‹ Le Typhus Exanthématique en Algérie: Le Traitement par les Abcès de FixationChapitre 5 sur 23 · HISTORIQUE ET STATISTIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE ET STATISTIQUE

Le typhus est à l’état endémique en Algérie comme dans toute l'Afrique du Nord. En Tunisie, les statistiques officielles signalent chaque année, au printemps, de nouveaux cas; mais, limités aux agglomérations où le germe de la maladie trouve dans l'encombrement, le manque d'hygiène et de propreté, un milieu favorable pour se développer, le typhus exanthématique ne sévit dans la grande majorité des cas que dans les prisons, les grands chantiers et les grandes exploitations minières.

Le germe ne se développant alors que dans une population sédentaire, loin généralement des grands centres, des grandes voies de communication, naît et s'éteint sur place pour ainsi dire jusqu'au moment propice où il trouvera, à la suite de certaines conditions réunies naturelles et matérielles, l’occasion de se développer avec plus d’intensité et de virulence et d’engendrer alors de redoutables épidémies. :

Et alors, si l'on ne s'arme pas aussitôt des mesures de prophylaxie nécessaires, si lon ne peut enrayer l'exode des populations indigènes chassées par la faim, les privations et la misère, consécutives aux années de mau-

TT vaise récolte: si l'on n'essaie pas de secourir immédiatement ces tribus entières quittant leur «bled » pour aller chercher du pain dans les grands centres et les villes du littoral, on verra alors éclore avec une rapidité foudroyante,contre lesquels il est difficile de lutter,de grands foyers d’épidémie. Les quelques cas d’abord isolés et inaperçus feront lache d'huile, les premiers Européens en contael avee les indigènes ne tarderont pas à contracter la maladie; l'épidémie se généralisera et 11 faudra alors plusieurs mois de lutte pour arriver à enrayer un véritable fléau.

Et c'est ainsi que l’on a pu reconstituer, en Algérie comme en Tunisie, les origines, la marche, l'extension rapide des diverses épidémies de typhus exanthématique signalées ces dernières années dans nos pays, et que l’on peut s'expliquer maintenant le développement rapide que prend souvent la maladie endémique la veille, fortement épidémique quelques Jours après. ;

Nous retrouvons bien dans l’histoire cet ensemble de conditions propres à faciliter les recrudescences épidémiques, souvent très meurtrières; du typhus exanthématique. C'était comme on l’appelait alors «le typhus des camps, des prisons, des vaisseaux ». C'est bien le typhus que nous décrit Frascator, l'historien des épidémies italiennes de 1505 et 1508 : c'est aussi le typhus qui décime les armées de Charles-Quint à Metz. Au XVII: siècle, il sévit aussi pendant la Guerre de 30 ans, en Angleterre. Les guerres de la Révolution et de l'Empire, la fin de la guerre d'Italie, le siège d'Amiens, la campagne de Crimée, Zurich, Bruxelles en 1845. Strasbourg en 1554, les bagnes de Toulon en 1855, voient éclore de violentes épidémies.

Pendant la guerre russo-turque, sur les bords du

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bre Danube, l’armée d'invasion perd le tiers de son effectif, du typhus. | x

De nos jours, l'Islande et la Silésie sont, en Europe,

deux foyers principaux. L'Angleterre doit à son voisinage de l'Islande de fréquentes épidémies. On a signalé ‘dernièrement un réveil épidémique dans les prisons de la garnison de Strasbourg. À Pékin, enfin, le médecinmajor Matignon a observé, il y a quelques années, une

épidémie de typhus qui fit un nombre incroyable de victimes.

Le typhus a été observé en France également; en'Bretagne on l’a signalé quelquefois; enfin, nous voyons en 1893 et 1894 éclore dans le Nord un commencement d’épidémie; de nombreux cas sont successivement signalés à Lille, Abbeville, Amiens, le Havre et Paris.

Après cel exposé ayant trait à l’épidémiologie euro-

péenne, voyons maintenant, ce qui nous intéresse plus

particulièrement, à quelle époque le typhus exanthématique a sévi dans nos pays d'Algérie et de Tunisie.

Les premiers travaux importants que nous puissions consulter à ce sujet datent de 1868. Deux médecins militaires, Périer et Vital, font paraître dans le recueil des

Mémoires de médecine militaire de l’année 1369, une étude très approfondie et admirablement documentée

de l'épidémie qui avait sévi en 1867 et 1868 sur toute l'Algérie, principalement sur la Kabylie et le départe-

ment de Constantine, et qui s'étendit même jusqu'en

Tunisie. | En 1861 et 1862 déjà de nombreux cas étaient signalés

dans la région de Bougie et dans la région de Constan-

tine. L’épidémie s'étend en même temps qu'apparaissent

la scarlatine et le choléra.

