LE SLAVISME LITTÉRAIRE
Ces deux formes de slavisme ne sont pas les seules; il en existe une troisième, le slavisme littéraire. Celui-ci prend sa source dans la généalogie des langues et les rapports des dialectes. Il tend, par l’identité des origines et l'unité des littératures, à établir la communauté des intérêts. C’est lui qui s’efforce de former, au sein de b savante Bohème, avec la plume des Schafarik, des Hanka, des Palatzki, un novau pacifique des éléments slaves dis-
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séminés sur le sol tchèque. C’est lui qui, en Croatie, chante les douleurs de la race assujettie, dans les sonnets inspirés de Kollar :
« Je jeûne et je verse des larmes pendant les jours néfastes de l'histoire slave ; je m'enferme et je fais abstinence le jour de la bataille de Kossovo, de cette bataille qui détruisit l’indépendance des Serbiens ; le jour de la bataille de Weissemberg, où fut tuée la vieille Bohême; le jour où Kosciuszko tomba sur le champ de Macejowice. »
Renfermé dans le cercle des faits, étranger en apparence aux passions, négatif par système, ce slavisme cache, sous un vernis d’innocuité, une action puissante. Le même Kollar en a exprimé la pensée secrète par ces mots :
« Quelquefois un pâtre, du fond de sa cabane, peut agir sur les âmes d’une manière irrésistible et plus efficace qu’un chef d’armée qui médite ses opérations au milieu de son camp. »
Il définit la cité slave un empire dont la Russie serait la tête, la Pologne le cœur, la Bohême le bras. Mais comme ce slavisme fait passer l’idée d’émancipation avant toute autre, et qu’il attend, — du moins dans l’une •le ses importantes fractions, — son émancipation du fer du, tzar, il est â la surface aussi près du panslavisme officiel que du slavisme libéral. Le tzarisme est le premier mot de sa doctrine, la démocratie le dernier.