‹ Le Tubercule de CarabelliChapitre 10 sur 22 · Musée Broca Vitrine XX VIII. 3 H. Lefebvre · texte numérisé non relu

Musée Broca Vitrine XX VIII. 3 H. Lefebvre

comme présentant le plus haut degré de prognathisme connu dans les races humaines. Il présente un « Carabelli » bilatéral bien marqué, celuide droite cependant un peu alténué par l'usure. Cette cuspide est d’ailleurs très répandue, on l’observe sur « les populations nègres el asiatiques, sur les malgaches, les indiens du Nouveau-Monde et les insulaires du Pacifique ». Batujeff l'étudiant sur les Russes, Mongols, Malais, Nègres et Ainos montre que le pourcentage va én décroissant d'un groupe à l’autre. Maximilien de Terra dresse un autre tableau mentionnant un nombre de peuples plus grand. Il en déduit que le « Carabelli » bien développé chez les Européens n’est pas spécial aux peuples civilisés, que les Australiens ne le présentent qu'à la première grosse molaire, que le pourcentage s’élève en passant des nègres aux Birmans, de ceux-ci aux Egyptiens puis aux Européens. Il ajoute qu'il est particulièrement bien marqué sur la troisième molaire des Egyptiens, eë qu'à l’état débauche il n’est pas rare sur les trois molaires supérieures des races nègres, ce qui est exceptionnel chez les Européens. :

LE TUBERCULE DE CARABELLL DANS LES TEMPS ANCIENS ET LES PÉRIODES PRÉ- HISTORIQUES

L'étude du tubercule de Carabelli a été faite sur les races éteintes par M. Jeanselme/qui l’a rencontré sur des sujets provenant du cimetière des Innocents,

FA

d’un caveau du cimetière de la Cité déjà couvert de

* maisons au temps de Philippe-Auguste, et d’une

Kourgane Russe du 1x° siècle. Il le mentionne sur des crânes gaulois provenant d'une sépulture du n° siècle de notre ère, sur un crâne gallo-romain trouvé à Langres dans une auge monolithe avec des objets et des médailles de la période comprise entre Tibère et Constantin. II le signale sur des pièces provenant des nécropoles de Medineth Ghoran et de Meihr. Les premières datant de l’époque grécoromaine du in° au 1° siècle avant Jésus-Christ, les cartonnages des momies ayant donné des papyrus grecs et démotiques ; les secondes datant de la 26° dynastie et suivantes, leurs sépultures contenant des figurines de bois (personnel de la barque, funéraire)

et des poteries de la basse époque pharaonique. = e

Arrivant aux périodes préhistoriques, il le décrit

sur des crânes provenant des dolmens d’Algérie, sur

une pièce de la caverne du Mont-Maigre renfermant des haches polies et deux objets de bronze, sur un crâne de la caverne de Lombrives, trouvé dans une couche de stalagmitique non remaniée avec des fragments de poterie, une hache ‘en jade polie et des fragments de l’Ursus priscus. I] constate enfin un

tubercule de Carabelli bien développé sur les

deuxièmes molaires de lait supérieures gauche et droite d’un jeune sujet trouvé au Pech de l’Aze (Dordogne).

Cette pièce a élé offerte au Muséum d'Histoire Naturelle par M. Capitan qui la considère comme

—" 94 — étant d'âge moustérien. La constatation qui y a été faite du tubercule de Carabelli est de la plus haute importance car elle rend non douteuse l'existence de ce dernier aux périodes paléolithiques (+). Pour ce qui est de l'époque néolithique M. Bau-

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F1G. 2, — Crâne paléolithique trouvé au Pech de l'Aze. Laboratoirc de M. Boule. Clichés dus à l’obligeance de MM. Jeanselme e Masson. $

doin mentionne la présence fréquente du tubercule de Carabelli sur des dents provenant d'un ossuairc vierge de Cous en Vendée.

