ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nos recherches sur l’anatomie pathologiquee du typhus n'étant pas encore terminées, nous ne pouvons donner qu'une description très sommaire et seulement macroscopique des lésions que nous avons rencontrées à l’autopsie. Nous nous réservons de revenir avec détail sur cette question dans un travail ultérieur, ou dans une seconde édition de ce livre.
La description qui s'ensuit est le résultat de 29 autopsies que nous avons faites pendant l'épidémie de 1917 —1918 à lassy. Il s'agissait la plupart du temps de malades morts de typhus non compliqué en pleine période fébrile on peu de temps après la défervescence ; nous avons eu l’occasion d’autopsier aussi des exanthématiques où la mort à été le résultats de complications. |
Les lésions les plus caractéristiques et aussi les plus intenses qu’on constate à l’autopsie concernent le sysième nerveux central. À l'ouverture de la boîte cranienne on constate une injection très pronnoncée des vaisseaux de la dure-mère, même de la paroi osseuse; quelques petites hémorragies sous la dure-même. A l'incision de cette dernière membrane il s'écoule en abondance un liquide trouble, souvent jaune rose, contenant manifestemment un peu de sang. |
Les vaisseaux pie-mèriens sont très dilatés, gorgés de sang rouge-noir, d'une couleur plus sombre qu’à l’état normal. On
peut suivre sur la surface des circonvolutions jusqu'au plus fines arborisations artérielles qui à l’étal normal ne sont pas visibles à l’œil nu. L'organe fait l’impresion d'un cerveau dont le système vasculaire a été injecté avec une substance colorante. On voit sur différents points des suffusions hémorrhagiques, les unes allongées, suivant le trajet des petits vaisseaux, les autres rondes de la dimensions d’une pièce de 50 centimes, de 2 francs et même plus. Elles siègent tantôt sur la convexité du cerveau, tantôt sur ses faces latérales. Les méninges sont infiltrées de sérosité, oedematiées ; elles sont translucides et ont un spect gélatineux et quelquefois une coloration jaunâtre. Elle baignent d'ailleurs dans une grande quantité de liquide céphalo rachidien, jaunâtre et trouble, Nous trouvons la même dilatation excessive des vaisseaux cérébelleux ; mais les méninges sont moins oedematiés sur cette derniére région que sur le reste de l’encéphale. On trouve quelquefois sur la surface du cervelet de petites suffusions hémorragiques. À la coupe le cerveau présente la plupart du temps un aspect oedémateux, Les vaisseaux restent béants et laissent s’écouler de grandes gouttes de sang noirâtre, La substance
grise du cerveau et du cervelet présente une coloration rosée,
démontrant aussi un état manifeste d’hyperémie. Les ventri-
cules sont très dilatés et remplis d’une grande quantité de
liquide trouble, jaune rosée. L’aquéduc de Sylvius est très dilaté, atteignant quelquefois une largeur 3 et 4 fois plus grande qu'à l’état normal.
Les plexus choroïdes sont augmentés de volume, oedématiés et très congestionés : ils ont une couleur plus sombre qu’à l’état normal, rouge noirâtre. |
D'après tout ce qui précède c’est la vasodilatation excesive qui predomine et commande toutes les modifications macros-
copiques que nous avons décrites plus haut dans le cerveau. Ce sont les lésions vasculaires qui prédominent dans le cerveau
des exanthématiques.
Nos recherches, non encore finies, ne nous permettent pas de faire la description microscopique des lésions du systéme
nerveux contral. Nous signalons seulement quelques faits établis par M. Parhon et ses collaborateurs, M.M. Irimesco, Oreviceano, sur les cerveaux d’un exanthématique à phénomènes pseudo-bulbaires. L’auteur trouve de petits nodules constitués. par des cellules mononucleaires, des eléments à protoplasma basophile, ressemblant aux cellules plasmatiques de Unna, mais qui ne présentent pas le caractère radiaire du noyau. Nous avons insisté dans le chapitre du sang sur la difference qui existe entre les cellules à protoplasma basophiie du sang et les plasmazellen de Unna, mais nous sommes disposées à croire que cette difference provient plutôt d’un défaut de technique, Nous avons aussi signalé le fait que les frottis des plexus choroïdes présentent de nombreuses cellules à protoplasma basophile et à noyau excentrique. Le noyau de ces cellules a une disposition radiaire caracteristique.
