TRIOMPHE DU
'^tai^Han jeta son chapean sur tin fauteoB en poussant an soupir de soulagement. Il avait vu passer le» fournisseurs en compagnie du commodore ; il se sentait débarrassé pour longtemps. Quand il reconnut Jane^ il ne put retenir un geste d'étonnément.
—Vous ici ! balbutia-t41.
— Vous ne vous attendiez pas à me voir^ Christian t répliqua la jeune femme.
— ^J'avoue que j'étais loin de penser...
— Et ma présence vous contrarie?
Christian était remis.
—Vous ne le croyez pas, Jane, dit-il en se penchant pour lui baiser la main avec galanterie. Il faut
me pardonner mon premier mouvement^ mi reste de tristesse...
Et comme Jane Tinterrogeait du regard^ il ajouta en forme d'explication :
—Vous ne vous figurez pas comme j'étais triste ce matin; j'avais des idées de l'autre monde, un désespoir sans motif, des regrets absurdes qui me navraient le cœur. Mais j'ai pris le dessus; je nargue le passé maintenant, et Dieu merci! mon humeur est excellente.
— ^Je serais bien heureuse d'apprendre, dit Jane, que vous avez des sujets de joie.
—J'aime mieux vous dire que je n'avais pas l'ombre d'un sujet de peine. Je me faisais tout simplement des fantômes. Il me semblait, par exemple» que miss Âmy ne pourrait jamais m'aimer.
Il haussa les épaules et poursuivit d'un air victorieux:
— Je viens de la voir; nous avons causé; elle a été d'une bienveillance adorable I A vue de pays, rien ne sera plus calme et plus uni que vôtre ménage.
— ^Votre ménage! répéta Jane involontairement.
—Ce sera ce qu'on appelle un mariage de raison, acheva Christian qui mit ses mains dans ses poches.
«-Allons! fit Jane en réprimant un soupir, nous
en sommes donc au même point tous les deux; je fais^ moi aussi^ un mariage de raison.
Christian ferma les yeux à demi et prononça du bout des lèvres :
-^En vérité; vous vous mariez^ mon angeî
Jane garda un instant le silence ; puis^ au lieu de répondre :
— ^Mon Dieu, dit-elle^ il y a des choses en ce monda qui au premier aspect repoussent et attristent.
— Je ne vous comprends pas^ interrompit Ghris^ tian> dont l'attention s'éveillait malgré lui.
— ^Des choses bizarres, continuait la jeune femme, des choses tellement inattendues et si invraisemblables...
—Voyons un peu ces choses-là !
Jane releva sur son ancien amant son regard plein de mélancolie et prononça d'une voix ferme ;
— Christian, je vais être votre belle-mère.
— Charmant! délicieux! s'écria le lion avec un éclat de rire un peu forcé, chaque fois que les femmes épousent un fou, elles prennent un air solennel pour dire : Je fais un mariage de raison.
-—Ah! çà, se reprit-il, je n'étais donc pas si loin de la vérité, l'autre jour ! j'avais mis le doigt sur la plaie? Ambitieuse! ambitieuse! c'est là votre péché
mignon^ Jane. Mais je ne vous fais pas de reproches au moins ; tout est pour le mieux ! Une chose inïpayable^ c'est que ce petit fat d'Edgard Lindsay n'aura ni vous qui épousez te eommodore» ni miss Amy que j'épouse. Il ne lui reste plus qu'à se pendre ! Charmant ! charmant, sur ma parole ! voilà œ que j'appelle un vrai dénoùment de comédie*
La colère montait au cœur de Jane; mais elle employait tout ce qu*elle avait de force à retenir sur ses lèvres le sourire qui voulait s'échapper.
— Ha toi, dit-elle^ je n'osais pas le prendre avec vous sur un ton si léger, mais:..
— Ma belle-mère ! répétait Christian. Âh ! l'excel*lente histoire !
—Mais, poursuivit Jane, du moment que vous me donnes l'exemple.
