‹ Le Typhus Exanthématique en Algérie: Le Traitement par les Abcès de FixationChapitre 8 sur 23 · EVOLUTION. — FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

EVOLUTION. — FORMES CLINIQUES

De cette relation générale de l'épidémie de Constantine, de cetté vue d'ensemble jetée sur la symptomatologie observée, nous concluôns qu'il serait impossible de limiter le tableau clinique du typhus dans un cadre rigide et de poser pour l'évolution des phénomènes morbides une loi absolue. Peut-on dire qu'il y a autant de formes de typhus que de malades, qu'il n°y a pas de typhus, qu'il n'y a que des typhiques ? Sans être aussi exclusif, nous devons dire cependant que chaque individu, chaque race réagit à l'infection typhique d'une facon différente. Une question se pose ici. Le typhus est-il plus grave pour l'Européen que pour l'indigène ? C’est l'opinion généralement admise. De l'ensemble des indigènes observés, des statistiques dressés, nous voyons qu'il est impossible de mettre en parallèle chaque -cas européen et chaque eas indigène : car les indigènes que l’on observe arrivent souvent déjà en pleine évolution de la maladie. Chez ces malades, abandonnés à eux-mêmes sans soins médicaux:

rAOYEE le virus peut trouver l'occasion d'acquérir ainsi une virulence spériale.

L'Européen, dès qu'il est alteint, se soumet le plus souvent à l'examen médical: la thérapeutique même purement symptomatique qui aura été inslituée rendra son organisme plus apte à la lutte, contre agent pathogène el contre ses toxines. Et même si l’on trouve que le taux de la mortalité de l'élément européen es inférieur à celui de l'élément indigène, on doit plus précisément conclure que, pour les mêmes conditions de soins éclairés, lEuro- : péen présente de toute façon une mortalité plus forte.

Ajoutons que, dans l'épidémie observée à Tunis, la léthalité a été plus élevée pour les malades originaires de l'Extrême-Sud et les nègres. Les Ghadamesciens, les Touati, d’après le rapport du docteur Broec, de l'hôpital Sadiki, ont fourni une mortalité de 17 °/, de beaucoup supérieure à celle des Tunisiens. La différence d'adaptation et de résistance des races à l'infection typhique nous montre déja combien la maladie peut évoluer d’une facon variable suivant les individus.

Citons le cas de deux infirmiers. Le malade de notre observation | a été pris brusquement en pleine santé. L'autre put nous accuser peu à peu les signes prodromiques de la maladie, insomnie, lassitude, inappétence. Le début brusque chez lun contraste avec l'invasion lente des phénomènes généraux chez l'autre.

Au cours de la période d'état, les phénomènes qui nous ont paru les plus variés dans leur forme et leur intensité parfois calme, tranquille, délire violent à tendance ambulatoire surtout chez indigène, délire mélancolique, idées

sont les phénomènes nerveux : Délire professionnel

de suicide plus souvent chez l'Européen ou lisraélite, à système nerveux plus différencié.

etes

L'évolution du typhus, du début de la maladie à la période d'état, d'après l’ensemble des cas observés, dépasse une quinzaine de jours, les symptômes généraux s amendent brusquement, la défervescence se produit et la convalescence s'installe rapidement.

Le pronostic est réservé, si après le deuxième septénaire les phénomènes généraux ne s'’amendent pas, si la température reste en plateau et si la maladie se mainlent sous sa forme adynamique. À ce moment-là surtout, surveiller rigoureusement le cœur, car à est le danger.

Les causes générales d’encombrement, de mauvaises condilions hygiéniques, les condilions atmosphériques, ont une influence marquée sur la gravité de l'évolution de la maladie.

L'expérience a montré que le typhus évolue d’une façon plus bénigne avec une température sèche, Lempérée, qu'avec une Lempérature chaude, humide ; l'hiver, avec ses conséquences d'encombrement surtout pour lindigène et de mauvaises conditions hygiéniques, crée pour le typhus un milieu favorable pour se développer sous une forme plus maligne.

