis choisi & donné à vous, madame, sans perfide pensée & d*un cœur loyal pour bien veiller sur votre hou* neur. C'est ainsi que jadis Frédéric se désigna lui-même comme roi. Il prit lui-même la couronne, car personne n*en était plus digne que lui. Et de même, je vous dis que po>ir garder votre honneur, personne ne me peut valoir, car véritablement personne ne vous aime autant que moi. Je vaux donc mieux pour vous qu'aucun autre ne saurait le faire.

Oui, une dame peut, sans commettre une faute, faire choix d'un amant sincère d'un rang égal au sien ou un peu supérieur. Pourtant, ce n'est point un crime, si elle choisit quelqu'un au-dessous d'elle, quand elle voit en lui du mérite & qu'elle ne soupçonne pas de perfidie. Car cet amant plus humble lui est toujours reconnaissant des faveurs qu'elle lui accorde, plus qu'un amant d'un rang plus élevé qu'elle ou qu'un de ses pairs. Aussi doit-elle le préférer, car elle a sur lui plus de pouvoir & de souveraineté.

Vraiment, madame, je vous jure, vous assure & vous fai^ savoir que je n'aime rien autant que vous que j'honore. Pour cet amour, je renonce à bien des plaisirs qui pourraient me venir d'ailleurs. C'est sans doute de ma part une grande folie, mais vous pourriez, si vous le vouliez, compenser ma perte & au centuple. Cela devrait pourtant vous décider à le vouloir. Pourquoi refuser? Je vous dis qu'un jour ou l'autre il vous faudra le faire.

Esclarmonde, votre nom signifie que véritablement vous éclairez le monde & que vous êtes pure, car vous ne fîtes jamais que ce que Ton doit faire. Vous êtes telle que vous deviez être pour un si beau nom.

Nul homme n'a de prix, ne mérite d'estime que s'il s'applique de toutes ses forces à valoir, car chacun doit valoir selon son rang, ou la vie ne lui apporte que honte. Que

celui-là donc qui veut avoir une valeur véritable tourne vers Amour son cœur 8c son espoir, car Amour inspire les actions nobles & qui plaisent, fait vivre les hommes comme ils doivent, amène la joie & délivre de la tristesse.

Je n'appelle pas amant celui qui, en amour, porte la tromperie. Il n*aime pas & ne doit pas être aimé celui qui invite sa dame à commettre une faute. Car, pour rien, un amant ne doit vouloir ce qui pourrait déshonorer sa dame. L'amour est, avant tout, ce qui relève la personne que l'on aime & que Ton désire d'un cœur pur. Qui veut d'avoir d'elle autre chose trahit le nom d'amour.

Jamais le désir n'eut sur moi assez d'empire pour me faire souhaiter de celle à qui je me suis donné une chose qui ne dût pas l'être. Je ne tiendrais pas pour tel un plaisir qui pourrait l'avilir; je ne pourrais pour rien au monde me réjouir de ce qui pourrait lui nuire. Un véritable amant doit rechercher l'intérêt de sa dame, cent fois plus que le sien même.

L'amant sincère n'est pas desmesuré» Il aime en gardant la mesure, car, entre trop & peu, il y a place pour une juste mesure. Sans cela, on se desmesure & l'amant ne fait plus que du mal. Qu'il me croie donc, qu'il suive mon exemple & rompe avec le mauvais usage. Les mauvais amants méritent que Dieu ne les aime pas; à ceux, au contraire, qui agissent selon le bien, il accorde tous les bonheurs tôt ou tard &, en tout cas, au jour de la mort.

Les nobles chevaliers du temps passé ne recherchaient en amour que l'honneur, & celles en qui résidait la Beauté ne faisaient rien qu'elles ne dussent faire. Aussi étaient-ils les uns & les autres haut prisés, car ils tendaient tous & uniquement vers l'honneur. Mais, de nos jours, l'honneur est méprisé; les amants ont d'autres maximes qui causent la honte ou la perte de plus d'un.

Pour cette satire, je serai attaqué par tous les mauvais amants & par celles en qui règne la fausseté. Car leur cœur est en proie aux défauts que je blâme. Mais qui tolère le mal en devient le complice. L'homme de bien a l'horreur de tout mal, & le devoir du sage est de garder le fou de l'erreur. C'est pour cela que j'attaque les faux

l88 TRADUCTIONS.

amants, & slls en ont de l'ennui, moi j'ai du plaisir à le faire*

Aux Castillans, Dieu fait tant d'honneur qu'ils ont toujours des rois vaillants, estimés, & les meilleurs qui soient au monde. Mais maintenant ils ont mieux encore. Leur roi est jeune d'âge & a la sagesse d'un vieillard ; & il a plus de plaisir à donner que son obligé à recevoir.

Plus l'on a de vertu, plus Ton doit se garder des fautes. 1/homme de bien peut aisément faillir. Le méchant, lui, ne commet pas de faute quand il fait le mal. Car c'est une nécessité pour lut de faire le mal comme pour les bons de faire le bien.