— ^Ah! de tout mon cœur! de tout mon oœùr!
c'est une situation unique et qui vaut son pesant d*or. Ah çà ! puisque nous voilà mariés tous les deux, raisonnablement et conyenablemmit, Jane, ma chère Jane, nous pouvons bien causer un peu comme de vieux amis.
—Pourquoi non? s'écria Jane gaillardement; je vais vous dire, moi, ce qui gênait nos relations: c'étaient ces fatigants souvenirs d'amour.
—Fadaises^ ma toute belle !
— Sottises^ mon très-cher !
— ËtioQs*nous assez enfants 1
— Tenez^ Christian^ j'ai honte quand j^y pense!
•^Je vais vous faire un aveu^ Jane: je conservais ane petite inquiétude à votre sujets vous aviez beau me dire que vous étiez guérie. ••
— Cest absolument comme moi : je me défiais de votre froideur.
>— On a vu des jeunes personnes se4romper ellesmêmes.
— On a vu des jaloux jouer la comédie de l'abandon.
— ^Mais^ par exemple^ dit Christian^ dont la voix se fit à son insu plus lente et plus grave^ quand vous m'avez donné cette clef de votre jardin...
— Quand vous l'avez prise avec' un empressement si joyeux, poursuivit Jane.
^J'ai s^ti comme un frisson au cœur ! acheva CShristian presque à voix basse.
—Gomment! comment! s'écria Jane^ un frisson?
mais j'ai été enchantée^ au contraire !
— C'est qu'apparemment vous étiez mieux guérie que moi^ Jane. Moi; voyez-vous^ j'ai le cœur fait ainsi: il est des souvenirs qui ne, pourront jamais s'effacer de ma mémoire*
Ce n'était plus i^our garder son sourire que Jane se tenait à quatre ; il y avait des larmes de joie sous sa paupière.
—Voulez-vous savoir? dit-elle pourtant avec un dédain parfaitement joué^ cela me fait pitié^ voilà
tout!
— Vous êtes bien heureuses^ vous autres femmes!
soupira Christian.
Jane eût payé ce soupir au prix de dix années de vie^ mais elle tint bon ; elle l'avait dit : c'était sa dernière bataille.
Christian rêvait. Il poursuivit d'un ton langoureux.
—Ces chères promenades au bord de l'eau tranquille et bleue! Ces longs silence^ sous la voûte muette des grands arbres ! Les heures si belles et si douces du premier amour ! Que disions-nous^ Jane^ dans la voiture qui nous emportait loin de la maiso9 de votre oncle? Je ne sais; je ne sentais plus mon ftme ; c'était comme un rêve plein de délices^ et lei bienheureux doivent se taire ainsi au Paradis !
— Oui... oui , murmura Jane combattant son émotion victorieuse^ vous dites vrai : c'était un rêve !
— ^Vous pleuriez, je m'en souviens. C'était avec mes baisers que j'essuyais vos larmes.
Jane était pâle; sa voix trembla quand elle dit:
a» LE TUEUR
—Me parions pas de cela, Christian^ je vous en prie!
— Ponrquoit demanda Chrisidm; c'est notre demi^ jour; demam ces soareoirs seraient coupables.
— Us sont bien doulottreox aujonrdliui ! balbutia la jeune femme qui q>puya ses deux mains cmitre son cœur.
—Pour vous, Jane^ s'écria Christian^ je ne dis pas. Mais pour moi^ c'est ce petit coin, de la mémoire où le cœur dresse religieusement un autel. Oh! qu'il était naïf et profond l'amour que je vous portais^ Jane! Comme nos deux cœurs étaient bienfaits l'un pour l'autre ! car vous m'aimiez^ vous aussi *••••
— ^Je le croyais^ voulut dire la jeune femme.
— Taiseas-vous interrompit le lion avec chaleur^ ne blasphémez pas^ au moins ! vous m'aimiez^ je vous jure que vous m'aimiez! Depuis lors^ vous avez changé^ c'est possible^ et c'est mon malheur...
