‹ Le tzar Nicolas et la sainte RussieChapitre 19 sur 42 · LE GÉNÉRAL MOURAVIEFF · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL MOURAVIEFF

Les talents militaires du généi^l Mouravieff sont deve- ' nus, comme les boutades du général Lowenstern , une offense pour le maître.

Ce général, on le sait, s'était fait, en opérant contre Schamyly une brillante réputation de soldat et de tacticien ; mais il avait eu plusieurs fois le tort d'avoir trop raison contre son général en chef. Cette imprudence avait compromis sa carrière» en le maintenant dans une sorte

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de disgrâce, n'vëlée par l'absence de son nom dans les bulletins du Caucase. LUdée de son mérite était sortie de la eonscience de ses camarades, bien plus que des documents officiels. Quoi qu'il en soit, le tzar ayant ordonnt* de grandes manœuvres, y manda Mouravieff .

— Je sais, lui dit-il , que vous faites le professeur au Caucase ; je veux juger si vos prétentions sont fondées; prenez le commandeipent du corps qui opère contre inoi. et déployez toutes vos ressources; de mon cùté, je ne vous ménagerai pas.

Une des faiblesses de ISicolas est de se croire général. Rien de moins fondé que cette prétention. Gomme son père Paul, cummo ses frères Constantin et Michel, il confond trop le mérite du sergent-major avec celui du chef d'armée. Il semble ignorer que la science militaire ne (onsistf' pas dans la stricte observance des formes, la rigidité du costume et la régularité des mouvements. Cest un habile officier instructeur, — un bon insjx^cteur aux revues; — rien au delà. Le tzar joue gravement au soldat; il est constamment en uniforme, le matin, le soir, la uuit même. — J ai vu à Lasenki * et à Pétcrhoff le lit de camp de ce roi des rois. C'est une couche fort simple, fort rude. — Cela sent le sauvage ou le Iktos. Or, Nicolas n'est que la moitié de Tun et que Teffigie de Tautre. Mais, vainqueur facile d'adversaires complaisants, il s'esl accoutumé à prendre ses petites guerres |>our des ha-

* Château imp^rinl, près de VanoTie.

tailles, les défaites pacifiques de ses généraux pour des

trophées personnels. On sait qn'il dirigea lui-même, do Pëtersbourg, les dernières opératioos militaires sur le Danube. Le marédial Paskëwileh n'etit aucune latitude ni pour Tattaque, ni |>our la retraite; il prtluda au siège et l'abandonna malgré lui. Les revers et la bonté de cetle eampagne sont l'œuvre du tzar, — le résultat d'une d«'^ sastreuse et ridicule présomption.

On comprend dés lors la eoquètterie que Nicolas dut mettre, dans ses opérations contreMouravieff^àtriompliei' d*un bomme connu pour un tacticien de premier ordre.

Ix» succès semblait certain; le tzar avait dans son étatmajor les meilleurs officiers de Tarmée; Mouravieff n'était secondé que par des doublures.

Les manœuvres commencèrent. Le corps, que commandait Nicolas, s'évertua beaucoup pour rencontrer l'ennemi ; mais les heures s'écoulaient, et Mouravieff ne paraissait pas. Sujet d'orgueil pour Nicolas» de raillerie pour son entourage. — Toutefois, la joie fut courte.

L'armée impériale, dans l'ardeur de sa recbercbe, s'était peu à peu rapprochée de la Newa. C'était là oi'i l'attendait Mouravieff, retranché derrière un monticuh' et caché par un aecident de terrain. Surgissant a l'improviste, il si'pare, par une prompte évolution, le tzar de son armée, et réussit à placer celle-ci . déji sans chef, entre le fleuve et son artillerie.

partie était gagnée. Le général Yermoloff, remplissant les fonctions de juge de camp, courut à Mouravieff :

fS8 L8 TZAE NICOLAS.

— Je vous félicite, inoD dier, lui dit41$ mais voire vietoire est une défaîte.

Le mot était juste. Mouravieff ne retourna plus^u Caueaso, — et Tombre tte fit autour de lui.

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