Je n'aime point entendre les méchants accuser les mœurs du temps : ils pensent cacher leur malice sous leurs médisances. Dieu pourtant leur donne chaque année & en quantité le vin & le froment; ils ont beaucoup d'or & d'argent, mais ils ne dépenseront jamais rien pour le bien; au contraire, plus ils sont riches, moins ils valent.

Mon Dieu! comment un homme riche peut-Il s'empêcher d'être libéral, d'être à tous hospitalier? Comment peut-il se retenir de donner, quand il a les moyens de le faire P Dieu-, en cela, a bien suivi sa fantaisie : il n'a pas donné beaucoup à ceux qui donnent beaucoup, peu à ceux qui donnent peu.

Je vois bien un certain progrès, une certaine recherche en ce qui concerne les vêtements, la parure, tout l'extérieur; on tient à être bien mis. Mais, pour ce qui est de la libératité & du service d'amour, je ne vois aucun effort vers le mieux. Que deviendrez- vous pourtant, riches? Il vous faudra mourir un jour ou l'autre. Prenez garde de n'être pas surpris par le temps.

Comte de Comminges^ l'on pourrait venir à vous sans crainte : votre nom signifie protection, si on sait bien l'en» tendre. Aussi doit-il venir en aide aux malheureux. De même que les fidèles croient trouver le salut dans la com-

munion, Commingesdoit avoir la vertu de sauver ceux qui croiront en lui*

Empereur, vous avez eu vous haute vertu & honneur & sagesse, & votre valeur s'élève si haut que je veux faire de vous rornement de mon chant.

Guise, je ne me repens pas de me louer, car il me sied de le faire. Mais des vôtres, je ne me loue en aucune façon, s'ils ne font pas mieux à Tavenir.

Dans le monde, chacun se plaint d'autrui : les clercs des laïques, 8c aussi les laïques des clercs. Et les peuples se plaignent de leurs seigneurs pour la desmesure qu'ils montrent, & souvent aussi les seigneurs de leurs peuples. Ainsi le monde est plein de passions mauvaises. Mais voici que de rOrient arrivent lesTartares qui, si Dieu ne Tempèche, les mettront tous au même niveau.

Pour maint forfait & mainte vilenie que clercs & laïques ont faits par malice, il arrivera, si les chrétiens ont ce malheur & si Dieu ne les prend en pitié, il arrivera, dis-je, que le Pape arrangera ce qui fait leur dispute. Et s'il leur fait la grâce de les mettre d'accord, jamais plus rien ne pourra leur nuire.

Ah! pourquoi le clerc veut-il avoir de beaux habits^ Pourquoi tient-il à une vie fastueuse^ Pourquoi veut-il avoir de beaux chevaux, quand il sait que Dieu voulut vivre pauvrement^ Pourquoi désire-t-il tant le bien d'autrui? Pourquoi le convoite-t-il, quand il sait que tout ce qu'il emploie ou dépense en plus d'une nourriture & de vêtements ordinaires il l'enlève aux pauvres, si TEcriture n'est pas trompeuse?

Et les grands seigneurs, pourquoi ne se gardent-ils pas de toute injustice, de toute violence envers leurs sujets? Je ne tiens pas, en effet, pour un excès moindre de faire violence aux siens que de prendre le bien d'aurtui. C'en est un plus grand au contraire & la faute est double. Si, en effet, on ne protège pas, autant qu'on peut, les siens contre

IÇO TRADUCTIONS.

autrui ou contre soi-même, ou est vraiment si coupable à leur égard que l'on en perd toute droiture.

Mais tout peuple manque de bon sens qui peut offenser son seigneur. Car tout homme doit aimer d'un amour sincère & servir loyalement son bon seigneur. Et quant au seigneur, il faut qu'il aime véritablement ses gens, & la loyauté leur commande de s aimer l'un l'autre si cordialement qu'entre eux il n'y ait pas de place pour la fausseté.

Roi de Castille, l'empire vous attend; mais, autour de moi, l'on dit, seigneur, qu'il attend comme un Breton, & de cela l'on se plaint beaucoup. Car un vrai roi quand il entreprend quelque chose de grand doit l'achever ou en accepter les conséquences.

Qui veut agréer & plaire doit honorer en faits & en paroles tout le monde, chacun selon qu'il le mérite. Qu'il ne soit ni hautain ni sévère à l'excès, mais qu'il ait en lui discrétion & mesure, & qu'il soit le même au dedans & au dehors. Tout homme de bien doit avoir honte de mal peuser autant que de mal parler.

Jamais une mauvaise pensée ne doit loger en un coeur loyal : qu'elle se dirige ailleurs & se change tant qu'aucune plainte ne s'élève. Qu'en lui ne vienne aucun désir fou. Un homme est sans valeur si un désir insensé peut le dominer & lui fait perdre la raison pour commettre une faute. En toute action, l'homme de bien doit regarder avant de la faire si elle sera pour lui un dommage ou un bien.

