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CHAPITRE XXIV

Agriculteurs et Nomades depuis l'antiquité dans le Turkestan. — Mélange des peuples à langues iraniennes et turco-tatares. — Résultats de la conquête russe : ses qualités et ses défauts. — Les écoles russes. Les Musulmans ne les fréquentent pas. — Comparaison avec l'Inde. — Rapprochement entre Russes et indigènes par le commerce. — Sécurité dans le pays. — Peut-on compter sur la soumission des indigènes ? — Pourquoi les Musulmans sont mécontents dans tous les États chrétiens. — Nécessité de colonies russes pour la sécurité du pays. — Nécessité d'écoles supérieures et d'écoles hydrauliques. — Les irrigations futures. — Rôle des capitaux privés. — Exemple de l'Ltat d'Idaho. — Considérations générales sur l'économie rurale des pays arides. — Leur supériorité sur les pays humides. — Problèmes scientifiques et techniques.

Dans ce chapitre, je traiterai de quelques questions qui n'ont pas trouvé place dans les chapitres précédents, et finirai par des considérations générales.

Les pays qui forment actuellement le Turkestan russe et le Turkestan afghan furent habités depuis des temps très anciens par des populations de race et de langue iraniennes, qui s'adonnaient à l'agriculture avec irrigation artificielle. Les oasis irriguées voisinaient avec des steppes et déserts habités par des nomades. Les relations commerciales entre les sédentaires et les nomades étaient constantes. Les nomades vendaient du bétail,

(le la laine, des peaux, des feutres, des tapis, louaient des chevaux et des chameaux pour les transports, et achetaient des céréales, des légumes, des fruits, des produits manufacturés de toute espèce. Mais ils jugeaient que prendre sans payer est plus avantageux qu'acheter, et les incursions des nomades en quête de pillage étaient fréquentes.

Jusqu'au vi" siècle de notre ère, les grandes monarchies dont le Turkestan faisait partie furent assez fortes pour les repousser. Mais alors commencèrent les invasions des nomades turco-tatares. A la fin du vu" siècle eut lieu la conquête arabe et la conversion du pays à l'Islam. Tant que dura la puissance des khalifats de Damas et de Bagdad, la poussée des nomades turcotatares fut arrêtée; plus tard, elle reprit de plus belle, et s'acheva par la conquête des khanats de Boukhara et de Khiva par les Uzbegs, à la fin du xvf siècle. Tandis que la domination mongole fut éphémère, les conquêtes par les nomades voisins eurent sur le pays une influence décisive. Elles déterminèrent dans le Turkestan la prédominance des langues turco-tatares. Les langues iraniennes, le tadjik et le galtcha, ne sont parlées aujourd'hui que dans le district de Samarcande et dans les montagnes à l'est du klianat de Boukhara.

Mais les sédentaires ne furent pas exterminés par les nomades; les deux races se mélangèrent. Vraisemblablement les us et coutumes de la population primitive du Turkestan n'ont été que peu modifiés par l'influence des conquérants nomades ; au contraire, ces derniers

ont généralement adopté les usages des populations sédentaires.

L'acquisition du Turkestan a-t-elle été avantageuse à la Russie? Que lui a-t-elle apporté ?

La conquête s'imposait : elle a mis fin aux incursions des nomades, encouragées par les souverains du Turkestan, l'Émir de Boukhara et les Khans de Kokand et de Khiva ; elle nous a donné un pays béni du soleil, un pays riche en produits agricoles, qui ne pouvaient être cultivés ni dans la Russie d'Europe, ni dans la Sibérie.

Pour le moment, le Turkestan fournit presque la moitié du coton employé par les fabriques russes, beaucoup d'autres matières premières, et constitue un grand marché pour nos produits manufacturés. Déplus, depuis que nous y avons construit des chemins de fer et aboli le brigandage, les pays limitrophes \ eux aussi, se sont mis à nous vendre leurs matières premières et à acheter nos produits manufacturés.