Les nodules de Parhon semblent disposés autour des vaisseaux. L'auteur trouve aussi une infiltration intense mononuléaire dans les méninges. Les cellules nerveuses ne sembleut pas trés alterées d’après M. Parhon. Dans un second cas de typhus exanthématique, compliqué d’hémiplégie droite et d’aphasie, M. Parhon trouve les mêmes lésions nodulaires sur le trajet des vaisseaux et dans les méninges. La tunique externe du vaisseau est la plus altérée.
Dans les deux cas, publiés au mois de Juin et Julliet 1917, à la Societé du front Russo-Roumain de Iassy, M. Parhon confirme les lésions cérébrales et meningées macroscopiques signalées par nous dans des communications antérieures.
Nous n'avons eu qu’un seul cas de typhus exanthématique compliqué d’hémiplegie droite et aphasie avec autopsie. Nous avons trouvé dans ce cas un foyer de ramollisement dans la région de la capsule interne gauche. La mort s’est produite tard, plus d’une mois après la défervescence : on n’observait pas les lésions macroscopiques qu’on rencontre dans le cerveau quand la mort se produit à la fin de la période fébrile ou dans la prémière semaine d’apyrexie. Nous devons d’ailleurs signaler le fait que, toutes les fois que la mort se produit
tardivement, à la suite d’une complication, on ne trouve plus les lésions cérébrales décrites plus haut. Par contre, dans les cas où la mort se produit exclusivement par l'intoxication exanthématique, même si elle a lieu en pleine apyrexie, 7 et même 10 jours après la défervescence, les iésions cérébromenigées sont des plus caracteristiques et très intenses. Ce fait concorde avec la prolongation de tous les phénomènes toxiques après la défervescence.
Dans les cas où nous avons remarqué peu de temps avant la mort des convulsions épileptiformes, produites toujours du côté droit, nous n’avons constaté, du moins macroscopiquement, aucune lésion du côté gauche, aucune différence entre l’aspect macroscopique des méninges et du cerveau du côté gauche ou droit; et cela ni sur les circonvolutions cérébrales, ni dans la capsule interne. |
Signalons encore enfin, le cas d’un exanthématique qui à fait dans la convalescence une pneumonie et ensuite un grand abcès cérébral à pneumocoques, situé dans la region temporo occipitale droite. | | |
Appareil respiratoire. Rien de caractéristique dans le typhus nou compliqué, sauf une hyperémie et congestion assez pronnoncée des bases qu’on rencontre presque toujours et qui se manifeste cliniquement les dernieres jours avant la mort. Mais nous avons trouvé des lésions de l’appareil respiratoire qu’on ne doit pas considérer comme appartenant au typhus lui même, mais à des complications. Elles sont provoquées par des associations microbiennes : la /arynoite aioüe, quelquefois ulcéreuse, accompagnée ou non de nécrose des cartilages, des ulcérations trachéales, des foyers de broncho-pneumonie
ou de pneumonie, l’œdème pulmonaire, les pléuresies séreuses ou purulentes. Dans deux cas de pleurésies purulentes nous avons constaté le streptocoque à l’état pureté.
Coeur. Le coeur est quelquefois flasque, sa musculature décolorée, friable. Le péricarde contient quelquefois une petite quantité de sércsité. Nous avons trouvé dans un seul cas une péricardite sèche. Par contre, nous n'avons jamais set
de lésions valvulaires. On trouve souvent à l’autopsie un coeur qui a l’apparence tout a fait normale, même chez des exanthématiques qui ont presenté pendant la vie des phénomènes d'insuffisance myocardique prononcée (accélération, arythmie). On a voulu faire de cet aspect macroscopique normal du coeur à l’autopsie un argument en faveur de l’origine et la nature purement nerveuse des troubles myocardiques que nous avons décrits. C’est ne pas terir compte de toutes les recherches modernes sur le rythme de coeur, que de juger si le coeur est altéré ou non d’après le seul aspect microscopique de cet organe. Nous savons actuellement que les phénomènes d'insuffisance myocardique sont le résuitat des modifications dans le complexus neuro-mustulaire que nous appelons myocarde, et que pour affirmer l'existence d’une lésion il faut examiner soigneusement chaque partie du cour, faire des coupes en série dans le système atrio-venticulaire, examiner histologiquement tant le muscle que les éléments nerveux, etc. Dans une communication sur les lésions des surrénales dans le typhus, MM. Daniel et Scriban attribuent les phénomènes cardiaques constatés pendant la vie chez leurs malades à une insuffiisance surrénale, prouvée à l’autopsie par la destruction complète de la substance médullaire de cette glande. Il se basent pour soutenir cette hypothèse sur le manque de toute modification pathologique du myocarde à un examen histolgique faite sur une petite portion prise au hasard dans une des parois du coeur. Les arguments exposés plus haut nous conduisent à considérer cette manière de voir comme denuée de tout fondement.
