IMMUNITÉ — RÉCIDIVES
Les auteurs anciens admettaient la récidive dans le typhus exanthématique ; quelques confrères nous ont signalé pendant cette épidémie de rares cas. Nous n’en avons jamais vu. Les observations des anciens traités ne sont pas suffisamment dé-
monsiratives; de même celles dont on a parlé pendant lépi-
démie de Moldavie ne sont pas assez bien étudiées : il s’agissait toujours de cas où la première infection était douteuse. Nous ne pouvons pas admettre la récidive dans un cas, tant qu'on n’a pas fait un examen clinique détaillé et certaines recherches de laboratoire, comme la recherche de la formule leucocytaire, de la leucocytose et celle du liquide céphalo-rachidien. Or, les observations dont nous parlons plus haut, ne contiennent même pas un bon examen clinique du malade.
Nous ne nions pourtant pas la possibilité de la récidive, mais elle n’est pas jusqu’à présent démontrée. Il est possible que l’immunité du typhus ne soit pas assez durable après les formes légères, ce qui concorderait avec les expériences de Nicolle, d’après lesquelles il n’y aurait qu’une infection grave qui confèrerait une imunité intense chez le signe. Nous pouvous affirmer que généralement le typhus exanthématique confère une immunité des plus durables.
CEPAPPTEICENEX
D:RASGON OS TE C
Avant de commencer la discussion du diagnostic diffésentiel du typhus exanthématique, nous allons résumer en quelques mots les caractères cliniques les plus importants qui nous aident à poser le diagnostic. La température commence ‘en général assez brusquement, présentant une période d’ascension de 2 à 3 jours. La défervescence se produit aussi d’une manière rapide. La durée de la période fébrile en pleine -épidémie est en général de 15 jours. Les malades présentent un aspect caractéristique de la figure, qui prend le caractère ‘vullueux, en même temps qu’apparaît un autre symptôme important: l'injection des conjoctives. Vers le 6-ème jour débute l’exanthéme, composé de tâches type lenticulaire les premiers jours, qui ne disparaissent plus à la pression ensuite. Dans le courant de la seconde semaine commencent dans le formes graves les phénomènes nerveux : obnubilation intelec- ‘tuelle, apatie, carphologie, soubresauts tendineux, troubles de Ja déglutition et de la respiration. La langue humide dans les formes légères, est très déssechée dans les forme hypertoxiques -On observe de même la cyanose des extrémités de plus en plus pronnoncée, à mesure que le malade s’approche de l’apyrexie. Les malades entraient dans notre service, tantôt en pleine période fébrile, tantôt après la défervescence. Chez les malades arrivés en pleine période fébrile nous posions en
général le diagnostic d’après les caractères décrits plus haut. Chez les malades qu’on nous envoyait après la défervescence, il ne s’agissait bien entendu jamais de convalescents de formes légères qui n’avaient pas besoin d’être hospitalisés, mais bien de formes hypertoxiques de typhus chez lesquels les phénomènes toxiques continuaient et même s’aggravaient après la défervescence. Dans cette dernière catégorie de cas c’est l'aspect de l’exanthème, la langue, les phénomènes nerveux, l'aspect des extrémités, quelquefois aussi l’état des conjonctives qui nous aidaient a faire un diagnostic rétrospectif, L’exanthème, qui disparaît en général au moment de la défervescence dans les formes légères, s'accentue, prenant le caractère hémorrhagique intense, après la chute de la température dans les formes graves. La langue reste très sèche; le sujet ne peut pas la tirer, l’organe semble attachée au plancher buccal. Le malade est plus ou moins inconscient, les extrémités sont cyanosées et froides. Dans beaucoun de cas enfin on constate encore après la défervescence une forte injection des conjonctives. Le pouls est quelquefois très accéleré, d’autrefois normal comme rythme, mais la tension est faible: le pouls est fuyant, à peine sensible a la radiale, À tous ces symptômes cliniques s'ajoutent différentes signes fournis par l’examen du sang et du liquide céphalo-rachidien, que nous avons décrits en détail dans les chapitres antérieurs et sur lesquels nous allons encore revenir plus bas,
Le diagnostic du typhus exanthématique est facile à faire dès le début de la maladie, surtout en pleine épidemie. Il est plus difficile au début d'une ésidemie et surtout dans les regions ou sévissent plusieurs épidémies à la fois. Nous avons eu pendant l'hiver de 1917, comme épidémies concomitantes, celle de typhus et de réccurrente; pendant l'été de la même année le typhus et la fièvre typhoide. Le diagnostic différentiel se posait entre le typhus et la récurrente pendant l’hiver, entre le typhus et la typhoide pendant l'été: la difficulté du diagnostic était dans certains cas d’autant plus grande qu'à côté des cas simples de typhus exanthématique, nous avons
Dr
eu des cas d’association de typhus et de récurrente d’un côté, de typhus et de typhoïde de l’autre.