Aux indigènes, la conquête russe a donné la paix et la sécurité, une administration, imparfaite sans doute, mais bien supérieure à la précédente. Que Ton considère ce qui se passe dans les khanats vassaux de Khiva et de Boukhara, soumis encore au régime administratif exercé dans tout le Turkestan avant la conquête. Même là d'ailleurs, la population est du moins débarrassée

I. Province persane du Khorassan, provinces nord de TAfgiianistan et Kachgarie.

de la peur des nomades. On sait qu'en Perse les conditions sont pires encore, surtout depuis 1907.

Si l'administration laisse à désirer, la faute en est à l'insuffisance des salaires, à la connaissance imparfaite des langues indigènes, et au fait qu'elle n'offre pas à ses employés de carrière déterminée.

Ce dernier défaut saute aux yeux, surtout si l'on compare l'administration du Turkestan à celle des Anglais dans l'Inde et à Ceylan, ou des Hollandais dans l'archipel Malais.

Là les fonctionnaires sont choisis au concours, entrent de bonne heure en fonctions, reçoivent des salaires élevés et une pension entière après vingt-cinq ans de services, et jouissent même, dans l'Inde, d'un an de congé sur cinq, avec salaire entier. On peut exiger beaucoup en échange de tels avantages.

Rien de tout cela n'existe au Turkestan : les employés n'ont qu'une carrière mal assurée, et, si loin de la capitale, la certitude d'être oubliés. Les bureaux de Saint-Pétersbourg cherchent encore, néanmoins, à diminuer les avantages assez insignifiants dont jouissent les fonctionnaires des provinces éloignées.

Une bonne connaissance des langues indigènes serait indispensable aux employés; sans elle l'administration de la justice surtout devient dérisoire, les faux témoins étant à très bon marché, et les Musulmans les plus pieux n'y trouvant rien à redire tant qu'il s'agit de témoignages devant des infidèles (giaours). Connaissance facile à acquérir d'ailleurs. On ne trouve pas au Turkestan la

grande diversité de langues du Caucase, par exemple; l'immense majorité des indigènes parle des langues turco talares, ayant beaucoup de rapport entre elles : le sarte, l'uzbeg, le turcoman, le kirghiz. De plus ces langues peuvent servir dans d'autres parties de l'empire : steppes Kirghiz, Caucase, Crimée, etc. La connaissance du Tadjik ne serait nécessaire que dans le district de Samarcande et dans les parties montagneuses dukhanat de Boukhara.

Le meilleur élément de l'administration du Turkestan est constitué par les chefs de district et les pristavs ou chefs d'arrondissement (il y en a 2 à 4 par district). Ce sont des officiers bien recommandés, restés longtemps au service, et connaissant bien le pays et ses habitants. Mais ils n'ont pas de carrière, car on ne les nomme pas gouverneurs de province ; ces postes sont remplis par des généraux envoyés de Saint-Pétersbourg.

Ces fonctionnaires ont laissé le meilleur souvenir aux voyageurs, tous les récits en font foi. J'ai été à même de profiter largement de leur hospitalité, de leur connaissance du pays et de leur obligeance, et leur en témoigne ici ma reconnaissance; encore n'ai-je visité que des lieux d'un abord relativement facile. Les ascensionnistes ne sauraient guère se passer de leur aide, généreusement accordée d'ailleurs à ceux qui la méritent, et même parfois à ceux qui ne la méritent pas.

Les écoles du pays sont de quatre sortes :

l'' Les mektebé et mèdressés, c'est-à-dire les écoles à

l'ancienne manière, où Ton enseigne principalement le Coran. L'État ne s'en mêle en aucune façon, laisse les choses continuer comme par le passé. Les médressés (écoles musulmanes supérieures) sont entretenues par les fondations vakouf. De nouveaux vakouf ne peuvent être fondés sans l'assentiment du gouverneur général, qui l'accorde rarement.

2° Les écoles russes indigènes sont peu nombreuses. Les indigènes y apprennent le russe et les rudiments des sciences. Elles sont fréquentées surtout par ceux qui se destinent aux postes administratifs inférieurs. Mais elles sont utiles aussi au commerce et à l'industrie.

