Voir chap. xii
La dernière région est extérieure à la zone de la culture rémunératrice du coton, mais nulle part l'irrigation ne serait plus facile, nulle part l'hectare irrigué ne reviendrait moins cher, et d'immenses étendues pourraient y porter des récoltes de froment, de riz et de fourrages.
La culture du sol a diminué récemment dans la vallée du Vakch, par suite d'une terrible épidémie de malaria. Beaucoup de cultivateurs moururent, d'autres émigrèrent. Quant au Sourkhan, ses eaux serviront bientôt à irriguer 71). 000 hectares dans la plaine de Chirabad : ce sont les terres concédées par l'Émir au Lieutenant-colonel Ananief.
Le bassin de l'Amou-Daria est de 296.000 kilomètres carrés, dont 82.000 en territoire russe, 85.000 dans le minuscule khanat de Boukhara et 129.000 dans l'Afghanistan. A son entrée dans la plaine, le lleuve débite en moyenne annuelle 1.214 mètres cubes par seconde. Il y a beaucoup de terrains irrigables, dans l'Afghanistan, sur la rive gauche du Pendj et de l'Amou-Daria. Les tributaires gauches du fleuve donnent en moyenne annuelle 146 mètres cubes par seconde; il est probable que la plus grande partie de cette eau servira bientôt à rirrigation. De plus, dans un avenir peu éloigné, près de 194 mètres cubes devront être employés à l'irrigation des terres du khanat de Boukhara, sur la rive droite du fleuve. La quantité pouvant servir à l'irrigation du territoire russe et du khanat de Khiva est de 1460 mètres cubes par seconde. Actuellement, on uti-
lise à peu près 126 mètres cubes dans le khanat de Boukhara, 330 mètres cubes dans le khanat de Khiva et 68 mètres cubes dans la division de l'Amou-Daria. On peut compter que le fleuve pourrait encore fournir 845 mètres cubes par seconde dans la plaine et 194 mètres cubes dans les pays de montagnes.
A supposer que les nouveaux travaux d'irrigation de l'Afghanistan n'avancent qu'avec lenteur, on pourrait, en construisant des barrages, utiliser jusqu'à 971 mètres cubes pour l'irrigation. Cette eau arroserait 328.000 hectares dans les bassins plus ou moins montagneux du Sourkhan, du Kafirnagan et du Vakch, et 874.000 hectares dans la plaine.
L'irrégularité de l'eau ne permettrait pas d'en utiliser plus de 50 p. 100 sans la construction de barrages. En tenant compte des conditions agricoles du pays et en étendant autant que possible la culture cotonnière, on arriverait à irriguer 1.148.000 hectares, dont 333.000 en coton, 197.000 en luzerne, 186.000 en sorgho, 366.000 en froment, 11.000 en orge, 55.000 en jardins, etc.
En ajoutant les terres irrigables des bassins des tributaires du fleuve, on atteint, pour le bassin de l'Amou- Daria, à un total de 980 à 1.300.000 hectares, dont 270.000 à 440.000 hectares utilisables pour la culture du coton. C'est de quoi fournir à peu près les 1 64 . 000 tonnes métriques de coton nettoyé importées de l'étranger par la Russie.
La moitié de l'eau du fleuve, ne pouvant être directement utilisée, devrait être retenue par des barrages. Il
faudrait pour cela 14 bassins égaux à celui d'Assouan sur le Nil, permettant d'irriguer 2.400.000 hectares de nouvelles terres; plus 710.000 hectares sans l'aide de barrages.
Dans la partie montagneuse du bassin, il y a des régions très propices à la construction de barrages . Ceuxci auraient une hauteur de plus de 85 mètres et une largeur de moins de 320 mètres. Si chacun d'eux coûtait autant que le barrage Roosevelt dans l'État d'Arizona aux États-Unis, on arriverait à une somme ronde de 262 millions de francs. Par malheur la Russie ne pourrait emmagasiner une aussi grande quantité d'eau, la majeure partie de la rive gauche montagneuse du fleuve appartenant à l'Afghanistan.
Signalons, comme point de comparaison, l'Inde, où près de 4 millions d'hectares sont irrigués à l'aide de barrages. Pour irriguer près d'un million de déciatines, soit 192.000 hectares en nombre rond, il faudrait construire soit deux barrages d'une contenance à peu près égale à ceux d'Assouan ou de Roosevelt, soit un plus grand nombre de barrages plus petits.