—Son malheur ! répéta Jane en elle-même et en caressant ce précieux aveu tout au fond de son âme.
-*Laissez-moi^ reprit le lion^ laissez-moi^ je vous en supplie^ cette pauvre consolation! Dites-moi...
—Eh bieu; oui^ Christian^ je crois que je vous aimais.
Le lion lui avait pris lea deux mains qu^il dévorait de baisers.
^Cxamam moi^ balbutiait-il avec une ardeur toujours croissante^ — n'est-H^e pas> Jane, comme moi^ avec passion^ avec délire^ avec folie? car c'était comme cela que jefaimaisl Et que tu étais divinement belle quand tes yeux adorés me. parlaient d'amour ! Mon Dieu ! pas plus belle qu'à présent ! U but qu'on m'ait jeté un sorti Sais*je^ moi, où j'avais le cœur quand j'ai pu croire que je ne f aimais plus !
Jane sentait vaguement qu'il fallait résister encore^ et que de sa résistance dépendait la victoire ; mais son sein battait et ses yeux se voilaient.
Timidement et gauchement^ GhrisUan voulut passer une main derrière sa taille.
—Je t'aime I répétait-il à satiété^ je t'aime comme au premier jour^ comme à la première heure de cette tendresse^ unique en ma vie!
Jane le repoussait. Il ajouta avec explosion en l'entourant de ses deux bras qui troublaient :
— Je te dis que je t'aime !
—Et moi je vous dis qu'il est trop tard ! répliqua Jane en lui échappant.
Christian s'éveilla comme d'un rêve; sa tête se pencha sur sa poitrine; il regarda Jane qui s#
tenait à quelques^ pas^ émue et toute frémissante.
—Trop tard! répéta-t-il machinalement. Est-ce vrai^ cela? Si vous m'aimiez encore^ Jane^ pourquoi serait-il trop tard? Ne sommes-nous pas libres? n'avons nous pas jusqu'à demain? Trop tard! Est-il jamais trop tard pour réparer une faute ? Le destin de toute notre vie est là^ Jane^ et je vous parle du fond du cœur. Qu'y a-t-il derrière nous? tout un passé d'amour. Jetons un voile sur ces quelques semaines extravagantes et maudites^ expions-les à force de tendresse et reprenons notre bonne vie d'autrefois^ là où nous l'avons laissée.
— Quelle folie ! dit Jane qui baissa les yeux pour que ses regards émus ne pussent démentir ses paroles.
Christian frappa du pied.
— ^Et s'il nous platt d'être fous! s'écria-t-il ; je renonce à tout de grand cœur ; dans l'univers entier il n'y a que vous pour moi^ Jane. Et vous avez beau faire^ il n'y a que moi pour vous !
— Comme vous arrangez cela !
Christian se laissa glisser jusqu'à terre et s'agenouilla.
—Je suis assez puni^ murmura-t-ii doucement; regarde-moi^ Jane... et ne mens pas... Tu m'aimes?
— ^Non ! non ! balbutia Jane en détournant la tôte; je ne veux pas vous aimer !
Christian devinait qu'elle pleurait; il ne parla plus ; il Tattira tout doucement vers lui et mit un baiser sur ses lèvres. Jane tressaillit entre ses bras^ puis elle lui jeta ses mains autour du cou. Elle pleurait encore^ mais elle souriait aussi.
—Méchant! dit-elle tout bas et d'une voix tremblante ; oh ! que tu m'as fait de mal !
— ^Tu vois bien ! s'écria le lion qui se rassit auprès d'elle; c'est le destin, ma pauvre amiel^tfous ne pourrons jamais nous débarrasser l'un de l'autre !
Janè restait immobile ; elle pensait :
^ Je me suis laissé vaincre trop vite !
— ^Ma parole^ reprit le lion avec bonhomie^ mais sans aucune espèce de lyrisme sentimental^ si ce n'était la mauvaise honte^ je crois que je t'épouserais tout de suite.