3° Les écoles élémentaires, dans les villes et les villages russes.

4° Les écoles secondaires pour garçons [gymnases et écoles Idéales) et filles {gym?iases fémi?iins), dans les villes. Ces deux sortes d'établissements ne sont fréquentés que parla partie russe de la population. Les Musulmans n'y envoient pas leurs enfants, ces écoles donnant accès au service de l'État. Non que les Russes excluent les indigènes des fonctions officielles. Certains Musulmans occupent des postes importants dans l'administration, deviennent officiers et même généraux ^ Ce sont les indigènes qui se refusent à participer au service de l'État.

La même chose s'observe dans l'Inde. Les Anglais

1. Le général Alikhanof, Musulman originaire du Daghestan, contribua beaucoup, par ses conseils, à la soumission volontaire des Turcomans- Tekke.

sont plutôt favorables aux Musulmans, mais ces derniers s'éloignent des écoles dont les diplômes donnent accès aux postes administratifs ; les Hindous au contraire, surtout ceux de la caste des Brahmanes, les fréquentent volontiers, et tous les postes inférieurs de l'administration sont occupés par eux.

Le commerce et l'industrie, surtout à Tachkent, à Samarcande et dans les villes du Ferghana, commencent cependant à rapprocher Russes et indigènes. La Bourse de Kokand y a beaucoup contribué. De plus en plus les marchands indigènes voyagent en Russie, ils visitent la foire de Nijni-Novgorod et surtout Moscou, le centre commercial russe, oii il y a des maisons de commerce sartes importantes. Mais ce rapprochement s'arrête au seuil de la maison et de la famille ; les femmes en sont exclues.

On n'a rien fait encore pour l'instruction des femmes indigènes, et il est difficile d'indiquer le moyen de la développer. Dans d'autres parties de l'empire russe il y a des familles musulmanes oii les femmes vivent à l'européenne, ne portent plus le voile, fréquentent les écoles, même supérieures. Le temps fera son œuvre dans le ïurkestan.

Les nomades ou anciens nomades du Turkestan ne sont pas, à beaucoup près, des Musulmans aussi fanatiques que les Sartes, Uzbegs et Tadjiks. On se demande à quel type de civilisation ils finiront par se rattacher.

Chez les Turcomans, il paraît que le type musulman prend le dessus.

Pour les Kirghiz, le cas est différent. La plupart d'entre eux vivent liors du Turkestan, dans les provinces de Sémierietchensk, Sémipalatinsk, Akmolinsk, Tournai et Ouralsk. Lors de la conquête russe, au xviii* siècle, ils n'étaient pas encore musulmans, et le sont devenus au contact des fonctionnaires russes. On leur bâtit des mosquées, on leur envoya des mollahs ; peu à peu ils s'y accoutumèrent, mais leur zèle religieux est encore très modéré. Ils envoient volontiers leurs enfants dans les écoles russes, même dans celles d'instruction supérieure, qui en font des fonctionnaires et quelquefois des savants.

On se demande s'il en sera de même pour les Kirghiz vivant dans le Turkestan, et si le voisinage de Musulmans aussi fanatiques que les Sartes et les Tadjiks n'aura pas d'influence sur eux.

On pourrait aussi exercer une action sur les indigènes du Turkestan par l'intermédiaire des femmes-médecins, (jui pénètrent facilement dans les familles. Ce moyen n'a pas encore été suffisamment envisagé.

Depuis la conquête du Turkestan, à peu d'exceptions près, la sécurité du pays est parfaite. Les meurtres et brigandages sont plus rares que dans les pays les plus civilisés d'Europe et d'Amérique. Mais peut-on compter sur la soumission des indigènes, malgré les avantages de la conquête russe ?