En 1867, la famine menace toute la région du Sud,

les indigènes avaient subi quelques années de mauvaise récolte, une invasion de sauterelles était venu accroître leur grande misère. Les prisons, les dépôts, les bouges regorgeaient d'une population misérable et malpropre. Des bandes d'Arabes faméliques chassés des hauts plateaux et des régions du Sud par le froid et la misère remontent el accourent vers le Centre, demandant des secours. La variole, la dysenterie font en même temps de nombreuses victimes. Le typhus apparaît, le germe ainsi semé se répand avee une rapidité effrayante; les descriptions du médecin inspecteur Périer et du médecin principal Vital nous montrent l'état misérable de ces malheureux décimés par la faim el la maladie, se pressant dans les rues. Des secours sont organisés, mais ils sont précaires et donnés dans des conditions défectueuses. On entasse les pauvres gens dans des fondouks, dans des locaux obscurs, mal aérés, où le typhus ne tarde pas à se manifester sous une forme particulièrement virulente et meurtrière. Dès lors, le typhus restera endémique à Constantine. En 1881 et 1882 de nouveau, les Juifs du Ghetto sont surtout atteints et contagionnent à l'hôpital de Constantine plusieurs infirmiers; le personnel hospitalier {médecin, sœurs) est atteint À son tour.

Le département de Constantine, le moins favorisé on le sait de l'Afrique du Nord, subira dans les années qui suivent de fréquentes petites épidémies. En 1894 et 1898 . la région immédiate de Constantine, en 1902 Batna, Lambèse, Bone, sont sérieusement éprouvés.

Däns le département d'Alger, c'est la Kabylie qui constitue aussi le foyer le plus dangereux. En 1891, 31 cas, en 1894, 206 cas sont signalés. Fort National, en 1903, subit une épidémie Rae

C'est-à son voisinage de la Kabylie qu'Alger doit les cas de fyphus signalés dans la haute ville ; rares à certaines époques, ils se multiplient souvent, et donnèrent ainsi lieu aux fortes épidémies de 1894, 1898, 1903, 1907 et enfin plus récemment 1909:et 1910.

De 1903 à 1907, les statistiques de l’ambulance d'El Kettar, annexe de l'hôpital civil de Mustapha, ne dépassent pas le chiffre de 14 pour les cas déclarés, ët de 8 pour les décès. Le typhus semble après définitivement enrayé lorsqu'en 1909, au printemps, brusquement des cas apparaissent.et en peu de temps une épidémie redoutable se déclare avant que l’on songe même à prendre les mesures nécessaires. A la fin de l'été le typhus perd du terrain, mais en 1910 les cas encore signalés que l'on croyait simplement isolés dans la population indigène de la haute ville, augmentent encore; un réveil épidémique se produit et la population européenne est atteinte. Et c'est à cette époque, mai 1910, à notre retour de Constantine où l'épidémie était à son déclin, ‘que nous avons eu la douleur de perdre un de nos mattres les plus distingués et les plus aimés, le regretté

professeur Scherb.

Nous qui l'avons veillé peu avant sa mort, nous qui avons vu s'éteindre, avec nos camarades dévoués et nos maîtres impuissants, cette belle intelligence, nous nous faisons un devoir de saluer ici la mémoire vénérée de celui qui fut pour nous un maitre si aimable, un pro; fesseur si écouté.

Le docteur Gardon, médecin communal de la ville d'Alger, qui fut notre interne lorsque nous commençämes nos études à l’hôpital de Mustapha, nous donne dans son rapport sur l'épidémie de typhus qu'il a CRSENNEE à Alger, les chiffres suivants :

Lis

: De mars à juillet 1909, 212 cas.

D'après les déclarations faites à la mairie d'Alger, il relate 346 cas, se décomposant ainsi :

87 européens ; 22 israélites ; 237 indigènes.

67 décès se sont produits dont :

* 18 européens ; À israéhtes ; 45 indigènes.

Mortalité globale 19,5 °,, :

18°/, indigènes ; 22,9 européens.

De janvier à août 1910, une nouvelle statistique du docteur Gardon donne 204 cas:

19 européens ; 15 israélites ; 170 arabes.

Un total de 361 cas fut déclaré pour la même période à la mairie d'Alger :

72 européens ; 19 ‘israélites :

270 arabes.

Comparons à ces chiffres, la statistique que nous avons donnée nous-même, pour les malades en traitement au lazaret de lhôpital de Constantine de janvier à août 1909 :

355 cas dont 32 européens, 8S décès soit 22,7 p. 100 de mortalité globale.

Il y a eu parmi les européens 9 décès, ce qui donne une mortalité de 28,2 p. 100 pour l'élément européen. Parmi le personnel traitant du lazarét, il y a eu 6 infirmiers, | infirmière et 2 religieuses atteints.

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