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truit aux frais de la Compagnie, celui-là avec les de* niers de TÉtat. Sur le Brenner, on s'en est tenu au strict nécessaire ; ici, les ingénieurs de l'État se sont abandonnés à tous les écarts de leur fantaisie, ce qui a fait dire à un Anglais qui, après le Brenner, traversa le Semmering :
— Le tracé du Brenner est surtout remarquable par ce que l'ingénieur n'y a pas fait.
Il faut avoir parcouru les deux routes pour comprendre la vérité de ce jugement d'un homme pratique. Mais, d'autre part, on doit dire aussi qu'à l'époque où l'on a construit la route du Semmering, on n'avait pas encore fait toutes les expériences qui servirent plus tard l'ingénieur du Brenner. On ne savait pas encore Fart de construire les voies de façon à permettre à la première locomotive venue d'escalader les pics. Pour cette ligne du Semmering, on a fait construire, à l'origine, dans tous tes ateliers de l'Europe, des machines gigantesques qui, maintenant, sont remisées parmi la vieille ferraille devenue inutile.
La montée du Semmering n'est pas autrement intéressante; lentement le train gravit la hauteur, se tenant presque sur tout le parcours dans une étroite tranchée qui barre la vue du paysage. Mais à la station de Semmering, le point culminant de la ligne, nous attend une surprise grar diose ; devant nous s'ouvrent les plaines de la Haute-Autriche , sur laquelle nous planons, et la descente s'effectue à toute vapeur. Le spectacle qui s'offre alors au touriste est splendide ; cette descente s'opère à travers une suite de décors admirables : au Heu de contourner la montagne, le train s'élance au-dessus des abîmes par des viaducs
d'une audace inouïe. Parfois, en débouchant d'un tunnel, on se croit lancé à toute vapeur dans les profondeurs, et l'on voit, avec un serrement de cœur, le convoi s'engager sur un de ces viaducs de trois ou quatre étages d'arcades superposées pour s'engouffrer dans un nouveau tunnel, au bout duquel nous attend une nouvelle surprise. Ici, on ne sait vraiment pas s'il ne faut pas admirer l'œuvre des hommes plus que la création. Cette voie est d'une audace qui laisse bien derrière >lle tout ce qu'on peut voir sur le continent.
La nuit était venue pendant cette descente vertigineuse et la station de Payerbach à nos pieds nous apparaissait avec les mille lumières qui éclairaient les fenêtres du village , comme le palais fantastique dont les légendes dépeignent les splendeurs.
A notre gauche, le village de Reichenau, enfoui dans un vallon, enveloppé dans les mystères de la nuit, nous semblait un de ces bourgs- fantômes des environs de Brixen, et tout là-bas, au bout de cette vallée, scintillaient les fenêtres de la maison de campagne, habitée par l'un des poôtes de la musique contemporaine, par mon cher et excellent ami de Flotow, l'auteur de Martha, de Y Ame en peine et de YOmbre, Il faut avoir vu le paysage où Flotow, las du bruit de la capitale, s'est bâti ce joli nid où sa vie s'écoule entre sa famille et son art. Assis sous la treille, d'où l'on contemple le beau paysage de la Haute-Autriche, ici la plaine souriante, là-bas les Alpes Styriennes, j'ai passé quelques doux moments dans cette modeste et poétique demeure, et c'est alors que j'ai compris pourquoi de Flotow est resté fidèle à sa musique faite de grâce et d'esprit, quand toute la génération présente
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se précipite tête baissée dans la voie tapageuse ouverte par la musique dite de l'avenir.
C'est qu'au contact de la nature, l'âme de l'artiste conserve sa pureté ; dans la contemplation de la création, elle apprend à mépriser la mode dans les arts, comme une chose fausse créée par une époque tourmentée et que la postérité enveloppera d'un dédain certain. Quand Flotow est venu se retremper pendant quelques mois dans la vie moderne- de Paris, quand il a étudié les artistes pour qui il écrit son œuvre, il s'en va là-bas sur la lisière de la Styrie avec son livret. La journée se passe dans la montagne à la recherche du chamois, et, quand la nuit est descendue sur le paysage, Flotow se met devant son piano, et son cerveau, rempli de belles sensations récoltées au milieu- de la nature, enfante ces poétiques et douces mélodies dont fourmille son œuvre. Dans la chambre voisine, la jolie et jeune baronne de Flotow écoute les fantaisies de son mari dont les doigts courent sur le piano à la recherche delà mélodie qui flotte indécise dans sa tête. Parfois, la voix de madame de Flotow se fait entendre pour crier au compositeur :
— Très-bien ! très-bien I écrivez tout de suite.
C'est ainsi que fut trouvé le délicieux quatuor de YOmbrey dans les nuits silencieuses de la douce maison que nous saluâmes en passant devant la vallée de Reichenau.
Avec la descente du Semmering, finit le pittoresque voyage où le lecteur a bien voulu me suivre. Je lui demande pardon de ne pas avoir donné plus de développements à mon récit de voyage à travers la Carinthie. L'auteur avait commencé ce livre dans l'intention
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de donner une relation complète du voyage en Carinthie et en Styrie, mais le Tyrol a absorbé ce volume. Dans une nouvelle édition, je compléterai Tannée prochaine ce qui manque à ce livre , et peut-être y ajouterai-je la description de cette magnifique route de Vienne à Trieste, Tune des plus pittoresques que j'aie vues.
Un peu après Reichenau, à moitié chemin entre le Semmerîng et Vienne, le train s'arrête dans la gare de la petite ville de Neustadt, qui a une certaine importance historique par le village de Frohsdorf, que l'exil du comte de Chambord a rendu célèbre.
Le prince, qui tenait de sa naissance un des plus beaux trônes du monde, vit dans un domaine presque modeste , à deux pas du village de Frohsdorf. Les magnifiques chasses des forêts environnantes qui relient cette partie de l'Autriche à la Hongrie, sont la grande distraction des châtelains. La première fois que j'ai vu M. le comte de Chambord, ce fut précisément à la chasse où j'avais suivi mon ami Flotow. Dans une clairière, au pied d'un arbre séculaire, accompagné de quelques amis dévoués, des gardes forestiers et de quelques domestiques , j'aperçus un homme de quarante-cinq ans environ, à la figure douce et sympathique, qui écoutait les chants originaux de la Haute-Autriche, exécutés par une bande de paysans. C'était le prince destiné par sa naissance à gouverner la France ; de la cour qui fit du règne de ses aïeux le plus brillant et le plus envié de TEurope, il ne restait que quelques gentilshommes qui poussaient le dévouement jusqu'à partager l'exil de celui quils considéraient comme leur légitime souverain.
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C'était par une belle soirée d'automne, un dimanche, que nous passions, cette fois, à quelques pas de la maison de campagne où réside le dernier descendant de la branche aînée des Bourbons. A partir d'ici, la route est semée de petits bourgs et de villages gracieux. A l'agglomération des maisons de campagne, on devine qu'on approche de l'un des grands centres de l'Europe. Les nombreuses brasseries que nous apercevons en passant, sont bondées de bourgeois et d'ouvriers endimanchés, qui hument l'excellente bière de Vienne sous des treilles formées par la vigne vierge. Quelques instants encore, et nous voyons le vaste panorama de la capitale autrichienne se développer dans la plaine. Les milliers de fenêtres, brillant à travers la nuit, forment comme une traînée de feu à rhorizon, . et, dominant cette agglomération de maisons, on voit se découper sur le ciel étoile la flèche de la cathédrale de Saint-Étienne^
Nous sommes dans la ville la plus gaie et la plus séduisante après Paris : à Vienne I