Ceux-ci sont d'ordre purement matériel; or les Musulmans pieux ne peuvent s'accommoder d'un gouver-

nement de giaours (infidèles) : il en est ainsi dans tous les pays musulmans conquis, soit par la Russie, soit par la France, soit par la Grande-Bretagne, soit par les Pays-Bas. Il y a des incompatibilités que l'administration la plus habile, la plus juste, la plus bienveillante peut modérer, mais non abolir.

Dans les pays musulmans, une des fonctions principales de l'État consiste à veiller à l'exécution des préceptes du Coran; c'est l'unique office de la police. Or les Musulmans soumis à des gouvernements chrétiens réprouvent surtout la protection accordée aux débits de liqueurs fortes et à la prostitution. « Votre gouvernement, disent-ils, protège les vices les plus répugnants, et, en même temps, se mêle de ce qui ne le regarde pas. ïl veut nous obliger à nettoyer nos maisons et nos cours, à prendre des mesures contre les épidémies. Mais nous savons que les maladies sont envoyées par Allah et qu'on ne peut aller contre Sa volonté. » Si on leur objecte que l'on peut aussi se procurer des liqueurs fortes dans les États musulmans, et que la prostitution y existe, ils répondent que ces vices y sont moins répandus et moins étalés que dans les pays de gouvernement chrétien ; chez eux, il n'y a pas de scandales publics. Paraphrase inconsciente de la maxime : a L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. »

On sait qu'il se fait au Turkestan une propagande panislamique fort active; certains ordres religieux sont ouvertement hostiles à la domination russe. On laisse aller les choses, quitte à éprouver des surprises fort

désagréables, comme en mai 1898, quand des insurrections éclatèrent sur plusieurs points du Ferghana. Des soldats furent surpris et massacrés. L'insurrection réprimée, il se trouva qu'elle avait éclaté à l'instigation d'un certain Ichan (saint homme). Dès lors, les indigènes se tinrent tranquilles, même pendant les années 1904 à 1906, alors que la guerre russo-japonaise d'abord, ce que l'on a nommé la « révolution russe » ensuite, nuisaient fort au prestige du gouvernement. Mais peuton compter indéfiniment sur cette tranquillité de la population, surtout en cas de guerre avec la Turquie ou l'Afghanistan par exemple ? Nul n'oserait l'affirmer. Aussi une force militaire assez considérable est-elle nécessaire au Turkestan.

On ne pourrait la réduire qu'en établissant de nombreuses colonies agricoles russes, qui serviraient ainsi non seulement au développement économique du pays, mais encore à sa sécurité.

Des personnes très au courant des affaires du pays désirent l'ouverture d'une école d'études supérieures. Mais elles sont peu d'accord sur le genre d'études auxquelles serait donnée la préséance. Il me paraît qu'il faudrait commencer par l'agriculture et l'hydraulique, sciences spécialement adaptées aux nécessités du pays. Les fils de militaires, employés, commerçants ou industriels russes du Turkestan seraient les premiers à profiter de ces écoles, qui resteraient ouvertes aux étudiants de la Russie d'Europe, et, avec le temps, aux fils des

indigènes, aux Juifs d'abord et aux Musulmans ensuite. Plus tard, il y aurait lieu de fonder une faculté historicophilologique, où l'on enseignerait surtout l'histoire et les langues du pays.

Peu d'élèves de ces écoles d'agriculture seraient à même de faire valoir leurs propres biens, car la grande et même la moyenne culture ne réussissent pas dans le pays. Ils deviendraient principalement fonctionnaires, ingénieurs hydrauliques, agronomes, professeurs d'écoles agronomiques, chimistes, bactériologues des stations d'expérimentation, etc., mais fonctionnaires spécialistes. Ils auraient pour mission de s'occuper de tout ce qui tient de près ou de loin à la culture du sol et à l'irrigation artificielle, indispensable dans ce pays aride. Je me suis étendu dans plusieurs chapitres sur l'importance de cette dernière, et sur sa connexion étroite avec la question de la colonisation russe.