Diagnostic différentiel du typhus et de la typhoïde. Pour faire le diagnostic différentiel il faut tenir compte en première ligne des symptômes cliniques, en second lieu des résultats de certaines recherches de laboratoire. Nous ajouterons à la fin un paragraphe concernant les différences qui existent entre les deux infections au point de vue anatomo pathologique,
Diagnostic clinique. La température monte beaucoup plus lentement au début de la maladie dans la fièvre thyphoïde que dans le typhus. Sans considérer les différentes lois de Wunderlich comme absolues, il n'y a aucune doute que dans la grande majorité des cas il existe une différence importante à ce point de vue entre la typhoïde et le typhus. De même, tandis que dans le typhus la défervescence se produit d’une manière rapide, elle est beaucoup plus lente, en lysis, dans la fièvre typhoïde.
On ne peut pourtant pas affirmer que dans le typhus {fe début et la fin de la température sont tout aussi brusques que dans une pneumonie : 11 y a toujours au début une petite période d’ascension, à la fin une petite phase de Iysis — mais ces périodes ont une durée beaucoup plus courte que dans la plus grande partie des cas de typhoïde. La durée de la période thermique est la plupart du temps plus longue dans Ia typhoïde que dans le typhus. La typhoïde ne s'accompagne jamais, ni d'injection des conjonctives, ni de cette vasodilatation de la figure qui donne l'aspect vultueux caractéristique de la figure dans le typhus exanthématique.
L'éruption est en général plus discrète dans la typhoïde, elle se localise au thorax et à l’abdomen. Elle est composée de tâches rosées, en relief, disparaissant complètement à la pression, Ces tâches disparaissent la plus part du temps après quelques jours; quelquefois elles durent plus longtemps, mais ne laissent jamais de traces. Dans le typhus les tâches présentent aussi le type lenticulaire et disparaissent à
la pression les premièrs jours, mais elles se transforment vite en tâches pétéchiales, ne sortant plus en relief, et ne disparaissant plus à la pression. On se rend compte qu’il se produit localement une petite suïfusion sanguine dans le der: me. Ces tâches ne font que s’aggrandir dans certaines formes de typhus exanthématique, les cas que nous avons appelés hypertoxiques.
Les phénomènes nerveux sont plus rares dans la typhoide : le délire est moins fréquent, la plupart du temps moins violent. L’obnubilation intelectuelle est plus intense dans le typhus et l’inconscience complète des malades, cet état de éuphos s'observe beaucoup plus fréquement et est beaucoup plus caractéristique dans cette dernière infection que dans la fièvre typhoïde. L’adynamie, l’état de stupeur profonde qui sont si intenses dans le typhus, se rencontrent beaucoup plus rarement à ce degré dans la fièvre typhoïde; dans cette dernière infection on n'observe pas de troubles pupillaires (myosis, inégalité pupillaire) comme dans le typhus. Le hoquet, les troubles de la déglutition sont exceptionnels dans la typhoïde. On ne voit jamais dans cette dernière infection les convulsions épileptiformes que nous avons signalées dans plusieurs Cas de typhus exanthématique. De même la carpholovie, les soubresauts tendineux, le tremblement des extrémités sont beaucoup plus rares dans la typhoïde. La langue ne présente que rarement aspect que nous avons décrit dans les formes hypertoxiques de typhus.
La fièvre typhoïde n'est presque jamais accompagnée du syndrôme des extrmités, tel que nous l'avons décrit dans le typhus: la cyauose ne se rencontre que très rarement, les extrémités ne se refroidissent que tout à fait à l’approche de Ja mort.
