LE PRINCE ANATOLE DÉMIDOFF
Om proscrint dans le baron Lowenstern l'fcomme d'esprit, dans Mouravieff le slratégicien trop habile, dans le prince Démidoff une éducation trppliuéraire, des U^ndances trop libérale!^ , 4es mcenrs et des goûts trop européens.
Nul pourtant, comme on va le -voir, n'était plus Russe
par sa famille et par son passé.
I n jour, le tasar Pierre^ tout préoccupé de ses pr^ets
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heniqueux contre la Suéde, traversait la ville de Toula, |M>ur aller surveiller la marche, à travers les routes nou-
velli'iuent ouvtTtes dans^^s stop[>e:i incultes, de 1 énornie matériel destiné à son armée. Le tzar portait à sa eein-
Inn' inir paire de irif'ifînirunhs pistolets de fabrication anglaise. Eu les examinant, il remarqua que Tun d'eux était hors de service. Les manufactures moscovites, à eette époque, sufti^aientà peine à la l'a bi icii lion grossière de l'armement des troupes. Pierre ne pouvait donc espérer que Tarmi» fut reparée en Hussie.
— 8i Votre Majesté le permet, dit un oriieier de sa suite, je me charge de faire remettre céHe arme en (Hat. •
— Et par qui? demanda l ierre.
— Par un armurier de cette ville, dont Thabileté m'est eunnue.
lie tiar voulut le voir.
— Peux-lu, dit-il à rarmurier, en lui montrant les deux armes, rendre ce> pistolet semblable à lautre?
— Oui, sire.
— Je méprise la présomption, reprit Pierre, liécompense si tu réussis ; châtiment si tu échoues. Cela te con- \i<înt-il?
— Parfaitement, sire.
— Combien de temps te faut-il?
— Deux jours.
— Je te les accorde.
Deux jours après. Tarmurier remit au tzar le pistolet restauré.
LE TZÂR MlGOLAâ. 14i
Pierre en examina le travail en conn^iî^scur, compara minulieusement tous les détails avea oeloi qu'il avait gardé.
— Il n'existe aucune différence entre |4.'8 deux armes, dit-il ; je suis eonteDt.
Et il ordonna de, récuni penser libéralement Toiivrier; mais ce dernier, tirani de dessous sa tunique, le pistolet brisr', dont cohii remis ati izar n'était que rimitalion accomplie, le rendit à Pierre stupéfait.
En voyant la preuve palpable qu'il était possible de fabriquer en Bussie des armes égales à celles des manufactures anglaises, Tœii du tzar étincela.
— Comment t'appelJes-tu? dit-il à l'armurier.
— Démfde.
— Eh bien, Démide, reprit Piérre, en lui tendant la main, nous ferons de grandes choses ensemble.
La prédietion se réalisa. Ce dernier contribua à tirer la Russie de son assujettissement industriel, il réussit à fondre des canons et créa l'artillerie russe.
-Pierre le combla de distinctions. Il lui envoya di' Kisliar son portrait avec cette lettre :
« Je suis arrivé dans un' pays où la réeolte est en i feu ; j'ignore si nous pourrons nous revoir. Cest pour- « quoi je t'envoie mon portrait. Il te rapjM llm ma per- « sonne. » '
l<e forgeron de Toula découvrit des mines, établit des fonderies, organisa en Sibérie une industrie puissante et laissa, à sa mort, d'immenses richesses. Kikita, son
m LE TZAR NICOLAS.
fils, irouva, le premier, du cuivre en Sibérie, ei ce cuivre fut le premier fondu en Russie.
La noblesse des Démidoff date de 1726. Elle résulte de lettres-patentes de rimpératrice Catherine r% femme et successeur de Pierre I**, après avoir été la maîtresse de Menbcbikoff, — qui fut lui-même garçon pâtissier, avant d'dtre ministre et général. — L'oukase qui fit nobles les Démidoff, les dispensa du service public, afin qu ils pussent se livrer librement à Tindustrie des mines.