Nous avons pu de notre côté éludier Le moulage (ne 260, vitrine I, musée Broca) du crâne d’un suje

1. Gorganovic Kramberger ayant signalé l'existence du tuber. cule de Carabelli sur des molaires süpérieures qu'il avait recueil lies dans le diluvium de Krapina (Croatie) Maximilien de Terri entra dans ses vues. Adloff auquel Gorganovic avait fait parveni cinq de ces molaires sur lesquelles le tubercule de Carabell n'était pas nettement « lisible » révoqua en doute l'existence d tubercule de Carabelli, A cela M. de Terra répondit dans s publication (Schweiser-Vierteljahrs für Zaknheilkunde in ‘fine qu'il était question d'ébauche et non de tubercule de Carabelli Enfin dans un travail ultérieur (in Studien über die Entwicke lungsmechanik des Primattenskelettes) Gorganovie ne parle plu que d’ébauche, qui paraît assez nette sur une photogravure d

mâchoire avec molaire,et sur une molaire isolée.(P1.I et pl. XI figure 4). 1

de la Race Negroïde, offert par S. À. le prince de Monaco à la Société d’Antropologie. Nous y avons constaté la présence d’un tubercule de Carabelli à l’état débauche, ainsi que celle de saillies secondaires à la face linguale des incisives et des canines supérieures (1). Or la race Negroïde de Monaco remonte ainsi que l’a établi M, Boule a une époque fort reculée des temps quaternaires var les cadavres recueillis reposaient sur des dépôts qui contenaient des débris de la faune chaude (2). à

Le tubercule de Carabelli étant très répandu et particulièrement fréquent dans nos régions à l'époque actuelle, on peut dire qu’il est de règle de : l'observer chez plus de la moitié des sujets de n’importe quel service hospitalier. À

Nous n’avons pas constaté que sa présence fût plus élevée chez les enfants dont les antécédents héréditaires laissaient beaucoup à désirer que chez ceux d’un service chirurgical d’où les chroniques étaient exclus.

On trouvera dans nos observations quelques sujets porteurs de grosses anomalies ; on verra que si l’un d’eux opéré d’un double pied bot, présente une

1. Les dents incisives et canines de l'homme de Krapina sont

remarquables par les saillies secondaires de leur face linguale. >. Les grottes de Grimaldi. Bôule-Verneau.

malformation congénitale des deux membres supérieurs en rotation sur l’axe de 180 degrés,un mordex apertus Carabelli, et la cuspide qui nous intéresse à l’état d’ébauche, un autre par contre atteint de bec de lièvre ne présente aucune trace de tubercule de Carabelli (obs. XVI, LVII et XLVI). Il ne semble donc pas qu’il y ait lieu d'établir une corrélation entre les malformations et la présence de cette cuspide.

Pour ce qui est de la syphilis, M. Sabouraud, ayant rencontré, dans un service spécialisé, des porteurs de tubercule de Carabelli ayant. une réaction de Wassermann positive, y voit un rapport de causalité et donne cette cuspide comme signe certain de syphilis héréditaire, Nous ne pouvons partager son avis. Cette façon de voir serail du reste grosse de conséquences. Elle impliquerait,étant donné le caractère atavique du tubercule de Carabelli, que les . parents de ces prétendus hérédo-syphilitiques étaient eux-mêmes alteints de syphilis héréditaire, et de ‘ plus, étant donné la fréquence de cette cuspide, que la moilié pour le moins des gens vivant ACUCHERENT se trouve être dans ce cas.

En effet la valeur semeïologique du bee de Carabelli, quoi qu'en ait dit cet auteur, ne saurait être proportionnelle à son volume. Il est impossible d'admettre que très développé il implique la syphilis, et qu’à l'état d’ébauche il n’ait plus aucune signification ; quelle interprétation conviendrait-il alors de donner aux formes moyennes ?... Il convient devant l'affirmation de M. Sabouraud} de revoir ce

qu'ont donné les recherches entreprises au sujet de ces rapports supposés entre la syphilis et le tubercule de Carabelli.

MM. Mozer et Chenet ne le rencontrent qu'une seule fois chez un hérédo-syphilitique avéré, dans 19 Cas où cetle cuspide était très nelte, ils trouvent la réaction de Wassermann constamment négative.

M. André Collin et Mme Souffland recueillent 36 observations de tubercules supplémentaires. Trente-deux de ces observations mentionnent le tubereule de Carabelli et ne contiennent que deux cas de syphilis héréditaire confirmée.

