PRÉFACE
C'est en 1912 que je passai quatre mois et demi (du l^'" mai à la mi-septembre) au Turkestan russe. Je m'intéressais depuis longtemps au pays, que je connaissais par de nombreuses lectures et par des personnes qui y avaient séjourné. Mon voyage en fut beaucoup facilité. Partout je fus reçu parfaitement; tous les Russes avec lesquels je fus en relations, depuis le Gouverneur Général jusqu'aux employés subalternes, plusieurs autres personnes, étrangères à l'Administration, contribuèrent au succès de mon voyage, qui me laissa le souvenir le plus agréable. Quant aux indigènes, la brièveté de mon séjour et mon ignorance de leurs langues m'empêchèrent d'avoir avec eux des rapports suivis. Tant de personnes se sont mises obligeamment à ma disposition, qu'il m'est impossible de les nommer ; je ne puis cependant passer sous silence mon compa-
gnon de route, M. A. S. Pisarenko, auquel, avant toute chose, je suis redevable du succès de mon entreprise. J'ai beaucoup voyagé, mais jamais avec un compagnon aussi utile et aussi agréable.
N'étant pas alpiniste, je n'ai pu visiter les montagnes, ce qui m'a évité des soucis et des difficultés dont beaucoup de voyageurs ont eu à se plaindre. Je pénétrai dans le pays et j'en ressortis par le port de Krasnovodsk, oià commence le chemin de fer Transcaspien ; je suivis la ligne principale sur tout son parcours jusqu'à Tachkent, chef-lieu du pays, et le grand embranchement du Ferghana jusqu'à Andijan ; je pris aussi le nouveau chemin de fer de Kokand à Namangan.
Pendant un mois et demi à l'aller et un mois au retour, je restai dans la région du chemin de fer, d'où je faisais de fréquentes excursions en automobile et en voiture. A mon arrivée, j'avais trouvé le coton tout fraîchement éclos ; au retour, je le vis successivement en fleur, au début de sa maturation, et enfin, quelques jours avant mon départ, à Baïram-Ali, en pleine période de récolte.
Mon retour me montra aussi les pommes, les poires et le raisin en pleine maturité ; je pus me rendre compte de Timportance du commerce des fruits
entre le Turkestan et les principales villes de la Russie d'Europe, commerce dont Tachkent, Samarcande et Boukhara sont les principaux emporta.
Je ne puis me dispenser de remercier l'Administration du chemin de fer Transcaspien, qui mit un wagon à ma disposition pour toute la durée de mon voyage. Il est bien agréable de n'avoir à s'occuper ni des porteurs, ni des fiacres, ni des hôtels, souvent douteux, ni de l'emballage ou du déballage de bagages volumineux.
Pendant les deux mois qui séparèrent l'aller du retour, j'explorai des pays rarement visités par les touristes. De Samarcande je fis le trajet en poste jusqu'à Termez, puis en bateau à vapeur jusqu'à Petro-Alexandrovsk et, de là à différents points de l'oasis de Khiva, en carriole ou en barque. Mon compagnon, tombé malade à Tchardjouï, renonça à me suivre à l'oasis de Khiva, et ne me rejoignit qu'à Och, où je me reposai trois semaines. C'est alors qu'un confrère français, M. le professeur E. de Martonne,me mit en relations avec la Librairie Armand Colin : un échange de lettres s'ensuivit, dont ce livre est le résultat.
Je n'ai pas voulu faire une relation de voyage ; mon but a été de donner au public cultivé une idée
d'un pays intéressant à bien des égards, peu connu, même en Russie, d'autant moins à l'étranger, et auquel une partie du volume VI (l'Asie russe) du grand ouvrage d'Elisée Reclus, Nouvelle Géographie Universelle^ est consacrée.
Mais tant d'années ont passé depuis la dernière édition de celui-ci, l'étude du pays a fait tant de progrès, son développement économique a été si rapide, que l'ouvrage du célèbre géographe français est aujourd'hui suranné.
Je n'ai pu me borner à mes propres constatations; il m'a fallu consulter de nombreux livres et mémoires. Ce livre n'étant pas un ouvrage d'érudition, et la plupart des lecteurs ignorant la langue russe, je m'en suis tenu à un petit nombre de références bibliographiques. Pour celles d'ouvrages en russe, ainsi que pour les noms de lieux et de personnes, se posait la grave question de la transcription, les Russes n'usant pas de l'alphabet latin.
