HECTARES
En amont de Pitniak 3.300
Entre Piniak et Noukous 290.000
En aval de Noukous 33.000
Total, en chiffres ronds. . . 326.300
D'après la même autorité, l'irrigation prend en moyenne 347 mètres cubes par seconde, du 1/14 mars au 30 septembre/13 octobre; le maximum est atteint vers la mi-été : 374, et le minimum à la fin d'août : 209 mètres cubes.
Les cultures de céréales prévalent dans l'oasis, et ne peuvent être augmentées par les irrigations actuelles, l'eau arrivant tard au printemps. D'un autre côté il reste, en juin, juillet et dans la première moitié d'août, beaucoup d'eau qui pourrait être employée à l'extension de la culture du coton.
Dans les régions qui pourraient être irrig-uées par les eaux du cours moyen et inférieur de l'Amou et qui se prêteraient à la culture du coton, 20 p. 100 seulement sont en cultures. Un judicieux emploi de l'eau du fleuve permettrait d'utiliser le nombre suivant d'hectares :
Dans la région inférieure de l'Amou-Daria. . 770.000
Dans la partie ouest du khanat de Khiva . . 550.000 Dans la partie nord-ouest du klianat de Bou-
khara, sur la rive droite du fleuve 330.000
Dans les oasis du Mourghab et du Tedjen . . 380 000 Sur la rive gauche du fleuve, en amont de
l'oasis de Khiva 330.000
Total 2.360.000
dont la moitié ou môme plus sous des climats favorables au coton, tandis que les terres du delta du fleuve sont excellentes pour la luzerne.
Dans toutes les régions du Turkestan irriguées par les eaux de l'Amou et du Syr et de leurs affluents, c'est-à-dire dans les deux khanats et les trois provinces du Turkestan proprement dit, il n'y a pas de barrages ; l'eau est conduite directement des rivières ou ruisseaux dans les canaux d'irrigation. C'est que la crue de ces rivières a lieu pendant les mois d'été, et coïncide avec l'époque où le besoin s'en fait le plus sentir.
Dans les oasis du Mourghab et du Tedjen au contraire, 011 l'eau arrive de montagnes beaucoup moins hautes, où la fonte des neiges finit en mai, les conditions ne sont favorables que pour la culture des céréales, et les retenues d'eau sont nécessaires. Dans les oasis de Mourghab, on en a aménagé depuis longtemps.
A. WoEiKOF. — Le Turkestan Russe. 21
Dans les bassins de i'Amou et du Syr, le régime des eaux n'est pas aussi favorable aux cultures qu'il peut le paraître. On ne manque généralement pas d'eau au milieu de Tété, mais la disette s'en fait sentir en avril, mai, et depuis la mi-août jusqu'à la fin des irrigations. Les cultures du coton et des fourrages en souffrent, ainsi que celle des céréales.
Les ingénieurs et agronomes qui examinent les projets de nouvelles irrigations, ou ceux qui poussent à la réfection et à l'amélioration des irrigations existantes, préconisent de plus en plus les barrages pour la retenue de grandes quantités d'eau. Ces barrages retiendraient les eaux des mois froids, ainsi que celles des grandes crues, qui, actuellement, ne causent que des dégâts.
Dans les montagnes des pays arides il y a de grands amoncellements de cailloux. Les brusques changements de température, les passages de la chaleur torride du jour au froid de la nuit désagrègent les roches, surtout quand la température de la pierre descend au dessous de zéro. Les montagnes du Turkestan sont certainement dans ces conditions. Quand un dépôt de cailloux s'est formé, la couche supérieure protège les couches inférieures contre les rayons du soleil, et la désagrégation en est ralentie.
Les grandes crues étant rares dans ces montagnes, les cailloux peuvent s'amonceler sans être promptement emportés en aval, comme cela a lieu dans les montagnes 011 les pluies sont plus abondantes, le Caucase, les Alpes et les Cévennes, par exemple. De là un fait remarqué
par la plupart des voyageurs qui ont visité le Turkestan ou l'Asie Centrale : près des glaciers les ruisseaux sont assez gros, beaucoup moindres en aval. C'est que, les cailloux étant très perméables, les eaux s'infiltrent et forment des nappes souterraines.
En construisant des barrages à une petite distance des glaciers, on captera beaucoup plus d'eau que par des barrages en aval. Au commencement, il y aura beaucoup de pertes par infiltration, mais, l'eau provenant de la fonte des glaciers étant très trouble, les interstices des cailloux finiront par être bouchés par la boue glaciaire très fine qu'elle apporte. Les rivières qui ne sont pas alimentées par les glaciers, mais dont les eaux proviennent en majeure partie de la fonte des neiges ont aussi beaucoup de troubles, moins cependant que les rivières glacières.