— Je ne vous demande rien^ Christian^ fit Jane^ qui redevenait pâle.
—Ne te fâche pas 1 Je parle en bon bourgeois : je
ne serai content que quand je t'appellerai ma femme :
c'est convenu. Mais quel esclandre^ songe donc !
dans cette maison où tu as un fiancé et moi une
^ fiancée ! Il faudrait un moyen^ un expédient...
.W6 LB TUBUR
Jane était si heureuse de l'entendre parler ainsi sérieusement et sans phrases qu'elle restait là comme engourdie dans sa béatitude* Elle a?aît eu terriblement peur au moment où Christian s'était relevé^ mais maintenant la blessure de son âme était guérie. Elle croyait plus à cette promesse simple^ bour^ geoise^ selon l'expression de Christian^ qu'à tous les serments du monde.
—Ah çà^ tu ne peui donc pas cherdier l s'écria le lion avec impatience.
-^e cherche^ murmura Jane par manière d'ac-* quit.
Elle ne dierchait pas ; elle contemplait Christian qui était encore scm Christian à elle^ et oe n'était pas trop de toutes les facultés de son être pour savourer ce grand^ cet immense bonheur i
•^i seul^nent^ pensait le lion qui en av^t fini avec la rêverie^ si l'on pouvait se procurer un motif plausible... n'importe quoi.%. un cas de force majeure... enfin^ je ne sais pas moi> quelque bonne petite violence î
Pendant qu'il parlait y la porte située derrière lui s'ouvrit tout doucement, et au moment où il prononçait ces mots : Jtonne i^tiiit xAtÀtfntty le fermier Saundcrs de Newcastle entra dans la chambre, avec •»
ses épaules herculéennes et son énorme gourdin. Au même instant^ ce coquin de Tom Borne montrait sa face bilieuse au seuil de la porte pîrincipale.
Saunders frappa le sol du bout de son bâton et s'appuya dessus^ comme le bourreau des tableaux couleur moyen âge s'appuie sur le manche de sa hache. Jane poussa un cri de frayeur; Christian, qui d'abord avait regardé Tom Borne, se retourna vivement.
— ^Hon oncle ! pensait Jane ; il va tout perdre !
Un sourire franchement joyeux était sur les lèvres de Christian.
— Pardieu 1 s'écria4-il, voici l'affaire : cas de force majeure, bonne petite violence, notre oncle et son vénérable gourdin !
Saunders de Newcastle ne comprenait pas encore et le regardait d'un air inquiet.
•--^Bonjour, notre oncle, reprit le lion en lui tendant la main, soyez le bienvenu cette fois et prétesmoi votre gourdin... N^ayez pas peur: c'est pour assommer ce drôle !
Il montra Tom Boi*ne, qui fit un pas en arrière.
---Je n'ai plus de secret, maraud ! reprit enccNre Christian, et je payerai désormais en coups de canne.
—Alors, répliqua Tom Borne qui fit demi-tour
sur ses deux talons^ je vais chercher une place de portier^ car on ne peut pas vivre de l'air du temps.
Jane avait tendu son beau front à Saunders^ qui restait indécis et toujours inunobîle.
— ^Allons^ notre oncle ! s'écria le lion gaiement.
Saunders lui mit sa large main sur Fépaule et le regarda en face.
— Je veux bien faire la paix, mon voisin de campagne, dit-il avec un reste de rancune, pourvu qu'il n'y ait pas de porte de derrière.
Christian éclata de rire; Saunders serra son gourdin et ajouta en s'essuyant le front :
— ^Ah ! ah I vous pouvez-vous vanter de m'avob fait courir!
—Rassurez-vous, notre oncle, dit Christian, et chargez-vous seulement du vicaire : les témoins ne nous manqueront pas !