Le myocarde devient beaucoup plus rarement insuffisant dans la fièvre typhoïde que dans le typhus. Dans la fièvre typhoïde on rencontre beaucoup plus souvent le type vagotonique de courbe du rythme, et cela ne tient pas comme dans le typhus exanthématique exclusivement à l’état vagonitique du sujet, mais aussi à une propriété spéciale de l’infec-
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tion typhique, Le myocarde reste certainement moins troublé dans la typhoïde que dans le typhus et on observe beaucoup plus fréquemment dans cette dernière infection ce que nous avons décrit sous le nom d'hypersensibilité myocardique tardive.
Les complications pulmonaires sont beaucoup plus fréquentes dans le typhus, de même l’otite et l'erypsèle, la parotidite. Cette dernière présente une gravité de beaucoup plus grande dans le typhus que dans la typhoïdc., On n’observe pas dans la typhoïde cette tendance à la suppuration si souvent rencontrée chez les exanthématiques et l'association de Ia septicémie streptococique est certainement beaucoup plus rare dans la typhoïde.
On ne voit de même pas dans la fièvre typhoide ces complications laryneées accompagnées d'œdème de la glotte et suivies de mort très rapide comme dans le typhus. On ne rencontre jamais dans la fièvre typhoiïde certaines complications oculaires, comme, par exemple, les lésions de la rétine et l’atrophie du nerf optique. On n’observe non plus aussi souvent les lésions nerveuses tardives, comme l’hemiplégie, les polynevrites, etc.
Insistons encore sur un phénomène important: tandis que dans la fièvre typhoïde la chute de la température est presque toujours accompagnée d’une amélioration sensible de l’état général du sujet et de tous les symptômes de la maladie, dans les formes hypertoxiques de typhus la défervescence se pro” duit, mais les phénomènes d’intoxication de l’organisme continuent à s’accentuer pendant l’apyrexie. Dans la fièvre typhoide on considère la plupart du temps le malade comme sauvé de son infection une fois que la défervescence s’est produite; dans beaucoup de cas de typhus {les formes hypertoxiques) c’est au moment où commmence l’apyrexie que la maladie devient plus grave. L’intoxication de l’organisme joue, en effet, un plus grand rôle dans le typhus et se continue même après la défervescence.
Telles sont les différences entre le typhus et la typhoïde, en considérant l'infection en général. Mais quand il s’agit
d'établir le diagnostic de chaque cas en particulier il est quelquefois difficile d’arriver à une conclusion certaine d’après les seuls symptômes cliniques. Nous avons ou plusieurs cas pendant l’été de 1917 où nous avons du recourir à certaines recherches de laboratoire pour faire le diagnostic. En effet, le début et la fin de la courbe thermique ainsi que sa durée, sont assez variables dans la fièvre typhoïde, surtout chez les vaccinés. Nous avons vu, d’un autre côté, qu’il existe ausssi des formes abortives de typhus qui semblent beaucoup comme courbe thermique à une typhoiïde légère de forme abortive. L’aspect classique des conjonctives et de la figure peuvent manquer quelquefois complètement dans le typhus exanthématique et l’exanthème peut être limité à quelques tâches d’une durée très courte. Nous verrons, d’un autre côté, au châpitre des associations que l'éruption dans la typhoïde peut se généraliser et ressembler au premier abord à un exanthème. Il est vrai que toutes les tâches disparaissent à la pression, mais combien de fois on n’a pas vu des exanthèmes dans le typhus se réduisant aux simples tâches lenticulaires, semblables à celles de la fièvre typhoide et disparaissant en quelques Jours, sans laisser aucune trace?
Les autres symptômes, troubles nerveux, syndrôme des extrémités, état de la langue, état du cœur, etc. n’accompagnent la plupart du temps que les formes graves, et nexistent en général pas dans les formes légères du typhus. Beaucoup de ces symptômes peuvent, par contre, être présents dans certaines cas graves de typhoide. Nous ne parlons pas des complications, car elles ne serviraient la plupart du temps qu’à poser un diagnostic rétrospectif.
Nous pouvons conclure de ces faits que, si dans la plupart des cas les symptômes cliniques suffisent pour faire la différenciation entre le typhus et la typhoide, il y a des cas où le diagnostic est plus difficile. Nous avons recours alors aux différentes examen de laboratoire que nous allons exposer en résumé.
Recherches de laboratoire. Nous devons parler en premier
heu de l’hémoculture pour la fièvre typhoïde. Nous employons lhémoculture sur bile qui nous donne les meilleurs résultats. Nous insistons sur le fait que si elle est négative, il faut la répéter plusieurs fois à un ou plusieurs jours d’intervalle.
