ACTE II
ISABKLLE.
A Dieu ne plaise ! Je ne voudrais pas que la vie d'un seul homme fût sacrifiée pour moi.
HAMliLlNE.
Et comment, je vous prie, tête folle, distinguerait-on une dame de haute naissance d'une vile laitière, si ce n'est qu'on rompt des lances pour l'une et de simples bâtons de coudrier pour l'autre? Lisez les fastes de notre maison, vous y verrez ce que les femmes ont coûté à la chevalerie. Moi-même, j'étais à peine à la fleur du printemps, lorsque la fameuse passe d'armes d'Afflighem fut donnée en mon honneur! Elle dura trois joursl On y compta: une épine du dos démise, deux clavicules fracturées, trois jambes et quatre bras cassés, sans parler d'un si grand nombre de contusions, que les hérauts d'armes ne purent en dresser la liste.
ISABELLE
Quelle perte pour la postérité !
HAMELINE
Si vous aviez seulement moitié autant de cœur que vos ancêtres, vous feriez publier un tournoi dont voire main serait le prix, comme celle de votre bisaïeule, la belle Cunégonde, d'heureuse mémoire; vous vous assureriez ainsi la meilleure lance d'Europe.
ISABELLE
Mais non, peut-être, le meilleur mari; car j'ai ouï dire à ma nourrice que cette aïeule , de si heureuse mémoire, était souvent grondée, et quelquefois battue.
HAMELliNE.
Et pourquoi non? Pourquoi ces bras victorieux accoutumés à distribuer de bons horions, en rase campagne, déposeraientils toute énergie en rentrant chez eux? J'aimerais mieux être battue deux fois par jour que d'être la femme d'un poltron qui a'oserait lever la main ni sur un homme, ni sur sa femme!
ISABELLE
Je vous souhaiterais beaucoup de bonheur dans une telle union, chère tante, mais, je l'avoue, sans envier votre sort.
Une marche jouée sur la cornemuse se fait entendre au fond.)
HAMELLNE.
Quel est ce bruit?
RISPAH.
« C'est la marche des gardes écossaises qui viennent prendre Place dans la galerie.
ISABELLE
L'heure de la cérémonie approche.
RISPAH.
Et le roi ne lardera pas à paraître.
HAMELINE
Ces archers écossais sont de fort beaux hommes. L'un d'eux était de planton, je crois, auprès de notre appartement, et il m'a saluée avec une grâce tout à fait chevaleresque. Mais, Dieu me pardonne, c'est lui qui vient là.