‹ Le Typhus Exanthématique en Algérie: Le Traitement par les Abcès de FixationChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le typhus exanthématique étant une maladie infectieuse et contagieuse, le traitement qui est préconisé aura pour but: 1° de lutter contre l’agent pathogène en faisant appel aux défenses de l'organisme; 2’ de favoriser le rôle des émonctoires, d'aider à l'élimination des toxines microbiennes.

L'ignorance où nous sommes encore du germe du typhus exanthématique n’a pas permis Jusqu'ici d'inslituer un traitement rationnel; ,on ne peut donc se borner qu’à un traitement symptomatique et notre ligne de conduite est ici toute tracée; d'une part abaisser la température, lutter contre la fièvre, stimuler les émonctoires, lutter contre l’asthénie nd. obtenir la sédation des phénomènes nerveux, lutter contre lhyperthermie du système nerveux central.

Contre l’hyperthermie nous avons à notre disposition d’une part les antithermiques, d'autre part les bains froids. Nous n'insisterons pas sur les antithermiques ; ils sont à bannir entièrement de cette thérapeutique, car

ils ajoutent leur effet toxique aux poisons du typhus et aggravent toujours la maladie.

Pour lutter contre l'hyperthermie nous avons à notre disposition les bains froids. Combemale, au Congrès des Sociétés savantes de 1894, Compagnon, dans sa thèse de Lille, ont préconisé l'emploi de bains froids dans le typhus.

D'après la méthode de Brand, ïl faut donner un bain de 15 à 20° dès que la température dépasse 39°; c'est certes là une formule trop absolue qu'il faut modifier suivant la condition individuelle, suivant l'entente des phénomènes fébriles et l’époque plus ou moins avancée de la maladie. :

Combemale, en employant deux bains à une température de 18 à 15°, a eu une mortalité de 38 °/,; avec G bains par jour pour 36 cas, il a obtenu 30 guérisons, 6 décès ; soit une proportion de 1 pour 6, soit 16,5 de mortalité. Avec l'emploi des lavements froids il a eu un chiffre intermédiaire : 28,6 °/, de mortalité.

Ces chiffres suffisent-ils à donner aux bains froids une valeur thérapeutique indiscutable : non, et d’ailleurs nous ne sommes guère partisan de l'application systématique de la méthode des bains froids dans le typhus exanthémalique.

Le typhus s'accompagne souvent de troubles graves, pouvant devenir mortels, portant lant sur le cœur central que sur le cœur périphérique; du côté du cœur périphérique il s'agit de parésie du système nerveux vasomoteur, se traduisant par une vasodilatation généralisée, un fort abaissement de la pression artérielle, d’où le dicrotisme pathogénique du pouls. Le bain froid, le bain tempéré progressivement refroidi constiluent des procédés théoriquement indiqués en pareille circonstance.

Ne produisent-ils pas une vaso-constriction brusque dans le premier cas, rapidement progressive dans le second? Orils ontde gravesinconvénients: contre-indiqués quand il n’y à pas hypothermie, ils provoquent toujours un choc thermique généralisé et brutal, trop brutal dans ces formes cliniques où le cœura faibli, et il y a tendance de l’adynamie, à la syncope, au collapsus.

Nous avons employé au cours de l'épidémie de Constantine, les abcès de fixation ; nous verrons plus loin les résultats obtenus et les conclusions à tirer de cet heureux essai de la méthode de Fochier.

Le typhus est une toxhémie ; il faut done dans ce but favoriser le fonctionnement des émonctoires. Il faut aider la diurèse par des boissons abondantes (lait, café, thé, Himonades, tisanes lactosées), provoquer l'évacuation de l'intestin par les purgatifs. En même temps il faut prescrire les toniques (alcool à petites doses, Todd, acétate d’ammoniaque). Les lavements de sérum nous ont donné d'excellents résultats.

Les métaux colloïdaux ont été employés avec succès dans les traitements du typhus exanthématique. Le collargol en potion ou friction, l'électrargolen injection intramusculaire ou intraveineuse ont été à plusieurs reprises données à nos malades. Is ont paru influencer favorablement la température et l’état général des typhiques.

L'adrénaline a été employée avec succès à Tunis au lazaret de la Rapta par le docteur Broc, en solution au millième, HI à IV gouttes toutes les 3 heures. Ce médicament relève la tension artérielle, ralentit et renforce les pulsations. à

Si l’on considère l'heureuse influence de ce médicament, on peut, il nous semble, rapprocher les symptômes du typhus de ceux du syndrome de l'insuffisance surré-

Rome ee pale aiguë: En un mot le typhus serait-il un malaise infeclieux portant ses lésions sur les capsules surrénales ? Y aurait-il dela surrénalité au cours du typhus ? Cettehypothèse intéressante n'a pas toujours été vériliée par lau- Lopsie qui montre quelquefois des lésions légères d’hémorragie intracapsulaire.