Il alla ouvrir la porte par où Tom Borne était sorti. On entendit un bruit de voix dans le corridor, et presque aussitôt après, le commodore entra, tenant sir Edgard sous le bras. Miss Amy venait ensuite baissant les longs cils de sa paupière pour dissimuler son sourire espiègle. Carter, Lewis, Staunton, Filowski et une demi-douzaine d'autres fournisseurs fermaient la marche.
*— GeB messieurs m^ont fait leur devis^ disait Robert Davidson à Edgard, cela me coûtera deux mille livres sterling: ce n'est pas cherl II faut bien fêter les deux mariages. J^avais oublié de vous dire que les deux mariages sont arrangés définitivement. Vous êtes contrarié^ que voulez-vous? Faites un retour sur vous-même^ Edgard^ mon ami^ et vous comprendrez que vous êtes trop comme tout le monde pour entrer dans ma famille 1
— Cependant^ Milord^ votre fille... voulut dire Ëdgard Lindsay.
— ^Tiens 1 voici Hac-Aulay ! s'écria le commodoro. Il a bonne mine^ je sens que je me porte bien I
— ^Votre fille... insista sir Edgard.
— Assez^ Monsieur^ je vous prie I
—Pourtant^ Milord^ dit Jane qui s'avança vers iui^ si vous tenez à vous allier à Tauteur de David Rizzio...
—À l'auteur des savantes Eltides sur le paupérisme, ajouta Christian.
—Si j'y tiens, Milady I fit le commodore en baisant galamment la main de Jane, vous me demandez si j'y tiens !
— Je vous le démande, Milord, parce que sir Edgard Lindsay...
— -Qn^a-^ de oomman; je tous prie^ avec bdy Desdemooe BridgetooT
Amy^ inetfàble de se contraire êerm en passant les mains de Jaae et se jeta an oou da ocmimodore.
— 4foQ père! mon père! s'écriart-dle. Cest lui! c'est sir Edgard qni écrit sons le nom de lady Bridgetonl
Le Commodore resta foudroyé^ puis il se tourna vers le cercle immobile des fournisseurs comme pour chercher un q>pui dans sa détresse.
— Comment! iMtlbutia-t-il^ comment I Gardonsnous de plaisanter sur des sujets si graves! Le dithyrambe sur Hriande ! le Traité du paupérisme, et ce superbe drame qui a fait rire et pleurer les trois royaumes!...
—Ha foi^ MQord^ dit Edgard avec brusquerie^ je vous demande grâce pour ma modestie^ car je suis positivement Tauteur de tout cela.
Le Commodore regarda sir Edgard d^en bas^ comme si ce dernier eût grandi subitement de vingt cou* dées.
—Ah diable! gromme1a-t-il^ j'ai toujours été votre ami; Lindsay^ vous le savez bien. Ah^ peste!... mais Mîlady^ alors?
Christian avait pris la main de Jane.
— >Cber lord^ dit-il^ la pauvre Jane est ma feçimej voilà tout^ et sur mon honneur^ je ne désire point qu'elle sache faire des dithyrambes^ des traités ou des drames I
—Sa fenmie! répétèrent les fournisseurs pris d'inquiétude.
—Votre femmOj MaoAulay ! votre femme ! s'écria le Commodore avec agitation; mais alors... et ma fille?
—•Mon père^ répondit la blonde Amy^ qui tendit la main à Edgard^ moi> je ne me plains pas I
Le conmiodore croisa ses bras sur sa poitrine et baissa la tête dans l'attitude de la réflexion ; tout à coup le rouge lui monta au visage et les veines de son front se gonflèrent.
—Je pense que je vais m'emporter, gronda-t-il ; tout le monde me parait content^ ici^ moi seul je suis victime !
Il se creusait la cervelle pour trouver un moyen original et nouveau de manifester sa colère. Christian làchs^ la main de Jane. Il alla prendre à l'un des trophées de sport suspendus à la muraille une toque de jockey et une cravache.
