‹ Le truquage; les contrefaçons dévoiléesChapitre 7 sur 35 · YEA.RS OLD · texte numérisé non relu

YEA.RS OLD

{Vieille de ce7it vingt ans).

Le commerçant fut condamné à six mois et l'ouvrier à deux mois d'emprisonnement : in both cases with hard labour, l'un et l'autre avec « de dures peines ».

Pendant l'année 1 878, la « Goldsmiths' company » fit payer à plusieurs fraudeurs deux cent quarante livres d'amende pour avoir mis en vente vingt-quatre fourchettes portant la marque d'essai d'une bonne période, et une fort grosse somme aussi pour un calice du temps de la reine Anne, transformé en cafetière à l'aide de manches, de pieds et d'un bec adroitement ajoutés.

Ergo caveant emptores! s'écrie l'auteur anglais.

C'est aussi mon avis.

Chaque année, les marchands hollandais qui viennent faire des ventes au commencement de la saison à l'hôtel Drouot apportent, avec une quantité innombrable de faïences de Delft et de porcelaines de Chine, une masse énorme d'objets en argent. Ce sont des vidrecomes incrustés de médailles, de grandes cafetières au bec aplati, des soupières rondes, des gobelets avec des ailes de moulin, des couteaux au manche recourbé comme un yatagan, puis des petits jouets de toutes sortes, brocs, grilles, briquets, commodes, casseroles et poêles à frire. Tous ces bibelots, car tel est le seul nom qu'on puisse leur donner, dédaignés par

des collectionneurs sérieux, ne sont jamais dans leurs vitrines, mais ils font la joie des curieuses inexpérimentées qui en surchargent leurs étagères.

Inutile de dire que la plus grande partie de cette argenterie de pacotille provient d'une fabrication récente. La Hollande économe a été, j'en conviens, tellement richissime par ses colonies au dix-huitième siècle, que l'argent trop abondant remplaçait partout le cuivre. Tout se faisait avec ce métal, jusqu'aux pelles et aux pinces des foyers; mais il y a beau temps qu'en des jours de détresse la patrie de Rembrandt a converti en beaux et bons florins ces témoins inutiles d'une splendeur déchue.

Les anciens bijoux grecs et romains, les pendeloques émaillées de la Renaissance, les bagues épiscopales du moyen âge, l'orfèvrerie ciselée de l'école de Benvenuto Gellini, se fabriquent dans toute l'Allemagne.

Un marchand établi à Francfort occupe à l'année des ouvriers à Augsbourg pour faire du vieux. Les Russes et les Anglais de passage se rendant aux stations thermales du Rhin sont rançonnés par lui sans aucun scrupule.

On raconte même qu'il avait réussi à vendre une parure grecque en or et du plus gracieux modèle au musée germanique de Nuremberg. C'était certainement l'une des plus belles étalées dans les vitrines, et à coup sûr la mieux conservée.

Malheureusement, un bijoutier d'Augsbourg qui

avait travaillé pour lui vint un jour au Musée, et prévint le conservateur de la mystification dont il avaii été l'objet. — Il lui indiqua le nom et le domicile de l'ouvrier qui avait, en 1816, fabriqué cette parure, et la chose se termina àla confusion dugrand contrefacteur.

Du reste, à part les bijoux classés dans les musées et dans les collections connues, ce que l'on peut trouver aujourd'hui est, en grande partie, de fabrication récente. Vienne surtout fait extrêmement bien les pièces émaillées du seizième siècle.

Il y a quelques années, dans une vente hollandaise, deux acquéreurs se disputaient un pendentif d'or émaillé, formé d'une salamandre tenant dans sa gueule une perle. Après que le marteau fut tombé, chacun d'eux réclama le bijou, comme ayant donné la dernière enchère.

Pour tout concilier, M. Pillet proposa selon l'usage de remettre en vente l'objet de tant de convoitises. Le marchand qui faisait la vente, s'adressant à l'un des enchérisseurs, lui dit :

— Il est facile de tout concilier, laissez lebijou à votre concurrent, je vous promets de vous en apporter un autre l'année prochaine.

Les charmants bijoux du dix-huitième siècle, montres, châtelaines, bonbonnières, épingles et broches, se sont multipliées à loisir depuis quelques années.

Les broches de l'époque Louis XVI qui brillent comme des gouttes de rosée sur les corsages de nos élégantes sont très souvent montées en roses. Les vraies se reconnaissent au sertis. Le travail ancien est doux, fait par un instrument dont la forme est perdue de nos jours; dans le travail moderne, au contraire, les angles sont aigus. Il est aisé de retrouver

avec une bonne loupe le coup sec et tranchant de l'outil.

Un de nos grands marchands du boulevard recueille avec soin les roses anciennes : il a des ouvriers qui s'en servent pour garnir des émaux ou des miniatures, tout ce qu'il y a de plus dix-neuvième siècle.

Pour parfaire l'œuvre, la peau et le temps donnent l'usure nécessaire. Ne regardez pas l'anneau qui doit fixer au cou la pendeloque à l'endroit où le frottement continuel l'use ! Le truqueur, prévoyant votre inspection minutieuse, a soigné tout particulièrement cet endroit.

Inutile d'ajouter que, pour achever de leur donner un cachet d'ancienneté, les pièces sont, une fois achevées, placées dans un étui en galuchat vert, emprunté à quelque vieille parure — c'est ce qu'on appelle mettre un bel habit à un truquage.

Page 1