A moins de citer en lettres russes, ce qui n'est usité que dans des ouvrages très spéciaux, on a le choix entre deux systèmes. Dans l'excellente bibliographie des Annales de Géographie, les titres des ouvrages russes sont transcrits en lettres latines. Plus souvent, surtout en Allemagne, le titre est
traduit avec la mention : russe. Le premier système est parfaitement à sa place dans les Annales de Géographie^ dont la bibliographie est destinée surtout à des savants. Mon livre s'adresse à un public plus nombreux ; aussi, suivant Tavis de plusieurs confrères français, ai-je cru bien faire en adoptant le second système; j'ai donné la traduction du titre, accompagnée de la mention [R.]. Four la transcription des noms de lieux et de personnes, je me suis conformé, à peu de chose près, au système adopté par ï Atlas Vidal-Lablache.
Parmi les ouvrages dont je me suis servi, je dois mentionner en première ligne Le Turkestan par le prince W. 1. Masalsky [R.j^ Je Tai lu en épreuves, et l'auteur et l'éditeur m'ont autorisé à en user en toute liberté. Je leur en suis infiniment reconnaissant. J'ai emprunté beaucoup de renseignements, plusieurs tableaux et deux cartes" à ce livre, que je recommande vivement à ceux qui connaissent le russe. L'auteur est un botaniste distingué, qui a visité, à plusieurs reprises, le pays.
Étant données les petites dimensions de mon ou-
1. Saint-Pétersbourg, A. Devrient, 1913, 800 pages grand in-8°, avec cartes, diagrammes, photographies.
2. Carte schématique des principales chaînes de montagnes (p. 'J) et carte de la rivière Sokh (p. 2io).
vrage, j'ai pu l'écrire en assez peu de temps et le tenir au courant des publications les plus récentes. Je n'ai pas manqué d'amis qui me conseillaient de pousser plus loin encore le souci de l'actualité et d'attendre soit telle réunion d'ingénieurs, soit les bonnes feuilles de quelque rapport ofiiciel, mises gracieusement à ma disposition ; mais je me suis rappelé le proverbe : « Le mieux est l'ennemi du bien », et me suis arrêté à temps. J'ai évité les chiffres et les statistiques, exception faite pour les chapitres ni (Climat), vi (Eaux), vn (Aral), ix (Superficie et population), xvn (Agriculture) et xvni (Culture cotonnière) . Dans les chapitres ni et vu, des graphiques rendent plus « parlants » les chiffres cités.
Quant aux cartes, il y en a trois. La principale est hors texte : elle représente tout le pays, et est empruntée à VAt/as Vidal-Lablache, avec quelques additions (chemins de fer ouverts depuis l'édition de VAtlas, deux chemins de fer projetés, quelques localités dont il est question dans le texte et qui ne se trouvent pas dans V Atlas, etc.). La carte est à si petite échelle que la figuration des montagnes aurait nui à sa clarté, toute la vie du pays étant concentrée dans le voisinage des mon-
tagnes et des eaux d'irrigation qui en proviennent.
La carte schématique des principales chaînes de montagnes, à la page 9, est assez claire. A la page 225, on trouvera une carte de la rivière Sokh, avec les canaux d'irrigation qui en dérivent, carte typique pour les rivières de ce genre, entièrement employées à l'irrigation. On peut comparer le cours du Sokh en amont des canaux à un tronc d'arbre, dont les canaux dérivés seraient les racines.
Quant aux photographies, j'ai pu en donner 31 empruntées à quatre sources :
1° Celles de mon compagnon de voyage, A. S. Pisarenko ;
2° Des photographies de sables et de végétaux des sables par W. A. Palet/ky. 11 en est question principalement dans le chapitre iv ;
3° Les photographies de S. M. Prokudin-Gorsky représentant un des édifices les plus remarquables de Samarcande, et des scènes de la vie du peuple. On trouve, dans des relations de voyages en langue française, des photographies du mausolée de Tamerlan (Gour-Emir), l'édifice le plus connu des touristes. J'ai préféré donner' la photographie d'un monument moins connu, mais tout aussi remarquable ;
4° Enfin les quatre photographies de W. A. Taganzef représentant des types de hautes montagnes (chap . i) , et quelques spécimens de la belle végétation du Ferghana oriental (chap. v).
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