IG
DEUX ABIMES
guéneff, conjure du 1 1 décembre M. Ivan Golovine *, et le lieutenant d’artillerie Bakounine, aujourd’hui prisonnier dans quelque forteresse russe, errant dans les neiges de la Sibérie, ou mort 1 * 3 . La jeune Russie voit s’ouvrir une tribune libre, où elle peut parler, — où elle parle déjà.
D'un autre côté, les éducatious industrielles formées à l'étrauger, les guerres entreprises au nom de l’ordre, initient le paysan, le soldat, l’homme à ses droits. La critique se réveille: le slavisme, double formule d'opposition, du moscovitisme contre le germanisme, de l’esprit moderne contre l’ancien, — apparaît, portant une arme à deux tranchants qui, — dans la main du tzar, menace l’Europe, — dans la main de la nation, le tzar. Nicolas, au faîte de la puissance humaine, se sent pris tout à coup d’une glande faiblesse. Le principe dont il émane a perdu sa sève. 11 ne peut plus fonctionner. On le subit, mais on le discute. L’âme russe est agressive sous ses chaînes. Il faut faire du nouveau, sous peine de déchéance morale et de mort:
Ou émanciper la glèbe, organiser la bourgeoisie, réformer la nation, c’est-à-dire, refaire l'œuvre de sa vie et abdiquer son rôle d'idole;
1 Auteur de « la Russie et les Russes. »
1 Auteur «le a la Russie sous Nicolas I" . »
3 Sommés de lentrer en Russie, MM. Ivan Golovine et Bakounine furent, sur leur refus, condamnés aux travaux forcés comme contumaces.
DEUX ABIMES
Ou tromper le sentiment national par l’inauguration d’une guerre qui, en mettant en péril l'honneur russe, et en surexcitant l'idée populaire de la possession orientale, absorbe, momentanément, tout intérêt dans une convoitise patriotique.
Nicolas était placé entre ces deux abîmes:
La révolution,
La guerre.
Il a choisi la guerre.
Il n’évitera pas la révolution.
La victoire pourrait la retarder; elle ne l’arrêterait pas.
La défaite l’amène avec elle.
Dans les deux cas, l’ère ouverte par Ivan II! et Pierre 1" est fermée; le tzarisme, dans son sens autocratique, s’éteint. Les temps constitutionnels vont naître.
La Russie est en travail d’institutions libres. Nous en saluons aujourd’hui l’espérance avec plaisir; nous en saluerons plus volontiers l’aurore.
Personne, en Europe, n’est l’ennemi des Russes, — personne ne saurait être l’ennemi des opprimés, des esclaves, des automates, des martyrs, qui peuplent les déserts et les marécages moscovites; — mais tout le monde est l’ennemi du tzar et de l’épouvantable système qu’il représente.
APPENDICE
APPENDICE
(Page t>.)