— Vous, Milord, dit-il avec solennité, croyez-moi, vous avez le beau lot. J'étais lion, je veux rentrer
dans la vie privée ; j'abdique en votre faveur : voici mon sceptre et ma couronne !
Il lui présenta la cravache et le coiffa delà casquette en ajoutant:
—Vous êtes lion légitime, Milord î Ce tf était pas le compte des fournisseurs, qui voulurent s'interposer. Christian les envoya au diable pour la seconde fois^ et de bon cœur. Il donna une grosse poignée de main à l'oncle Saunders, qui était là déjà comme chez lui, et glissa le bras de Jane sous le sien. Ëdgard avait rejoint Âmy, et le vicaire allait avoir double besogne.
Le Commodore cependant était resté comme frappé de la foudi^e ave» sa casquette sur la tête et sa cravacheÀ la main.
— Lion I murmurait-il écrasé sous cet honneur inattendu ; je suis lion ! Il y aura des gilets Robert, des redingotes Davidson..» et Par allélipipède sera un cheval célèbre !
Les larmes lui vinrent aux yeux.
—Soutenez-moi, Monsieur Lewis, reprit-il d'une voix faible, c'est trop d'émotions ! Quand je pense que ma fiUo épouse une femme auteur... c'est-àdire... Enfin, vous comprenez bien I
— ^Veuillez vous réunir tous autour de moi, ajouta-
t-il en se redressant ; je crois qu'en cette circonstance il est à propos de prononcer un discours... Jeunes époux 1 une longue carrière s'ouvre devant vos pas ; vous allez parcourir des sentiers fleuris... hiun ! et le fleuve du bonheur... Hum! hum!... dont les rives enchantées...
Jane lui prit la main d'un côté^ Amy de l'autro.
— ^Un lion doit rester célibataire^ poursuivit Robert Davidson avec une nuance de mélancolie dans la voix ; je serai le premier lion veuf^ et c'est encore une originalité.
— ^Messieurs^ s'interrompit-il en s'adressant aux fournisseurs désappointés^ je vous continuerai ma confiance dans la nouvelle et importante position que j'occupe.
— Ah ! Milord !. . . dit Carter.
— ^Bravo 1 s'écrièrent les autres.
La figure de Robert Davidson s'illumina.
— ^Messieurs ! s'écria-t-il en étendant la main ; je m'engage à faire journellement les choses les plus extraordinaires. J'y ai songé souvent : nous sommes encore à f enfance de l'art. Des huitres ! que diriezvous d'un homme qui dévorerait les écailles? Ne peut-on s'habituer à marcher à reculons sur le trot«
toir? Et tenez^ il y aurait une excentricité qui ferait
fureur ; ce serait de venir dans le parc ëaint*Jamet en habit de cour et en bas de soie^ et de tirer des coups de carabine dans les fenêtres de la reine !
*-*Mon père ! dit Amy efifirayée.
—Calmez-vous^ Hilord ! fit Christian.
—Messieurs! acheva le commodore qui touirna tout à coup à Tattendrissement ; je le ferai comme je le dis ; rien ne me coûtera pour mériter le titre de lion I Je termine cette improvisation en émettant le vœu que vous ayez spontanément Tidée de me porter en triomphe^ moyennant quoi je vous invite tous à la noce de ma fille !
— ^Bravissimo ! vive le lion ! crièrent les fournis* seurs en Tentourant.
Pendant qu'ils le juchaient sur leurs épaules, le commodore leur dit confidentiellement :
—Ce pauvre Mac*Aulay n'était pas le Pérou ! Des tigres ! Quelle platitude ! Voici une idée qui me vient ! Il y a au jardin zoologique un éléphant malade ; je l'achèterai^ coûte que coûte ! je le combattrai en public et sans trembler^ au moyen de fusées à la congrève ; je le tuerai. Avec sa peau nous
ferons...
11 s'arrêta, s^isi d'un scrupule honorable. Hercule, fils de Jupiter et d'AIcmène, ayant étranglé un
UNWEMITY OF MCMQAN