Les lacs artificiels créés dans les montagnes régulariseront l'irrigation, permettront des cultures plus variées, diminueront de beaucoup les chances de disette d'eau, si nuisibles à l'économie rurale.
Mais leur utilité ne se bornera pas à cela. On pourra s'en servir pour approvisionner les villes d'eau potable de bonne qualité, et surtout elles donneront la force motrice qui, transmise par des courants électriques, servira à l'éclairage électrique, à la traction des chemins de fer et des tramways, au fonctionnement des fabriques et usines.
La quantité de force motrice que l'on peut obtenir dans le pays est énorme. Les neiges et les glaciers dont
32i LE TURKESTAN RUSSE
la fonte donne la plus jurande partie des eaux du Turkestan sont à une hauteur supérieure à 2.000 mètres, et les oasis, actuelles ou à créer, sont, à peu d'exceptions près, au-dessous de 600 mètres. Il y a donc une marge d'au moins 1.400 mètres. Sans barrages, les forces sont difficiles à utiliser; avec des barrages, elles seront utiles. On s'en rend si bien compte que l'on construit souvent des barrages uniquement pour donner la force motrice aux usines. Dans les monts Oural il y a des retenues d'eau égales aux lacs alpins de moyenne grandeur.
Les barrages sont nécessaires au Turkestan surtout comme réservoirs de force, parce que l'éclairage électrique et les usines en ont un besoin particulier en hiver, quand les eaux sont peu abondantes.
J'ai mentionné les nappes souterraines des montagnes. Elles alimentent les rivières pendant les mois d'hiver, quand la fonte superficielle des neiges et des glaciers est suspendue. Seuls les plus grands glaciers donnent un peu d'eau en hiver, due au frottement de leurs glaces contre les roches sous-jacentes.
Si, en cette saison, les rivières étaient alimentées par les pluies, le niveau de leurs eaux varierait de jour en jour, car des pluies assez fortes alternent avec de longues périodes sèches.
La figure 7 (page 81) qui donne, pour quatre ans, les oscillations de hauteur de l'Amou au pont de Tchardjouï, montre que le niveau de l'eau varie peu d'octobre à mars, sans doute parce que les nappes souterraines des montagnes le maintiennent à peu près.
On voit par la même figure que les variations quotidiennes du niveau de l'eau sont bien plus considérables d'avril à septembre. Plus on approche du milieu de l'été, c'est-à-dire du temps où il ne pleut presque pas, même dans les plus hautes montagnes, plus le niveau des eaux dépend de la fonte des neiges et des glaces. Après des jours chauds, la quantité d'eau dans les rivières augmente ; après des journées plus froides, surtout si elles sont sans soleil, elle diminue.
Les lacs artificiels que l'on créera dans les montagnes contribueront au charme du paysage, charme qui manque actuellement et qu'on apprécie tant dans les Alpes. Ils y développeront aussi la villégiature, non seulement parce que la fraîcheur de l'air, les beaux sites, les bains d'eau douce et le canotage attireront les citadins, mais aussi parce que les barrages et les installations nécessaires aux conduites d'eau appelleront la construction de bonnes routes, probablement môme de chemins de fer ou de tramways. C'est l'absence de bonnes communications qui rend la villégiature dans les montagnes du Turkestan coûteuse et difficile. Il est souvent plus facile et moins clier d'aller passer l'été même en Finlande, à plus de 4.000 kilomètres, que dans les montagnes distantes de 30 à 60 kilomètres.
On m'objectera que tout cela est un peu de « la musique de l'avenir »>. Évidemment, cela ne se fera pas demain, ni l'année prochaine.
Mais quand on considère les progrès réalisés dans le pays par une génération sans plan arrêté, grâce seu-
lement à l'accroissement de la sécurité, à la construction des chemins de fer et aux efforts individuels, les espérances les plus brillantes sont permises. En 1878, on faisait les premières expériences sur les variétés américaines du coton, et l'ip^norance des conditions du pays était telle que l'on espérait acclimater le Sea-Island et que personne ne prévoyait les bons résultats des Upland. Il n'y avait pas une seule usine à égrener le coton, pas une huilerie à machines perfectionnées. On voit par les chapitres x et xni ce qui en est maintenant.
En 1886, un géologue célèbre et connaissant bien Je pays, I. W. Mouchketof doutait de la possibilité d'enrayer l'extension des sables. Le chapitre iv montre que l'on y a réussi dans les conditions les plus difficiles.
Autre fait : quand ce qu'on appelle la « houille blanche » attira l'attention générale, on s'aperçut que, dans bien bien des pays d'Europe et aux États-Unis, plusieurs des sites les plus importants étaient monopolisés par des compagnies puissantes ; aujourd'hui même on parle aux États-Unis d'un « trust des eaux ». Il est bon de méditer ce fait et de prendre des mesures pour éviter qu'il ne se reproduise au Turkestan.