La réaction de Widal n’est pas valable pour les vaccinés car leur sérum contient des agglutinines spécifiques. Mais sj on fait pendant une fièvre typhoiïde chez un vacciné plusieurs séro-réactions de Widal, on constate en général que le titre agglutinant du sérum ‘augmente à mesure qu’on s’approche de la fin de la maladie. Mais même quand l’hémoculture est faite plusieurs fois à la file, elle peut être négative chez les vaccinés. D'un autre côté, si le malade est envoyé tard à l’hôpital, l’hémoculture a beaucoup de chances d’être négative, même chez les non vaccinés.
Nous voyons par conséquent que ces réactions ne sont pas toujours suffisantes. La ieucocytose peut nous aider dans certaines cas, mais pas toujours. En effet, contrairement à beaucoup d’auteurs qui ont soutenu que la fièvre typhoide ne s'accompagne pas de leucocytose, que le nombre de leucocytes est même au-dessous de la normale dans cette infection, nous avons trouvé, pendant l'épidémie de 1917, un certain nombre de cas de typhoiïde non compliquée où le nombre de leucocytes dépassait les limites normales. Mais la leucocytose n’arrive que d’une manière exceptionelle à 20.000,
Si nous comparons à ce point de vue les deux infections on peut dire que le typhus s’accompagne beaucoup plus souvent que la typhoide d’une leucocytose, et que cette dernière est beaucoup plus intense dans la première infection. Mais : cette différence n'existe pas toujours et on trouve des cas de typhus évoluant avec un chiffre normal de leucocytes ou même de la leucopénie. On peut malgré cela établir comme règle que, si on hésite dans un cas entre le diagnostic de typhus exanthématique et celui de fièvre typhoïde, une leucocytose de plus de 20.000 est un argument très important en faveur du typhus exanthématique.
La formule leucocytaire, plus précisément la présence des
cellules plasmatiques dans le sang, peut aussi nous aider dans certains cas. Nous avons démontré, dans un chapitre antérieur, que la cellule plasmatique est constante dans le sang des exanthématiques. Nous avons voulu savoir si elle ne se trouve pas aussi dans la fièvre typhoïde et nous l’avons trouvée dans 250/, des cas. Nous dirons seulement que leur proportion dans le sang est dans la plupart des cas beaucoup plus petite dans la typhoide que dans le typhus. Tandis que dans le typhus la proportion des cellules plasmatiques dépasse souvent 1°/; et arrive à 30/, et même à 8°/, de la totaiité des leucocytes. elle n’arrive que rarement à 1°/, dans la fièvre typhoïde. Mais il faut ajouter qu’il y a des cas légers de typhus où le nombre des cellules plasmatiques est au dessous de 1°/,. Tous ces faits nous amènent à conclure qu’une forte proportion de cellules plasmatiques dépassant de beaucoup 1°/, vient à l’appui du diagnostic de typhus.
C’est l’examen du liquide céphalo-rachidien qui présente la plus grande importance pour faire le diagnostic différentiel. Laissant de côté les cas de méningo-typhus, forme de typhoïde qui commence par une infection éberthiene des méninges, nous pouvons dire que la fièvre typhoide ne s'accompagne pas de réaction cellulaire dans le liquide; il ne donne jamais la réaction de Noguchi. Il ne coagule jamais, il n’est pas xanthochromasique et ne contient pas d'hématies. Un liquide xanthochromasique ou un liquide incolore qui donne la réaction de Noguchi plaide en faveur du typhus exanthématique, Mais ces caractères n'existent pas toujours dans le typhus. La xanthochromasie peut manquer et la réaction de Noguchi est dans beaucoup de cas négative. C’est dans ces cas la réaction cellulaire qui tranche le diagnostic, car cette dernière peut être considérée comme constante dans le typhus exanthématique. Un nombre plus grand de leucocytes par m.m. cube dans le liquide, la présence des cellules mononucleaires grands et moyens à côté de lymphocytes, la presence de cellules à protoplasma basophile et à noyau excentrique sont les caractères de tout liquide d’exanthématique. La ré-