Rien dans le monde n'est plus apprécié que la mesure. La valeur, en effet, consiste pour chacun précisément à valoir selon son rang. Et la mesure n'est autre chose que ce qui de trop & de peu ôte l'excès. La raison la forme à égale distance de l'un & de l'autre, fait une vertu de ces deux défauts en ôtant à chacun d'eux ce qu'il contient de mauvais.

Il y a des gens libéraux sans discernement. Ce n'est pas

libéralité, mais folie, si Ton donne de telle façon que Ton ne s'attire aucune louange. Ce n'est pas un mérite, mais une faute & une sottise, si l'on donne aux gens plus qu'ils ne méritent. Si on leur donne moins, la faute est plus grande encore. Il perd ses libéralités & ne gagne qu'un mauvais renom, celui qui de ses dons a banni la mesure.

Tous les gens, en effet, n'ont pas un égal mérite; aussi le sage estime»t-il surtout les meilleurs. Mais, de nos jours, les grands n'aiment comme poètes que ceux qui crient follement : par là, ils mériteraient d'être blâmés & accompagnés de clameurs de mépris. Parce que ces fous louent sans discernement leurs mauvaises actions, ils aiment leurs éloges; mais folle louange tombe, car elle n'a pas pour soutien la raison.

Tout homme doit être réservé & indulgent s'il veut faire briller sa valeur dans le monde; &, s'il craint Dieu, il grandira en dignité, en loyauté & en noblesse. Il trouvera la mesure & le discernement qui le feront vivre selon la courtoisie, qui lui feront fuir le mal & lui inspireront de nobles actions; de cette façon, il aura un mérite supérieur.

Koi de Castiile, vous êtes sur un trône où de tout temps on a trouvé la valeur. Et pourtant, par vos actions nobles, rares & bonnes, vous savez, seigneur, honorer cette place en même temps que vous.

Seigneur Sordel, j'ai Tordre du puissant & aimable comte de Provence, dont le mérite est si haut, de vous demander ce qui vous plairait davantage & ce qui serait plus agréable ^que votre amie connût votre cœur & comment vous l'aimez ou que vous vous connaissiez le sien,& si elle vous aime ou si elle vous trompe. Choisissez à votre guise; pour moi, je sais bien ce que vous choisiriez, si l'on n'était pas là pour vous en reprendre.

Montanhagol, j'aimerais cent fois mieux que celle pour qui je meurs vivant connût bien, où qu'elle fût, mon cœur qu'elle tient en tourment, j'aimerais bien mieux cela que

de connaître le sien. Car si la vérité lui montrait combien je souffre par son fait, elle en prendrait pitié, ou son cœur serait dur comme pierre, froid comme glace, & elle m'accorderait sa merci.

Sordel, mieux vaut vraiment que vous connaissiez le cœur & la pensée de celle que vous aimez fidèlement, si elle vous aime ou vous trompe, car souvent sous un beau semblant se cache une grande fausseté. Et si vous vous trouvez trompé, vous semblerez insensé si puis vous aimez sans être aimé & suivez cette folie, car, lorsqu'on voit ses erreurs, on est fou si l'on ne s'en corrige pas.

Montanhagoi, je ne considère pas comme une trahison de celle que j'aime & sers loyalement s*il lui plait de causer ma mort. Aussi je veux qu'elle connaisse bien, où qu'elle soit, mon cœur fidèle que je lui donne. Car bientôt se tournera en joie le mal dont je souffre, lorsqu'elle saura, elle, rhonorée, comme je languis jour & nuit & qu'en elle à qui j'appartiens est ma mort & ma vie.

Sordel, c'est folie, à mon avis, si Ton fait dépendre toute sa vie du discernement d'autrui, quand on peut en être le maître. Aussi il vaudrait mieux que vous connaissiez la vie du cœur & les pensées de la dame que vous chantez, oui, cela vaudrait mieux que si elle apprend combien vous voulez la tromper, si elle venait a vous croire. Si elle est telle que vous la louez, elle sera folle d'avoir confiance en vous.

Depuis que, sans arrière-pensée, je me suis donné, Montanhagoi, à celle qui m'a sans contestation possible, je n'ai plus été maître de moi-même; mais fidèle, je languis sous sa seigneurie. Si elle en était bien convaincue, elle qui fait mon tourment, je serais bientôt couronné de la joie qui devrait désormais m'échoir & qui me fait mourir d'envie & de mauvais sentiments.

Sordel, que le puissant & honoré comte de Provence, en qui brille un sens subtil, juge, s'il lui plait, ce débat ; car, à mon avis, aucun autre homme vivant ne le pourrait mieux faire.

Puisque, en effet, mon seigneur est vanté, qu'il est sans peur & redouté de ses ennemis, qu'à lui, Montanhagoi, soit laissée la décision, bonne ou mauvaise, quelle qu'elle soit.

APPENDICE

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