‹ Le tsarisme et l'UkraïneChapitre 1 sur 16 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Aujourd'hui encore, et en Europe même, il existe un peuple de plus de trente millions d'hommes qui, au nom de la nécessité d'État, est privé de sa langue et de sa nationalité, sans compter qu'il est opprimé et maltraité de toutes sortes d'autres façons.

Vingt-huit millions de ces hommes appartiennent à la Russie, quatre millions à l'Autriche.

De toutes les preuves terribles de Timperfection de notre religion chrétienne et de notre civilisation, celle-ci est sans doute la plus terrible : Le char de Jaggernaut de la nécessité d'Etat peut encore, sur le mot d'ordre d'un souverain, être traîné par des troupes dociles sur l'individualité brisée d'un peuple.

Tl faut croire que tous ceux qui, depuis longtemps, ont perdu la foi en cette idole cruelle, ont gardé l'illusion qu'elle reste nécessaire pour les autres. Sans cela on ne saurait comprendre leur attitude. Les chrétiens de Russie et de Pologne, où sont-ils? Ils forment cependant une société de justice et de pitié. Et nos pacifistes à nous, qui vont de fête en fête, ne se sentent -ils jamais gênés par les larmes et la douleur de ces millions d'êtres? C'est pourtant le principe initial de la paix qui est ici violé, le droit sacré de l'individualité nationale. Pourquoi la science du droit politique ne parle-t-elle pas ouvertement par ses représentants les plus autorisés? ou la philanthropie par les siens? Pourquoi ne nous disent-ils pas que cela est une honte héritée de l'époque la plus sombre de l'humanité, qu'il n'est à l'avantage de personne, absolument de personne, de martyriser et d'abaisser

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