‹ Le Turkestan RusseChapitre 22 sur 87 · L. s. Berg, La mer d'Aral, Saint-Pétersbourg, 1908 [R · texte numérisé non relu

L. s. Berg, La mer d'Aral, Saint-Pétersbourg, 1908 [R

Les auteurs grecs et romains n'en disent rien de précis ; selon un orientaliste distingué, M. Barthold, on peut, avec eux, conclure aussi bien à l'existence de l'Aral dans les temps anciens, qu'à sa non-existence. Les auteurs musulmans du x" et du xi^ siècle de notre ère sont beaucoup plus exacts, et il est hors de doute que l'Aral existait de leur temps, et que l'Amou s'y déversait.

Ibn-Roustem, qui vivait au commencement du x® siècle, décrit assez exactement les rives est et ouest de l'Aral de son temps. La ville de Ket, actuellement Cheik-Abas-Vali, dans la division de l'Amou-Daria, sur la rive droite de l'Amou, était la capitale du Khovaresm. Masoudi, dans son encyclopédie publiée en 956, écrit que la rivière de Balkh se déverse dans l'Aral, le plus grand lac de la terre. Il compte trente journées de marche du nord au sud et six de l'est à l'ouest. En lOol, Istakhri parle d'un lac salé dans lequel se déverse le Djeikhoun (c'est le nom de l'Amou à cette époque), et, à quatre jours de là, le lac reçoit la rivière de Chach (Tachkent) : c'est évidemment le Syr.

Sur la carte de cet auteur la Caspienne et l'Aral sont séparés, et, d'après lui, il y a vingt jours de route entre les deux lacs. Les travaux des auteurs musulmans étaient connus des Vénitiens des xiif et xiv° siècles, surtout de Marino Sanudo. Ils connaissaient l'existence de l'Aral.

Mais au xv" siècle la géographie de Ptolémée fut traduite en latin et, dès lors, les habitants de l'Eu-

rope centrale et occidentale, s'en tenant à lui, n'admirent plus l'existence de l'Aral. Le Khan Aboulgazi, de Khiva, qui vivait de 1603 à 1663 écrit que l'Amou se déverse dans l'Aral qu'il est le premier à appeler de ce nom.

En 1552, le tsar Ivan IV de Moscou ordonna de mesurer les terres et de faire des cartes. Le travail fut publié en 1627, sous le nom de Pistsovia Knigi. Il contient aussi des données sur les pays limitrophes de la Russie. Il s'agit naturellement de renseignements oraux. Nous lisons entre autres : « De la Caspienne à l'Aral il y a 250 verstes à l'orient. Dans l'Aral l'eau est salée. De l'Aral jusqu'à l'Irgiz il y a 280 verstes. » Le livre mentionne aussi les sables de Kysil et de Kara-Koum. Ces derniers mesurent en longueur 250 verstes et en largeur 130.

En 1697, le Hollandais Vitsen vint à Moscou et dédia à Pierre le Grand une carte, la première publiée dans l'Europe occidentale où figurât l'Aral. Il est appelé More- Sieneie, c'est-à-dire Mer Bleue. C'est le nom que lui donnaient alors les Russes.

En 1717, Pierre le Grand envoya une grande expédition à Khiva; elle était commandée par le prince Bekowicz et avait pour mission de détourner l'Amou-Daria vers rOusboï, et de là vers la Caspienne. Elle finit tragiquement : elle fut surprise par les Khiviens, qui massacrèrent une grande partie des soldats.

Sur la carte publiée par le Phanariote Vatazi en 1732, la Caspienne a des contours assez précis. L'Aral y est

indiqué, mais assez inexactement. L'Ousboï n'y figure pas.

De longues années se passèrent sans apporter de données nouvelles sur ces pays. En 1825, l'expédition du colonel Berg, qui fut accompagnée par le naturaliste Eversmann et le géographe Lemm, fit beaucoup pour l'étude de ces pays, et la carte de Lemm donne à TAral des contours assez justes. Le nivellement barométrique fait par l'expédition attribue à l'Aral une hauteur de 36 mètres au-dessus de la Caspienne. En 1841, nous avons l'expédition de Boutenef, de Blaramberg et de Lemann. Cette expédition fut la première à trouver des coquilles aralo-caspiennes près des rives de l'Aral {Cardiiim et Mytilus Polymorphiis).

En 1842, l'expédition de Danilievsky et de Basiner mentionne pour la première fois le gel de l'Aral et l'existence du golfe d'Aiboughir, dont l'eau était alors douce.

En 1847, on édifia le fort de Raim sur le Syr, à 60 kilomètres de son embouchure. Ce fut un événement considérable pour l'étude de l'Aral et de ses tributaires, car dans la même année on construisit les premiers vaisseaux qui naviguèrent sur le lac. Le levé du lac et de ses rives fut confié au célèbre amiral Alexis Boutakof. Les levés faits plus tard ont montré l'exactitude de ses mesures; seulement, comme le niveau du lac est sujet à des changements assez considérables et que ses rives sont très basses et plates, l'étendue du lac varie avec son niveau. En 1857, Boutakof donne une courte

description de l'Aral et du Syr et mentionne l'abaissement du niveau de l'eau*. En 1857 le célèbre naturaliste Severtsof voyag^ea dans le Kara-Koum. Il y trouva, à 61 mètres au-dessus du niveau actuel du lac, des coquilles, qu'il prit pour des coquilles de l'Aral, et conclut que le niveau du lac s'était abaissé d'autant dans les temps historiques. Nous savons maintenant qu'il n'en est rien. En 1858, le colonel N. P. Ignatief fut envoyé comme ambassadeur russe dans les khanats de Khiva et de Boukhara. Il était accompagné du topographe Struve, qui fit un nivellement barométrique entre la Caspienne et l'Aral, et trouva une différence de 42 mètres.

En 1873, après la prise de Khiva, l'attention générale en Russie se porta vers l'Aral et le cours inférieur de l'Amou. On était convaincu alors que FAmou s'était déversé autrefois dans la Caspienne, par TOushoï, et qu'il serait facile de rétablir l'ancien cours. En 1875, on fit un nivellement entre une des branches du fleuve, le Kounia-Daria,etla dépression du petit lac Sary-Kamych, et on la trouva de 12 mètres au-dessous de la Caspienne et de 90 mètres au-dessous de l'Aral. En 1879 eut heu la grande expédition de A. I. Gloukhovskoï, dans le même but. On n'en a pas publié les résultats. Elle établit que l'ancien lit supposé de l'Amou était formé de deux vallées différentes, dont l'une, située à l'ouest du lac Sary-Kamych, se trouvait à 90 mètres au-dessus du lac. Un calcul montra que si l'on voulait déverser les

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