action cellulaire a d’autant plus d'importance diagnostique, qu’elle apparaît déjà dans le courant de la première semaine fébrile. | Nous reviendrons sur les différents moyens de faire le diagnostic du typhus dans Île chapitre des asociations, en discutant le diagnostic differentiel entre la typhoïde simple forme exanthématique et l’association de typhus et de typhoïde. Différences anatomo-pathologiques. Malgré que la question de j’anatomie pathologique à été decrite en détail dans un autre chapitre, il nous semble important de revenir ici en quelques mots en comparant les lésions qu’on constate à l’autopsie dans la fièvre typhoïde d’un côté, dans le typhus exanthématique de l’autre. Nous n'avons jamais constaté dans le typhus exanthématique les Iésions anatomo-pathologiques qu’on rencontre dans l’intestin chez Îles typhiques. I n’y a ni hypertrophie, ni ulceration des follicules solitaires et des plaques de Peyer dans l'intestin grêle. Sauf certaines echymoses sousperitonéales où une infiltration sanguine dans la muqueuse intestinale, nous n’avons pas rencontré d’autres lésions de cet organe. D’un autre côté les lésions du système nerveux central, si caracteristiques dans le typhus exanthématique, manquent complètement dans la fievre typhoiïde: nous ne trouvons pas dans cette dernière infection la vasodilatation cérébrale et les hémoragies meningées, l’oedème du cerveau, laugmentation du liquide cephalorachidien, la dilatation des ventricules, la congestion des plexus choroïdes. Les taches de l’exanthème enfin présentent certaines lésions ‘vasculaires caractéristiques qu’on ne rencontre que dans le typhus exanthématique. | Diagnostic différentiel de la fièvre récurrente et du typhus exanthématique. La question du diagnostic différentiel de ces deux infections se posait pendant l’hiver 1917, époque à laquelle tant l’epidémie de récurrente que celle de typhus étaient trés étendues. | La courbe thermique se présente dans la récurrente sous la forme d’accès, entrecoupés par des intervalles d’apyrexie. Le
nombre des accès est de 3 à 5, plus rarement de deux. Le premier accès est le plus long, le second plus court que le premier, les suivants de plus en plus courts. Les intervalles d’apyrexie ont en moyenne une durée de 8 jours, mais avec beaucoup d’exceptions. Cette succession des accès est caractéristique et differencie nettement le typhus de la fièvre récurrente. Mais il s’agit la plupart du temps dans la pratique de faire le diagnostic différentiel entre le typhus exanthématique et le premier accès de récurrente, Le début de la fièvre, rapide dans le typhus, est encore plus brusque dans ia récurrente. Le frisson est plus fréquent dans cette dernière infection. La durée de la courbe thermique est plus courte dans la récurrente et la défervescence plus brusque, On n’observe ni injection des conjonctives, ni figure vultueuse, ni exanthéme. Pas de phénomènes nerveux dans la récurrente (sauf de rares exceptions), pas de syndrôme des extrémités.
La rate est plus constamment hypertrophiée dans la récurrente que dans le typhus ; son hypertrophie est plus prononcée et commence en général plus tôt. Nous signalons enfin un symptôme très important en temps d’épidemie, l’ictère. Très rare dans le typhus, il est très fréquent dans la récurrente, La grande majorité des récurrents présentent un léger subictère, qui peut nous aider à faire le diagnostic. Le subictére disparaît la plupart du temps; mais il y a des cas ou il ac. quiert beaucoup d’intensité, diminue légèrement après la fin du premier accés, pour s’accentuer d’avantage pendant le second.
Il est certain qu'en examinant soigneusement un malade et en suivant l’évolution de son infection on arrive la plupart du temps à poser le diagnostic de récurrente et la différencier du typhus exanthématique. Mais en témps d'épidémie double de récurrente et de typhus, il importe qu'on puisse faire le diag nostic dès les premiers jours pour pouvoir isoler le plus vite possible les exanthématiques. Il faut pour cela recourir à l'examen microscopique, très facile à faire pour la fièvre récurrente. À l'hôpital Brancovan de lassy nous avions, en dehors
de notre service de maladies contagieuses, un service de triage où étaient envoyés tous les malades fébriles qui arrivaient quelquefois par plusieurs dizaines à la fois. Nous examinions les malades, et nous faisions faire à tous un premier examen microscopique pour la récurrente, Nous envoyions les récurrents dans des salles spéciales, les malades qui présentaient des symptomes manifestes de typhus dans les salles d’exanthématiques. Les autres malades qui présentaient de la fièvre et dont le sang ne contenait pas de spirilles étaient tenus en observation dans une salle à part où nous pratiquions l'hémoculture sur bile pour la fièvre typhoïde. Mais la plupart d'entre eux étaient des exanthématiques venus à l’hôpital les premiers jours de leur maladie, avant l'apparition de l'exanthème. Il est bien entendu que les récurrents qui présentaient en même temps un exanthème etaient isolés dans les salles d’exantématique. C'était des cas d’association de typhus et de récurente, et nous savons que la contagion d’hopital est infinimment moins fréquente pour la récurrente que pour le typhus- Inutile d'ajouteur que si l’épouillage est bien fait le typhus exanthematique ne demande plus l’isolemat des malades.
