ACTE UI, SCÈNE III. ^J
choniiette, qu'est-ce que vous avez fait là, bon Dieu!...
FANCnONISETTE.
Ce que j'ai fait!... Voyons, que veux-tu dire?
CANDIDE, avec rept-qclie.
Où avez-vous passé la nuit dernière , Mademoiselle?...
FANCIIONNETTE.
Malheureux?... tu m'espionnais donc?...
CANDIDE
Oh I non, Mam'zelle!... mais je vous suivais partout... lo jour!... le soir!... et la nuit... comme celle-ci, par exemple, que j'ai passée tout entière, mourant de froid, sur une borne, devant ce grand hôtel... où je vous ai vue entrer, hier au soir, et d'où vous n'êtes pas ressortie.
C'est vrai !
CANDIDE, avec désespoir.
Vous en convenez!... Adieu, Mam'zelle; le fleuve m'attend!...
FANCHONNETTE, le retenaat.
Arrête!... je te l'ordonne... car je n'entends pas que tu emportes une mauvaise opinion de moi... je veux que tu m'estimes... que tu m'aimes... (A, part, soupirant.) ne fùt-ce que pour tâcher d'en oublier un autre... (Haut.) Écoute-moi donc, mon bon Candide...
CANDIDE, se contraignant.
J'écoute, Mam'zelle, j'écoute!...
FA?iCnONNETTE.
C'est toute une histoire... la mienne.-. J'avais quinze
ans... plus de famille... pas un ami... seule, abandonnée dans une grande ville de province, il me fallait aller chanter par les rues pour gagner le pain de la journée... Oh! ça me coûtait beaucoup... mais, la faim, ça donne du courage... '
CANDIDE
Et de la voix...
Pas toujours.-. Une fois, que je n'avais pas déjeuné... et guère plus dîné... je chantais aux portes de la ville... La nuit venue, je n'avais pas encore étrenné, comme on dit, quand un beau carrosse s'arrête devant moi... un vieillard au noble visage me regarde, m'écoute, me jette un louis d'or et disparaît...
CANDIDE
Brave homme I...
Le lendemain, il revint et me jeta de nouveau la même offrande... Pendant un mois, tous les soirs, même visite et même rente... mais, tout à coup, il ne revint plus... et je rentrai toute triste dans mon pauvre réduit, car j'étais malheureuse de ne plus le voir... Oh! non pas pour son argent... grâce à lui, 'j'étais pour longtemps à l'abri du besoin... mais il avait l'air si bon, si faible et si triste, que je l'avais pris en pitié et que je l'aimais déjà comme un père...
CANDIDE
Et vous ne l'avez pas revu?...