Huit observations sont recueillies par M. Mantoux dans son service de tuberculeux de Laënnec. Les deux dernières démontrent qu’on peut avoir un tubercule de Carabelli, être tubereculeux, contracter le syphilis el avoir une réaction de Wassermann po-

sitive.

Commentant ses observations, lors de sa communication à l’Académie de Médecine, M. Galippe dit

que c’est bien à tort selon lui qu ‘on a cherché à éta- -blir une relation entre le tubercule de Carabelli et

l’hérédo- syphilis. Il range cette cuspide dans la caté-

gorie des tubercules supplémentaires qui, dans Îla longue série des stigmates de dégénérescence, ne comportent par eux-mêmes qu’un pronostic bénin.

Nous arrivons aux recherches entreprises par

M. Jeanselme. Il fait une première enquête sur des

sujets robustes, bien constilués, aptes au service

nilitaire. Vingt-trois d’entre eux, chez lesquels il ne

Loop

relève aucune trace d’hérédo-syphilis, présentent un tubercule de Carabelli bien développé ; il trouve chez eux un examen sérologique constamment négatif. Dans une seconde série de recherches qu’il importe de mentionner tout au long il obtient les résultats suivants :

« L'enquête a porté sur 59 Here : 21, soit 35 0/0, n'avaient pas de cuspide surnuméraire ; 29, soit 50 0/0, avaient une cuspide surnuméraire ; à l’état d’ébauche ; 9, soit 15 0/0, avaient un tubercule de Carabelli bien développé.

Sur les 21 sujets de la première catégorie, le Wassermann n’a té positif qu’une seule fois (H‘). Une réaction de contrôle a fourni le même résultat,sur les 29 sujets de la seconde catégorie, cinq ont donné une réaction franchement positive (comprise entre H° et H° ). L'un de ces malades portait des signes évidents d’ hérédo syphilis, érosions dentaires et tibias en lame de sabre. Un autre était atteint de microphtalmie congénitale très accusée. Un troisième avait depuis plusieurs mois une céphalée intense à recrudescence nocturne. Sur les deux derniers seul l’examen sérologique permil de poser le diagnostic de syphilis. Parmi les résultats. négatifs un sujet alteint de pelade généralisée et un autre qui présentait des érosions dentaires.

Sur Îles 9 sujets ayant uné tubercule de Carabelli bien développé aucun n’a de réaction positive, tous avaient H°. »

De l’ensemble de ces constatations il résulte très

neltement que le tubercule de Carabelli ne saurait être . un signe de syphilis héréditaire. Il reste malgré tout un élément de diagnostic pour certains et cela dans les cas douteux sans autre prenve à l'appui très souvent. Il a sa place marquée parmi les prétendus stigmates de l’hérédo-syphilis tels que l'absence ou le nanisme des incisives latérales, l’atrésie de la voûte palatine, le prognathisme inférieur ou l’érosion. Bien que M. le Professeur Fournier ait dit : «les érosions sont des lésions banales que la syphilis s'approprie souvent, mais qui dérivent d’affections nombreuses, c'est un signe adjuvant ce n'est pas un signe pathognomonique » des causes de l'érosion la seule peuton dire qui ait été retenue, est lasyphilis. «Il est des morts qu'il faut que l’on tue », dit M. Galippe a propos de cette opinion erronée, car il considère l'érosion dentaire se présentant même sous la forme d’encoche dite hutchinsonienne comme n’apparlenant pas en propre à la syphilis. |

Depuis la description de la dent d te biaon, « la dent fantôme »que personne pour ainsi dire n’a jamais vue, la liste des prétendus stigmates dentaires de l'hérédo syphilis n’a cessé de s’allonger de jour en jour. Le seul résultat que l’on a oblenu est d’avoir créé la confusion dans les esprits. On est allé jusqu’à décrire les dents rabougries, rachitiques, cachectiques, ce qui plus est comme anormales des dents qui sont parfaitement normales (1).

1. Voir à ce sujet : V. Galippe, Traité de l'hérédité des anomalies des maxillaires et des dents, p. 62.

Il nous parvient en cours d'impression un artiele intitulé : Le

C’est, croyons-nous, le cas du tubercule de Carabelli.

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