En thèse générale, les terres irriguées à l'aide des anciens systèmes de canaux doivent rester aux indigènes ; la grande quantité de terres pouvant encore être irriguées après la reconstruction de ceux-ci servira de réserve aux générations futures.

Les terres irriguées à l'aide de nouveaux canaux doivent servir surtout aux colons russes ; c'est un fonds de colonisation fort important.

Mais qui fera les nouveaux canaux ? l'État ou les particuliers ? Et, dans ce dernier cas, pourra-t-on admettre les étrangers ?

Ces questions sont sérieusement discutées en Russie.

A. WoEiKOF. — Le Turkeslan Russe. 22

Ce que l'État a fait jusqu'à présent, en fait de canaux d'irrigation, est peu de chose. Espérons que le canal qu'il construit actuellement dans la Golodnaïa Step inaugurera une ère plus active.

Quant aux entreprises particulières, on en a étudié la possibilité, mais sans accorder encore aucune concession. Il y a des adversaires très décidés de concessions de cette espèce, surtout à des Compagnies étrangères. Ils auraient raison s'il s'agissait de la propriété des terres irriguées, mais on peut procéder autrement. Sous ce rapport ce qui a été fait aux États-Unis, dans l'État d'Idaho, mérite l'attention la plus sérieuse.

L'État d'Idaho obtint du gouvernement central la concession d'un million d'acres de terres, avec l'obligation de les irriguer et de les vendre à des colons. Les canaux d'irrigation furent construits par des Compagnies, sous la surveillance des autorités de l'État. Ces Compagnies ne devenaient pas propriétaires des terres, elles n'avaient droit qu'aux intérêts et à l'amortissement des sommes qu'elles avaient dépensées, et qui étaient hypothéquées sur les terres. A mesure du paiement de leur dette à la Compagnie, les colons devenaient actionnaires, puis, la dette entièrement éteinte, propriétaires de l'eau qui irriguait leurs terres. Ce système fonctionna si bien que l'État d'Idaho obtint la concession d'un second, puis d'un troisième million d'acres.

Ce qui a été fait aux États-Unis montre bien que l'on peut s'adresser à l'industrie privée sans lui abandonner la propriété des terres.

Quoi qu'il en soit, les nouvelles irrigations sont nécessaires ; ce n'est qu'une question de temps. Grâce à son soleil, et à la grande quantité d'eau encore disponible, le pays peut et doit devenir une des parties les plus prospères de l'Empire russe.

Nulle part plus que dans les pays à irrigation artificielle l'économie rurale n'est un art, et ne demande d'initiative et d'affranchissement des routines.

Les ingénieurs hydrauliques ont fait des travaux admirables, mais dans aucun pays on n'a même posé le problème d'une utilisation tant soit peu complète des eaux. L'idéal serait que chaque goutte d'eau provenant de la pluie ou de la fonte de la neige servît à quelque chose.

Ce résultat, — et les cultivateurs les plus ignorants le comprennent, — ne peut être obtenu que sous les climats arides. Les pays secs à irrigation artificielle sont les pays d'avenir, et leur surface irrigable doit porter des récoltes bien plus riches, plus abondantes que des surfaces égales dans les pays humides.

Dans ces derniers, il pleut parfois pendant toute la saison de végétation, le soleil est souvent intercepté par les nuages, et l'homme est beaucoup moins maître des conditions régissant les récoltes. Les pluies y font autant de mal que de bien, et le cultivateur est impuissant à empêcher leurs ravages.

Mais, sous les climats arides oh la fonte des neiges donne l'eau nécessaire aux irrigations, l'homme est le maître de l'eau, il peut la diriger à sa guise, la répartir selon les besoins.

Avec l'eau de ses montagnes et son climat chaud, sous son ciel où il ne pleut presque pas dans la saison de la végétation, où le soleil est rarement obscurci par les nuages, quelles étendues de culture offre le Turkestan, quelle immense perspective il ouvre aux sciences et aux arts usuels à base de science, quelle magnifique récolte il prépare, sur des terrains intelligemment exploités, et dans un temps qui n'est relativement plus éloigné !

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