Le plus grand des tributaires de l'Amou-Daria débite, dans le dernier défilé en amont de la plaine, 388 mètres carrés par seconde en moyenne annuelle. L'étendue des terres irriguées dans son bassin est inférieure à 11.000 hectares.
Un canal captant l'eau du fleuve entre la ville de Kerki et la frontière afghane irriguerait facilement 400.000 hectares, principalement dans le khanat de Boukhara.
Les projets les plus grandioses tendant à l'utilisation des eaux de l'Amou ont été présentés par le colonel Yermolaef d'une part, par MM. Sazonof et Albrand de l'autre. Les deux projets consistent à prendre l'eau du fleuve dans le voisinage de la frontière afghane et à la conduire non seulement dans les terres voisines du fleuve, mais encore jusqu'à Mourghab et au Tedjen.
J'ai donné des détails sur le projet Yermolaef dans le chapitre xin. Il suffît de rappeler qu'il s'agit, au total, de l'irrigation de 380.000 hectares environ. Quant à l'autre projet, les auteurs en font encore un secret. Plusieurs volumes ont été écrits là-dessus, mais sont restés inédits, et ceux qui les reçoivent doivent promettre de n'en rien publier.
P. N. Lessar a parlé et écrit sur la possibilité d'une grande dérivation de la rive droite du fleuve pour irriguer les districts de Boukhara et de Karakoul, et peut-être une partie de celui de Karchi. Je ne sais si un projet détaillé existe, j'en doute même; mais Lessar était un ingénieur habile, et a visité les lieux. Il est certainement possible de faire quelque chose pour donner de l'eau à ces districts, qui en manquent, et sont, de plus, peu à peu envahis par les sables.
On peut étendre beaucoup les irrigations de l'oasis de Khiva, sur les deux rives, en agrandissant les canaux et en en creusant de nouveaux. Sur la rive gauche, on peut conduire l'eau jusque sur le territoire russe à l'ouest du khanat de Khiva.
L'existence d'une population nombreuse dans l'oasis de Khiva, population menacée par la famine si l'on ne reconstruit ces canaux dans un bref délai, milite en faveur de cette région : il importe d'y étendre l'irrigation.
On pourrait, de plus, drainer les marais et les lacs du delta, et gagner ainsi beaucoup de terres fertiles, faciles à irriguer. L'extension des irrigations dans l'oasis de Khiva, ainsi qu'au nord et à l'ouest de celle-ci, a beaucoup de partisans convaincus, qui sont hostiles à do grandes irrigations nouvelles en amont de l'oasis.
Si l'on prend, disent-ils, une notable quantité d'eau en amont des canaux de l'oasis de Khiva, celle-ci en souffrira beaucoup, à moins que l'on ne construise des digues pour élever le niveau du fleuve. Déjà actuellement l'eau est si basse, surtout pendant les mois d'avril et de mai, que les semailles sont souvent retardées, et les canaux d'irrigation de l'oasis sont dans un état si misérable qu'il est nécessaire de les reconstruire dans un bref délai. Il faudra en tout cas recourir à des digues pour élever le niveau du fleuve, qui, depuis Doul-Doul (à moitié chemin entre Tchardjouï et Petro- Alexandrovsk) et le commencement du delta, passe par quatre défilés, favorables à ces travaux.
Mais si nous envisageons des travaux plus importants, ayant surtout pour but l'extension de la culture du coton, il faut tenir compte du climat ; à ce point de vue, l'oasis de Khiva est dans des conditions moins avantageuses que les régions du Mourghab et du Tedjen,
ainsi que les districts de Boukhara, Karchi et Karakoul, où le climat est plus chaud, les gelées d'automne plus tardives.
Dans la partie méridionale du khanat de Boukhara, c'est-à-dire dans les régions de Chirabad, Termez, etc., qui pourraient être irriguées par l'eau des trois affluents de l'Amou, le Sourkhan, le Kafirnagan et le Vakch, les conditions sont encore meilleures pour le coton, les gelées commençant plus tard, grâce aux montagnes qui protègent contre les vents du nord.
D'après les explorations du service hydrologique du Turkestan les superficies de terres irriguées dans l'oasis de Khiva seraient les suivantes.