D'autres conditions seront pour la maladie un facteur important de gravité. C’est surtout chez les alcooliques avérés que nous avons rencontré Îles formes les plus graves avec troubles nerveux marqués, délire continu, agitation violente, Hhallucinations ; la température se maintient en plateau, il n'y à pas de tendance à la défervescence. Ces malades sont des insuffisants hépatiques, des insuffisants rénaux, leurs émoncloires fonclionnent mal. Aussi le pronostic pour des alcooliques doit-il êlre Loos réservé.

La mort dans le typhus peut survenir rapidement,

RENE, à ere avant même que la maladie ait pu encore s’extérioriser. C'est ce qu'on appelle le typhus naissant.

Cette forme de typhus a été notée surtout chez les dégénérés, les individus tarés. Les idiots, les épileptiques n'offrent aucune résistance à la maladie; notre observation 32 nous montre l'évolution mortelle chez un individu qui nous présenta à l'entrée une crise violente d'épilepsie.

Les autres formes cliniques que nous avons observées sont nombreuses, depuis les formes sidérantes, les formes adÿnamiques et ataxo-adynamiques, jusqu'aux formes bénignes. Il faut signaler à ce propos une forme très spéciale, très atténuée de l'affection typhique, c'est le typhus levissimus (Obs. 64); nous n'en avons pu observer au lazaret de Constantine qu'un cas. Cette forme, remarquable par l’atténuation des symptômes, ne s’est traduit que par des maux de tête préexistants, de l'abattement, de l’asthénie, de la fièvre, un pouls ‘rapide. Enfin l’'exanthème ne s’est pas manifesté.

Cette forme atténuéte de l'infection typhique constitue par sa présence un réel danger, car l’indigène atteint de Lyphus levissimus continuera à circuler, disséminant ainsi le germe (yphique qui faiblement virulent chez lui pourra s'exalter et devenir très virulent chez ceux qui auront été contaminés par lui.

Les complications du typhus que nous avons observées au cours de l'épidémie de Constantine se réduisent à des complications broncho-pulmoñaires, et à des complications gangréneuses des extrémités

Un indigène (Obs. 67) nous fit au cours de son typhus une broncho-pneumonie très grave; la méthode de Fochier nous donna un résultat excellent. |

Un autre indigène (Obs. 65) nous présenta au cours

de son typhus de la gangrène des orteils, dont nous avons pratiqué l’amputation quelques semaines après.

Nous n'avons observé ni otite, ni parotidite, complicaons fréquentes du typhus.

Une femme ïsraélite nous fit dans la période d'état une fausse couche et expulsa un fœtus de 3 mois.

Les suites de cette complication furent très simples.

L'histoire nous dit que lors des grandes épidémies qui sévissaient sur les armées, surlout sur les troupes campées, on a vu évoluer, chez les mêmes individus, des maladies infectieuses différentes, qui à la faveur d'organismes surmenés occasionnalent une mortalité considérable.

C’est ainsi qu'à Constantine en 1868, nous dit Vital, la dysenterie, le choléra, le scorbut coexistaient avec le typhus.

Kelsch nous dit dans son Traité d’épidémiologie :« Le typhus, le scorbut, la dysenterie, les fièvres palustre et typhoïde n'étaient pas seulement associés dans leur règne

épidémique; ces diverses affeclions se réunissaient souvent chez le même sujet réalisant des processus mixtes, indéchiffrables pour la pathologie spéciale moderne, el dont la fièvre de Hongrie, amalgame de typhus, de malaria et de fièvre typhoïde, est le type le plus célèbre. » Citons à ce sujet deux malades que nous avons observés au lazaret de Constantine, une fillette de 16 ans et un jeune indigène de 20 ans. Ges deux malades nous arrivèrent avec le diagnostic de typhus : ils présentaient une température élevée, de la stupeur marquée et une éruption légère rappelant surtout les taches rosées de la typhoïde. Le diagnostic du typhus fut accepté, lorsque nous vimes brusquement évoluer quelques Jours après

Page 1