Nous avons d’ailleurs longuement exposé dans un autre chapitre les arguments pour lesquels nous croyons que les phénomènes cardiaques qu'on rencontre dans le typhus sont dus à des troubles qui se produisent exclusivement dans le myocarde, plus précisément dans les éléments musculaires et nerveux intramyocardiques. FENETRE = Ajoutons qu’avant nos recherches publiées dans ce livre, V. Babes a trouvé dans plusieurs cas de typhus exanthéma-
Ne)
tique, et surtout chez des gens âgés, des altérations myocardiques intenses. À l’examen microscopique cet auteur a constaté une infiltration du myocarde par des nodules de cellules mononucléaires, coutenant aussi de nombreuses mastzellen, une dégénerescence graisseuse de la fibre musculaire cardiaque et une énorme accumulation de graisse dans l'intérieur des vaisseaux myocardiques.
Tube divestif. Nous avons trouvé dans l'intestin à l’autopsie faite immédiatement après la mort des lésions de cathare intestinal, quelquefois de très petites suffusions sauguines (un piqueté hémorragique! sous la muqueuse de lintestin grêle. Nous avons plus souvent trouvée des suffusions souspèritonéales, quelquefois très étendues. Dans un cas une grande suffusion hémorragique infiltrait toutes les parois de lintestin
Les follicules ne sont pas hypertrophiés, les plaques de Peyer ne sont pas tumefiées, ni ulcerées, les ganglions mésentériques ont un aspect normal.
Le foie est souvent hypertrophié, très congestioné.
Le pancréas est hyperémiée.
La rate a été hypertrophiée dans 84, des cas.
La rein est la plupart du temps augmenté de voluine. La substance corticale et médullaire sont hyperémiées. Les glomérules se détachent par leur couleur rouge sombre sur Île reste de la substance corticale. Nous avons trouvé dans plusieurs cas de petites hémorragies.
La capsule surrénale présente des lésions très importantes, que nous avons décrites dans plusieurs communications à a société du front Russo-Roumain de Iassy. Nous renvoyons le lecteur au chapitre des phénomènes vasculaires.
Dans les muscles on trouve souvent des hémorragies quelquefois très étendues, ayant leur siège de préférence dans les muscles de l’abdomen.
Il résulte de la description qui precède un fait de la plus haute importance: c'est la prédominance des lésions vasculaires et l’origine vasculaire des différentes lésions viscérales que nous avons décrites dans le typhus exanthématique. Tous
les faits cliniques et anatomopathologiques concordent dans ce sens: vasodilatation, modifications vasculaires du système nerveux central, hémorragies méningée, présence de sang dans la liquide céphalo-rachidien dans les formes hypertoxiques, lésions hémorragiques des capsules surrénales, présence d’hématies dans l’urine et de petites hémorrhagies dans Île rein, les lésions vasculaires des tâches exanthématiques, hémorragies musculaires et sous-péritonéales.
Pour terminer, nous devons dire quelques mots sur les lésions qu’on trouve à l’autopsie et dues à des associations microbiennes: la parotidite, l’arthrite suppurée, l’otite et la mastoidite, la péritonite suppurée, etc. Rappelons enfin la septicémie associée, de nature la plupart du temps streptococcique, ainsi que les lésions tuberculeuses du poumon qui prennent après le typhus une évolution des plus rapides,
Nous décrirons toutes ces lésions dans le chapitre des complications.