La récurrente se distingue encore du typhus par la formule Jeucocytaire, Dans la récurente nous avons trouvé la plupart du temps de la mononucléose, formule qu’on rencontre aussi dans beaucoup des cas de typhus. C’est dire que la formule leucocytaire en général ne peut pas servir pour faire le diagnostic différentiel, Nous avons trouvé dans la récurrente comme dans le typhus, des cellules à protoplasma basophile, resemblant aux cellules d’irritation de Turck ou aux cellules plasmatiques de Unna. Mais ces éléments sont beaucoup moins constants dans Ja récurrente que dans le typhus et leur proportion est beaucoup plus petite. Nous ne l'avons jamais vu déposser 3°, du nombre total des leucocytes.
Le liquide céphalo-rachidien, enfin, ne présente aucune modification anormale dans la récurrente, tandis qu’il est forte ment modifié dans le typhus exanthématique, Nous n'avons jamais rencontré dans la récurrente de réaction cellulaire, pas de réaction de Noguchi; nous n'avons jamais constaté
de xanthochromasie ou de coagulation du liquide, pas d’hé-
maties, ni de poiynucléaires dans le liquide. Mais de tous ces caractéres c’est la réaction cellulaire à
liquide qui est la plus importante, car c’est la seule qu'on peut
considérer comme constante dans le typhus exanthématique.
Nous croyons inutile d'insister beaucoup, comme le font les auteur anciens, sur le diagnostic du typhus exanthématique et de la rougeole : ces deux infections ont comme ca-
ractère commun l'injection des conjonctives, mais le phénomène
est incomparablement plus intense dans la rougéole. D'ailleurs, la lésèreté des phénomènes infectieux, l'intensité plus grande de l’éruption, l'étendue plus grande de ses éléments, la localisation intense de l’éruption à la face, l’existence d’un exanthème caractéristique, l'intensité des phénomènes trachéobronchique;:, sufissent pour distinguer la rougeole du typhus.
Nous devons encore dire quelques mots sur le diasnostic différentiel du typhus et de la méningite cérébro-spinale, et cela pour trois raisons. Nous avons eu des cas de typhus exanthématique trés graves où on trouvait le signe de Kernig très net et un certain décoré de raideur de la nuque. On a décrit d'un autre côté dans certains cas de méningite cérébro-
spinale un léger exanthème. On observe enfin quelquefois.
dans la méningite cérébro-spinale un symptôme sur lequel on n’a pas assez insisté: un certain degré de vasodilatation de la face et d’injection des conjonctives. Ces deux symptômes sont moins intenses que dans le typhus exanthématique, mais
il y a des malades chez lequels on peut se tromper. Le cas
s'est présenté dernièrement.
On nous a envoyé dernièrement du triage de la gare 4 ma-
lades etiquetés typhus exanthématique. Trois d’entre eux pré-
sentaient un exanthème typique; le dernier avait la figure
très vultueuse, les conjonctives injectées et était considéré
comme un exanthématique au début, avant l'apparition de: Pexanthème. L'aspect de sa figure et des conjonctives faisait au premier abord penser au typhus. Mais le malade présentait
une raideur trop intense de la nuque et un Kernig des plus pronnoncés. Nous avons posé le diagnostic de méningite cérébro-spinale, La ponction nous confirma ce diagnostic (liquide trouble, contenant des polynucleaires et de nombreux méningocoques). C’est l’intensité de la raideur de la nuque et le signe de Kernig qui nous met par conséquent sut la voie du diagnostic, qu’on peut facilement confirmer ensuite par l’examen du liquide céphalorachidien,