Comme autre méthode thérapeutique préconisée dans le typhus, il faut citer les résultats favorables qu'aurait obtenus Legrain avec les injections de sérum de convalescent; ce sérum aurait une aclion favorable sur les phénomènes cardiaques et améliorerait notablement

l'état général des malades. Raynaud à Alger aurait obtenu

des résultats analogues. Les injections rendent certainement de grands services dans les cas graves, mais ce traitement peut-il entrer dans la pratique? L'idéal serait d'immuniser un animal contre le tvphus el de pratiquer une sérolhérapie régulière. Nicolle a réussi à inoculer le typhus au chimpanzé. Peut-être est-ce de ce côté que doivent tendre les recherches pour arriver à trouver dans la sérothérapie la vraie et seule thérapeutique du typhus exanthématique. |

Les abcès de fixation dans le traitement du typhus

exanthématique

Après avoir employé tour à tour tous les traitements connus Jusqu'ici dans le typhus, notre distingué chef de service à l'hôpital de Constantine, M. le docteur Morsly, eut l’idée de recourir à la méthode de Fochier.

Deux infirmiers qui étaient tombés malades au cours

Le

COTES ie l'épidémie de 1909 furent ainsi traités. Le résultat fut très heureux. Depuis, la même méthode fut appliquée à tous les typhiques.

On sait qu'il y a quelques années, en 1892, Fochier, de Lyon, avait entrepris de juguler, de faire avorter certaines maladies infectieuses : remarquant que des suppurations survenant au cours de maladies graves avaient été suivies d'une amélioration inespérée, il eut l'idée de provoquer des abcès de fixation.

On a employé la méthode au lazaret de Constantine, à toutes les phases de l’évolution du typhus, à toutes les périodes de la maladie.

Les malades reçurent à leur entrée aussitôt une injeclion d'un centimètre cube, que l’on pratiqua à la face externe des cuisses. La durée de la formation purulente a été de trois à hüit jours complets, la moyenne observée est de cinq jours.

À ce moment on peut procéder à l’incision de l’abcès. Toutes les conditions d'antisepsie et d'asepsie une fois observées, on incise labcès. Un écoulement purulent se produit assez abondant, généralement grisâtre, bien

ie

À la fin de l’écoulement purulent, on voit sortir entre les lèvres de l’incision une membrane mince, qu'on retire facilement avec des pinces : c’est la membrane pyogénique de Home.

L'incision faite et la poche vidée, on place un drain dans la plaie et on termine par un pansement humide.

Une forte élévation de température correspond à la formation du pus. Le lendemain, ou le troisième jour de l'injection de térébenthine, une chute manifeste dans Ja température du malade à Heu aussitôt après lincision de l’'abeès et l'écoulement du pus. Dès cette époque un

HEURE mieux évident se produit chez le malade, la convalescence commence.

Disons cependant que toutes ces injections térébenthinées n'ont point toujours donné d’abcès ; dans les cas graves il a fallu deux et même trois injections pour arriver à occasionner une collection purulente.

Quand l'injection est positive, quand elle est suivie de formation de pus, dans un délai de 4 à » Jours, le pronostic est bon et l’on peut espérer une guérison...

Au contraire, s'ilne se produit pas de pus, si l'injection est négalive, le pronostic s'assombrit.

La technique de l'opération est très simple, avec une seringue et une aiguille de Luer on pousse le liquide sous la peau de la face externe de la cuisse.

Le docteur Morsly a injecté de l’essence de térébenthine à 50 typhiques, tous gravement atteints. Le résultat a été le suivant : 7 décès, 43 guérisons, soit une mortlafilé de 14°/.:

Avec le traitement classique qui jusqu'alors avait été ordonné, balnéation, antithermiques, injections de sérum, tonique, on avait eu une moyenne de décès de RO: a

La méthode fut de nouveau employée à ia reprise de l’épidémie en septembre 1909 ; on eut alors :

ê Septembre 4 cas 3 décès Ï guérison | Octobre 2 (In extremis) 2. » Vas Novembre 7 cas Il » 6 »

Décembre 8 » DS 6 »

Janvier DS 2 ») 22 ») Février :%9» Lo S » 3 Mars GUN | » : »

Soit un total de 59 cas ; sur ces 59 cas il faut enlever

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