L'individualité la plus remarquable de cette lignée depuis Démide, fut le com>eiiier iN. Démidoff, que cotte génération a connu. Sagace,^ intelligent, il avait 4e génie des opérations commerciales. 11 devinait d'instinct ce qu'il ne pouvait voir sur place, car il vécut toujours loin de la Sibérie. 11 y a plus d inluiti(jii qu'on ne pense dans la pratique des affaires.. L'industriel et le poëte se rencontrent par plusieurs points. Le conseiller Démidoff était un .épicurien; il recherchait le plaisir, moins pour lui que pour les autres.Cependant, des excès précoces avaient miné sa constitution, et son âge mur fut assailli de toutes les infirmités de la vieillesse. Dans son hôtel parisien, ('(Uiiiiie dans ses palais d'Italie, il y avait chaque jour bal, réception ou spectacle. Cet homme, dont la vie ne tenait qu*n un fil, dont la goutte avait paralysé tous les membres, que des douleurs atroces cbuaient sur une chaise roulante, semblable à Mirabeau mourant, s'enveloppait de fleurs, s environnait de parfums, s (Miiourait de musique, comme si, dans le bruit, lléclat et Tivresse de
fêtes, il eûl voulu noyer les eris de la soulïrancé et la |)ensée de la mort qui s'approeliait.
En 4812, U. N. Démidoff avait levé à se& liais, parmi les serfs de ses domaines, un régiment qu'il mena ccHitre les Français. Ce fut tout ce qu il eut de commua avec le métier des armes, qu'il n'aimait pas.
Un l'appelait le père des pauvres, et il mëi itait ce surnom. Quand il mourut, Florence prit le deuil, les doches . sonnèrent comme pour un malheur public.
Tous ses secrétaires logeaient chez lui , mangeaient à sa table, disposaient de ses voitures. Sa maieou était ruyalemenl tenue; il faisait venir à grands frais les produits les plus exquis de Tétranger ; mais il s en fallait de beaucoup (ju'ils arrivassent tous à leur destination. La plus grande partie était détournée, au proiit des secrétaires, qui formaient, chez lui, une oligarchie toutehpuissante. Cependant, comme les lactuix^s Unissaient toujours par se produire, et qu'il avait autant d'ordre que de libéralité, il ne manquait jamais de constater le délit, et jamais non plus de le pardonner. Le bonhomme,, dans ^ ces occasions, hochait la tète, souriait à demi, et disait d'un ton de reproche : « Les coquins ont tout pris, j»
Un jour, il rencontra, à la promenade, le plus jeune de ses secrétaires monté sur son meilleur cheval. « Il te convient bien, lui dit-il, de monter mon cheval I crois-tu donc que je Taie acheté pour toi? »
Et comme le coupable baissait la téte d'un air contrit : ff Pour que cda ne t'arrhre plus, je te le donne. »
It e^i (lt*u\ UU, Paul et Anatole. Le preuiier mourut en 18tO, laissant do sa femme (née Sternjwall), personne accomplie, aiuiioe »lt'i>ui< en strondes noc4»s à M. André de Karamâne \ un M», hiut Pawlo^itch Démidofr, qui, î\ sa iiiaj(»rité prochain^', ontrera en posdession d*un dv%^ plus (iciies luiritages de 1 Europe.
M. Anatole est Je fhet aeliiil de la famille.
Ce dernier est-il prince ou simple genlilliouime de ràng inférieur, d'après .lordre hiêrarcliique entrée saerc du tdùne 1 Je répondrai qu'il est l'un et l*aulre : — prince en Toscan^ où il w a reçu le diplôme en forme autlientique, des mains du grand-duc Lëopold II, et simple gentilhomme eu Russie, où le iiàx ua jamais daigné lui reconnaître ce litre.
f M. André de Karamiine a ^ tué eii nui 4964, è Sfatina, pivs de Crajovo. Il élait lils du tiMi'brc écrivain do ce nom. Sur son lit de mort, en 1827, riiisloriognipbc d'Alexandre écrivait à Nicokis :
t ilu jour du pérUt vont trouverez met fils parmi les plut fidèleg, » Lorsque dclata la guerre actneUa, M. André de JUramiine n'était plus au senrice. Il demanda à y rentrer, non par ambition, ma» par bon* tieor. t U nê mù jtat ams jenne pour ri9$r d$ gloirê, disaiCp-il, je
remplis un devoir austère, voilà tout. »
jNomino colonel des hussards du prince de Varai>vie, régiment qui s'était distingué à Gétale, il Tut tué à sa Ute, dans une ei^dition dont U avait étë cliargé. Les quatre eicadrons qu*il oommandâil, se trouvant enveloppés par les Turcs, furent^ malgré la plus vigoureuse résistance, entièrement détroits.
M. André de KarauiiKine était l'un des chefs les plu« distingués de h secte des slariaaopkiles.