‹ Le Tzar Nicolas et la sainte RussiaChapitre 36 sur 53 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

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La noblesse russe n’a joué qu’un rôle insignifiant. Cette formule : « Le tzar a ordonné , les boyards ont conseillé ' », en la supposant authentique, ne reçut jamais d’application sérieuse. Les princes de la descendance de Hurik le Normand, — dont la dynastie régna presque sans interruption en Russie, jusqu’à l’avénement des Romanoff, au dix-septième siècle *, — formèrent, il est

' « Velikii goçoudar nakasal, boiari prigovorili. »

* Lu dynastie de Hurik s’éteignit avec Fédor Ivanovitch, en 1508. Mûris GodounolT usurpa la couronne entre deux assassinats. Il péril lui-même empoisonné en 1605. Son fds, qui lui succéda un moment, lut renversé par le moine Utrepielf (le faux Dmitri). La Russie, accablée de maux et sans chef, recourut à l’élection. Elle nomma Michel

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vrai, avec les nobles héréditaires, une sorte de contrepoids à l’autorité des grands princes de Moscou. Mais cette pondération ne subsista que jusqu'à l’avénement du tzarisme. Ivan III lit pour la Russie ce que Henri VII fit pour l’Angleterre, — Ferdinand V pour l’Espagne, — Louis XI pour la France: il détruisit le système féodal, fortifia le principe monarchique, et commença l’organisation politique de la nation. Ivan IV poursuivit cette tâche par tous les moyens de destruction que put lui fournir sa cruauté. Mais c’est à Pierre I" qu’il était réservé d’achever l’œuvre de la centralisation tzarienne. Ce prince, avec plus de raison que Louis XIV, put dire : « L'Etat c'est moi. » Il est tout, - tzar, pontife, juge, bourreau. Tous les fronts s’inclinent sous son sceptre ou sous sa hache. La classe des boyards, — si elle exista jamais dans l'histoire russe, — (je ne dis pas le nom, mais la chose: boyard signifie grand; la république de Nowgorod eut les siens, comme la grande principauté de Moscou et l’empire de Russie). — la classe des boyards , dis-je, — considérée comme puissance aristocratique .

ItoniiinolT, lits de Philarètc, métropolitain de Moscou. La dynastie des Romanofia gouverné la Russie pendant un siècle et demi, de 1015 â i70‘2. A la mort de l'impératrice Élisabeth, son dernier représentant, elle fut remplacée par relie de Holstein-Gottorp, qui lui était alliée par mariage. Pierre III était neveu d’Élisabeth par sa mère Anne, duchesse de Holstein-Gottorp, fille de Pierre le Grand. — C'est la dynastie actuelle, toute remplie de sang allemand, mêlé à un imperceptible filet de sang russe.

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disparut sous cette formidable étreinte. Elle fut remplacée par celle des gens de cour, — la seule qui subsiste aujourd’hui, — caste dangereuse sans doute, car elle peut tuer dans l’ombre, mais qui n’a, officiellement, aucune importance. Les meurtres de Pierre III et de Paul I er surgirent de conspirations de palais , de passions et de convoitises privées, non d’un travail politique. Le pouvoir autocratique, préparé par les Ivan, apparaît sous Pierre I" dans toute sa virtualité. Ce tzar de génie l'applique presque exclusivement à la réforme violente des mœurs de son peuple. Sous cette manipulation terrible, les derniers vestiges du byzantinisme disparaissent ; — les barbes et les kaftans tombent ; - au titre oriental de tzar succède le nom européen d’empereur ; — une fenêtre est ouverte, par Pétersbourg, à l’air de l’étranger, — et l’influence allemande inaugure un règne qui durera cent cinquante ans.

L’autorité monarchique, sous les successeurs de Pierre, grandit, — au dehors, par les accroissements de la conquête, — à l’intérieur, par la généralisation de la bassesse et la contagion de l’avilissement. Servitude, corruption, ignorance, fanatisme, — enseignés et maintenus par le knout, — tel est le tableau monotone offert, sans discontinuité par l’empire russe, à dater de l'installation du tzarisme.

Mais, à côté de cette puissance, meurtrière et visible, s’élève en silence une autre force. L’esprit public se fait jour ; la nation entre en pensée. Les premiers écrivains

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russes, — bien qu'emprisonnés dans le cercle étroit de l’adoration souveraine, — laissent percer le mépris du passé, l'espérance de l’avenir. Ces tendances se caractérisent plus énergiquement sous Alexandre. La discussion - essaye de pénétrer dans la littérature. Sévèrement châtiée en Pouchkine, elle erre sans toit au gré du despotisme, suivant l’expression même du poète 1 ; elle n’abdique pas toutefois, elle attend.

La pensée, — en s’ébranlant, — a tout ébranlé. Derrière la noblesse épuisée — se forme laborieusement — une classe qui n’est pas encore la bourgeoisie, bien qu'elle ait reçu ce nom de Catherine II, mais qui va devenir un tiers état, où la rénovation sociale puisera des promoteurs convaincus, d’ardents vélites. La glèbe révèle les souffrances de « son sort amer, de sa destinée marâtre, » par des émeutes sanglantes et des exécutions de seigneurs. En arrivant au trône, Alexandre est forcé de compter avec elle et de lui abandonner un gage. Il déclare son existence une honte, promet de ne pas l’aggraver, de l'adoucir même; mais il ne fait rien pour l'effacer. Libéral au début, aristocrate à la fin, inconséquent toujours, — ce prince surexcite, sans la satisfaire, l'idée de liberté. 11 voit, et laisse organiser autour de lui, des sociétés secrètes, imbibées de l’esprit nouveau, qui le vouent au poignard, sous la crainte duquel il périt. Son successeur arrache un pouvoir disputé aux mains d’une

1 Kpitre à Isakoll.

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révolution. Les hommes de décembre 1825 furent les pionniers d’une civilisation dont le travail littéraire avait préparé l’avénement. La plume devança l'épée, a Je suis citoyen avant tout » (J a né poète, a graje dunine), s’était écrié Ryléief (Voir la note 0). La civilisation suivit son avant-garde à grande distance. Elle devait mettre quarante ans à la rejoindre.

Alexandre avait, sinon appliqué, du moins reconnu les nécessités du temps; Nicolas les nie. Fier de sa beauté, enivré de sa puissance, plein de sa fortune, il devient lou, il se fait dieu, — exagérant Pierre dans le despotisme, et marchant de pair avec Ivan IV dans la répression . Toutefois, cette politique draconienne, — dont l’infusion démocratique du sang polonais dans les veines russes, fut l’acte le plus important, — ne peut barrer le passage à l’idée. Les entraves mises à la délivrance des passe-ports accroissent l’émigration russe, au lieu de la limiter. Elle va former à l’étranger un noyau d’opposition, marchant, sous le même drapeau, au but commun de l’émancipation libérale.

La partie passive de l’émigration, — provoquée par l’horreur du climat ou celle du système, — poussa à diverses époques, vers l’Occident, l’amiral Tchitchagoff,

— le comte Ostermann Tolstoï, — le prince Tufiakin,

— et plus récemment le prince Anatole Démidoff, le

prince X — le prince Grégoire Wolkonsky. - • L’é-

migration militante a pour représentants M. N. Tour-

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