PROPHYLAXIE
Le typhus, nous le savons, est une maladie infectieuse dont l’agent pathogène nous est encore inconnu. Cette ignorance de la cause intime du typhus nous empêche de connaître la façon certaine dont ilse propage. Ni l'eau, ni l'air ne paraissent être les véhicules habituels du contage, cependant autrefois et surtout même encore les auteurs anglais croient au mode de propagation par l'air et les souillures de l'atmosphère. On sait en effet, d’après les données de la pathologie générale, que les gaz qui proviennent de la décomposition des malières organiques d'origine végélale où animale, comme ceux qui sont contenus dans l'air expiré des malades, favorisent indirectement la vitalité des formes pathogènes ; et lon invoquerait pour le typhus ce mode de contagion le plus immédiat.
Ainsi l’on s’expliquerait les victimes nombreuses que fait le typhus dans le personnel médical et hospitalier.
À lPappui de cette théorie on peut citer ces symptômes de malaise que nous avons ressentis souvent nous-
PAGE même (maux de tête, vertiges, nausées) après des contacts prolongés avec les malades, et traduisant une réaction de l'organisme luttant contre limprégnation lente du virus pathogène. D'autre part lon sait aussi l'influence des locaux mal aérés, encombrés, danslesquels lé typhus s’altarde sous une forme particulièrement virulente. :
Rappelons à ce sujet l'exemple de la prison civile de Tunis où letyphus sévissait constamment et qui constituait en pleine ville un foyer de typhus dangereux. Depuis que les prisonniers ont été transférés dans un établissement construit d'après les dernières règles de l'hygiène, le typhus ne fait plus de victimes parmi les prisonniers et le personnel'en contact avec eux,
Legrain rapporte le fait analogue pour la prison civile de Bougie. Mais il est vrai, ce sont là des faits particuliers qui à eux nuls ne suffisent à affirmer l'air, véhicule habituel de la contagion. Les derniers travaux de Nicolle de l’Institut Pasteur de Tunis ont jeté un jour nouveau sur le mode de propagation et de transmission du typhus en démontrant le rôle des parasites, en particulier du pou de corps.
Le typhus ne se répand pas en temps'ordinaire seulement par simple contact, la contagion ne se fait plus exclusivement par lesexcreta (matières fécales, crachats), mais il y a un intermédiaire qui transfère la maladie de l'individu malade infecté à l'individu sain.
C'est ce que Nicolle a démontré en utilisant pour ses expériences le singe bonnet chinois, le macacus sinieus. Sur cet animal déjà injecté par le virus de chimpanzé, l'auteur plaça une trentaine de poux, recueillis sur des indigènes sains.
Le lendemain il les reporta sur deux autres bonnets
— 49 — + chinois À etB. Le premier contracta le typhus le 23° jour et mourut le 40° jour ; le second présenta le typhus
Pau 44° jour.
Il est intéressant de rapprocher de ces expériences concluantes les résultats des autres expériences tentées au lazaret de l’hôpital civil de Constantine pendant F épidémie de 1909, par M. le médecin-major Pignet, chef de laboratoire de l'hôpital militaire. On recueillit avec précaution des poux sur des indigènes couverts de vermine qui entraient avec les symptômes de lyphus au lazaret.
Les poux furent transférées sur un pue cobaye
rasé au flanc; l'expérience fut faite le 23 avril, le lende-
main Panimal tomba malade et mourut 30 jours après un deuxième cobaye vécut 40 jours et mourut 42 jours
après ; à l’autopsie on trouve une infection générale des
poumons. Un lapin vécut 50 jours et mourut au bout du trentième jour ; à l’autopsie on trouva du liquide sanguinolent dans son péritoine, l'instestin était hyperémié, le foie volumineux, congestionné, les poumons conges- tionnés aux bases, les sommets crépitants donnaient à Ja pression un liquide spumeux grisâtre.
La conclusion qui se dégage de cs expériences, c’est que les parasites cutanés, en particulier le pou, transmettent el propagent le tyÿphus.
Jl faudra donc lutter contre la maladie et prendre des mesures prophylactiques nécessaires, d'une part lutter à la fois contre l'infection et les parasites. Comme en présence de toute maladie épidémique contagieuse, il faudra prendre les mésures générales de désinfection et pratiquer aussi la « désinsection ».
Le malade devra avant tout être débarrassé deses para-
DE sites cutanés et tenu dans un état de propreté constante. |
Dans ce but, tout indigène entrant au lazaret de Constantine était soumis à la tondeuse ; les cheveux une fois coupés, on frotlait sa tête et son corps avec une solution de sublimé dans l'alcool. Les vêtements que l’on enlevait avec précaution étaient immédiatement dirigés sur le pavillon de désinfection.
Les grandes salles de malades étaient largement aérées et lavées chaque matin avec une solution antiseptique (crésyl, sublimé).
En même temps nous avons obligé le personnel à revêtir des blouses spéciales pour les salles de malades, qu'ils quittaient lorsque leur service était terminé.
Nous avons veillé aussi à ce qu'ils se lavent les mains avec des solutions antisepliques aussitôt après avoir soigné les malades.
. Une grande surveillance était exercée sur la propreté des cuisines : la manipulation de la nourriture avec des mains suspectes est certainement un danger réel de contagion.
Pour la désinfection des locaux, le meilleur moyen à recommander est la désinfection par le soufre. Elle seule est capable de désinfecter et de détruire tous les animaux. Le formol est sans action sur les parasites animaux. ‘
Les objets de literie (matelas, couverture) seront passés à l'étuve ; les draps, avant d’être livrés au blanchissage, doivent être immergés dans une solution désinfectante.
En plus de ces mesures de prophylaxie individuelle, il faudra assurer des mesures d'hygiène collective. En temps d'épidémie, il faut créer un refuge pour les famé-
liques, surtout s'ils proviennent d’une région contaminée. Là on pourra donner les soins nécessaires, et dresser une surveillance sanitaire rigoureuse. Les cas suspects seront aussitôt signalés et isolés. Il faudra surveiller en Algérie et en Tunisie les fondouks, cafés maures, refuges ; visiter ces endroits fréquemment, les faire évacuer et désinfecter si un cas se produit. FRA
Il faudra, pour éviter l'émigration des miséreux suspects, surveiller les voyageurs arrivant par le chemin de fer ou le bateau. C’est ainsi par l'exode des malhet reux qu’Alger fut contaminé en 1909.
Les cas urbains devront être déclarés et les appartements contaminés désinfectés ; surveiller enfin en temps d’épidémie l’inhumation dans les cimetières indigènes et veiller à ce que les cadavres soient enterrés le plus tôt possible sous une couche de chaux.
Ÿ Ÿ EN AU an